Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

MOOCs : moins de communication et plus de pédagogie, SVP

Créé le lundi 22 octobre 2012  |  Mise à jour le lundi 22 octobre 2012

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MOOCs : moins de communication et plus de pédagogie, SVP

L'insolent succès des Moocs (Massive open online course) doit sembler bien amer à tous ceux qui s'évertuent depuis des dizaines d'années à produire des cours à distance de grande qualité. D'un seul coup d'un seul, les plus prestigieuses des universités nord-américaine ouvrent l'accès à des milliers de cours en ligne, gratuitement, sur des plateformes dédiées, et annoncent triomphalement qu'elles visent le milliard d'apprenants

Ces universités ne se préoccupent pas de la rétention des participants; peu leur importe que 5 à 10 % d'entre eux seulement parviennent à la fin du cours. Elles ne se préoccupent pas non plus de reconnaître l'effort d'apprentissage réalisé au travers du cours, puisqu'elles ne délivrent pas de crédits universitaires en échange d'un succès à l'examen final, mais seulement un certificat que les plus chanceux ou les plus fortunés pourront échanger contre de vrais crédits dans les universités qui acceptent les certificats délivrés par EdX ou Coursera.

Des universités plus connues pour leur recherche que pour leur enseignement

 

Cette désinvolture se vérifie également dans l'approche pédagogique conventionnelle, pour ne pas dire archaïque, adoptée par ces universités dans leurs Moocs. Il s'agit d'une simple transmission de contenu par le biais de fichiers texte ou de vidéos découpées en tranches de 15 minutes, accompagnés de quiz et autres exercices simples d'autoévaluation. Disparu, tout l'effort présidant à la soigneuse élaboration de cours en ligne de qualité, dans lequel l'apprenant est reconnu comme un individu, peut participer à de nombreux échanges et accéder aux contenus sous des formats variés ! 

Manifestement, Sir John Daniel, ancien président de l'Open University et fervent défenseur des Ressources Educatives Libres (Open Educational Resources en anglais), ne porte pas dans son coeur les xMoocs tels qu'ils se présentent actuellement. Un long et récent article en témoigne. Intitulé "Making Sense of Moocs : Musing in a Maze of Myths, Paradox and Possibility", cet article tente de percer la carapace d'enthousiasme qui a entouré l'annonce de l'engagement des universités américaines les plus réputées dans la production de Moocs, ces dernières confisquant au passage un acronyme sous lequel se cache une toute autre philosophie de l'apprentissage et de l'enseignement et qu'on appelle désormais les cMoocs.

Sir John Daniel a une ferme conviction : on ne devient pas producteur de cours en ligne de qualité simplement parce que l'on en a envie. Il en a une autre : les universités actuellement engagées dans la distribution massive de xMoocs ont acquis leur réputation sur leurs exceptionnels travaux de recherche bien plus que sur la qualité de leur enseignement.

Il invite dans son article à aller voir ce qui se passe ailleurs que sur les plateformes EdX ou Coursera, en matière de formation à distance. En des lieux où l'on se préoccupe du taux de rétention des apprenants, et du taux de diplômation. En des lieux également où des équipes entières concourent à la création de cours en ligne respectant des standards internationaux de qualité. 

Un format de cours en devenir

 

Mais Sir John Daniel ne rejette pas les Moocs en bloc. D'une part, il note (à la marge) la différence existant entre les xMoocs, bâtis sur les modèles traditionnels des cours aux contenus prédéterminés et poussés vers les apprenants, des cMoocs qui explorent de véritables alternatives pédagogiques de construction des connaissances, par le biais des échanges en ligne et de la production de contenus originaux par les participants. D'autre part, il parie que d'ici peu, le nombre de Moocs augmentant, la concurrence va apparaître et que la satisfaction des apprenants en matière non seulement d'accès aux contenus mais aussi et surtout en termes d'apprentissages effectifs et d'obtention de diplômes, va faire la différence. Avec un fair play tout britannique, Daniel rappelle que les ambitions des responsables du MIT et de Stanford étaient, à l'ouverture des xMoocs, d'analyser comment les TIC influent sur les apprentissages et peuvent améliorer les pratiques d'enseignement. Depuis, la machine médiatique s'est emballée, y compris dans les services de communication de ces universités qui promettent l'accès universel à l'enseignement supérieur grâce aux Moocs, avant même d'avoir tiré les principales leçons de leur diffusion à une échelle jusque là jamais atteinte. 

Sans aucun doute, les producteurs de Moocs vont améliorer leurs pratiques, et des universités et autres établissements disposant d'une longue expérience de la formation en ligne vont aussi se mettre sur les rangs. Ce qui implique de trouver un modèle économique de production autorisant en amont de la diffusion une conception de grande qualité. Sir John Daniel indique ici une initiative beaucoup moins connue que les xMoocs du MIT, qui a pourtant permis à plusieurs universités publiques américaines de créer des cours en ligne  de qualité et à faible coût pour les étudiants. Il s'agit d'un partenariat public-privé appelé Academic Partnerships, au sein duquel une banque finance la mise en ligne du cours et le suivi des étudiants, via l'emploi de personnel qualifié, de manière à limiter le nombre d'abandons tout au long des parcours. 

On aimerait que de telles initiatives touchent aussi les cMoocs, qui disposent incontestablement d'atouts en termes pédagogiques mais manquent encore de support, en-dehors des universités canadiennes pionnières. 

Nous n'en avons sans doute pas terminé avec les Moocs; mais sans doute faut-il les considérer comme ce qu'ils sont : des expérimentations pédagogiques, des produits en devenir, qui d'ores et déjà permettent d'envisager un avenir prometteur à l'enseignement supérieur, dans et hors des institutions académiques. Il reste maintenant à ce que les multiples initiatives et leçons apprises en matière de formation à distance et de formation des adultes puissent être valorisées, au bénéfice des apprenants.

Sir John Daniel - Making Sense of MOOCs : Musing in a Maze of Myth, Paradox and Possibility. Korea National Open University, septembre 2012 (sous licence CC). Téléchargeable à partir du site de Tony Bates, sur cette page : http://www.tonybates.ca/2012/10/01/daniels-comprehensive-review-of-mooc-developments/ 

Voir aussi : Jean-Marie Gilliot, Comprendre les Moocs selon Sir John Daniel. Blog Tipes, 9 octobre 2012. 

photo credit: brewbooks via photopin cc

 

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