Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Tony Meloto, une vie et un million d'autres

Créé le lundi 29 octobre 2012  |  Mise à jour le samedi 1 juin 2013

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Tony Meloto, une vie et un million d'autres

"Les étudiants français sont bien formés et ils ont de l'ambition, mais ils manquent de vision et ils sont tristes. Quand le verre est à moitié vide, arrêtons de nous plaindre et remplissons-le!"

Ainsi s'est exprimé Tony Meloto lors d'une conférence donnée à la Chambre de Commerce et d'Industrie de Lyon réalisée à l'initiative de l'alees (association lyonnaise d'éthique et d'économie sociale), le 26 octobre 2012. Auparavant, il avait fait la tournée des écoles supérieures de commerce de Paris et de Lyon, transmettant inlassablement le même message : "vous confondez succès et grandeur, plaisir et bonheur. Prenez un billet d'avion, venez voir quelles sont les opportunités d'affaires chez moi et découvrez le bonheur qui consiste à se rendre utile aux autres !"

Tony Meloto est philippin. Il n'est pourtant pas un voyageur de commerce de plus, venu vanter en France les possibilités d'investissement dans son pays regorgeant de ressources naturelles et de citoyens désireux d'améliorer leur vie par le travail. Tony Meloto est certes un entrepreneur et un ambassadeur des Philippines, mais d'un genre tout à fait particulier.

Le changement de vie d'un businessman au sommet de sa carrière

 

Voici un peu plus de 10 ans, alors qu'il était vice-président de Procter & Gamble, il décide de participer au développement de son pays en améliorant la vie de ses concitoyens. Ceci, non par le biais de la collecte de fonds, le mécanat ou, pire encore, la charité, mais par ce qu'il connaît le mieux : le marketing. Après avoir fondé en 2003 l'ONG Gawad Kalinga, il invite de grandes entreprises à investir dans des villages qui logeront dans des conditions dignes ceux qui croupissent dans les bidonvilles, "pires que des animaux", dit Meloto. Ce sont les futurs habitants eux-mêmes qui construiront leurs maisons et tout ce qui va avec : centres de santé, écoles, et moyens de subsistance via l'agriculture. Cette approche holistique permet d'accroître de manière décisive les conditions de vie des habitants des nouveaux villages. Plus de 2000 ont à ce jour été construits, où logent un million de personnes, chaque habitant devenant un ambassadeur de la démarche de renforcement des capacités initiée par Meloto et ses partenaires. 

Meloto ne s'est pas arrêté en si bon chemin : il crée une pépinière de l'entrepreneuriat social dans une des fermes qui permet aux habitants de subvenir à leurs besoins. Des commerces s'y installent, de jeunes entrepreneurs y développent des projets. Tony Meloto encourage  ses filles Anna et Camille et son gendre, l'entrepreneur britannique Dylan Wilk, à créer une entreprise de cosmétiques bios. Human Nature est née. Les fermes sont désormais tenues par des salariés passionnés de plantes rares et de nouvelles senteurs. 

Gawad Kalinga accueille également de nombreux jeunes occidentaux qui prennent aux Philippines une leçon d'entrepreneuriat social et d'optimisme. Et ils en ont bien besoin : Meloto critique vertement la tendance à se plaindre de ceux qui ont déjà tout, ou presque. Il invite chacun à venir voir ce que c'est que de vivre dans la pauvreté, et à surtout ne pas considérer les pauvres comme des victimes, mais comme de futurs partenaires. Fervent défenseur de l'économie de marché, il rêve du jour où "Les Philippines compteront un-demi million de millionnaires". Ne supportant pas l'égoïsme, il démontre que l'on peut être acteur d'une économie mondialisée sans écraser les autres. 

L'éducation pour devenir libre

 

Meloto place d'immenses espoirs dans l'éducation pour que les pays se sortent du sous-développement. Pour cela, il faut que l'éducation rende les gens libres. Il n'a cessé de le dire aux jeunes Français qui étaient venus l'écouter : "l'éducation ne doit pas mettre les jeunes dans une boîte. Les bonnes idées se trouvent à l'extérieur de la boîte (outside of the box), sentez-vous libres d'aller les chercher !". Il n'a cessé également de louer les plus belles contributions de la France à la culture mondiale et son sens aigu de la justice sociale. Pour regretter immédiatement après que ce pays de grande tradition ait perdu sa créativité et traite ses ressortissants d'origine étrangère avec mépris... Il n'est pas plus tendre avec les dirigeants de son pays, qui manquent de vision et ne pensent qu'à gagner les prochaines élections. Et le système éducatif philippin ne le satisfait pas davantage, puisqu'il n'arme pas suffisamment la majorité de la population. Meloto considère par exemple comme un échec patent du système éducatif le fait que des millions de Philippins occupent à l'étranger des emplois subalternes, et ne contribuent donc pas à valoriser les ressources de leur propre pays. 

Vers un monde hybride

 

Meloto estime que la communauté humaine devrait ressembler à sa famille. C'est en effet en cherchant à protéger ses filles, membres de la classe privilégiée, de la violence ambiante qu'il a compris que cette violence était un effet direct de la pauvreté dans laquelle croupit une partie significative de la population de son pays. Ses filles sont désormais largement investies dans l'oeuvre de leur père. Elles ont épousé des Occidentaux, ce qui fait souhaiter à Tony Meloto que ses petits-enfants se sentent autant en sécurité et chez eux en Europe ou aux Etats-Unis qu'en Asie. Cette image de la famille unie et transcontinentale est à prendre comme une métaphore. Meloto estime en effet que ce sont les économies des pays du Sud qui aideront les pays de la vieille Europe fatiguée à rebondir. Il insiste sur le fait que l'Asie ne se réduit pas à la Chine et que la plupart des pays asiatiques ne nourrissent pas d'ambition de leadership global, contrairement au géant chinois. En revanche, ils disposent de nombreuses ressources et bâtissent leur développement sur l'ouverture. "Le monde de demain sera hybride", dit Meloto.

La vie de Tony Meloto est exemplaire. Comme Sugata Mitra et Bunker Roys en Inde, comme Fazle Hasan Abed au Pakistan et Muhammad Yunnus au Bengladesh, il fait partie de ces visionnaires d'Asie qui montrent que notre vie ne se réduit pas à notre petite existence, et qu'elle peut donner le meilleur d'elle-même en engageant les autres sur le chemin de la dignitié et de l'autonomie. 

Le site de Gawad Kalinga

Tony Meloto sur Facebook

Lessons in Davos : Listen to the Poor, Work with the Young. Article de Tony Meloto sur Huffington Post, 16 février 2012

Rencontre avec Antonio Meloto de Gawad Kalinga, le "bâtisseur de rêves". Jonas Guyot, Matthieu Dardaillon, L'Express, 2 octobre 2012

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Commentaires

1 commentaire

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  • CHRISTINE BISCH
  • 1 novembre 2012 à 03 h 03

excellent !

l'exemple de tony meloto est intelligemment rendu accessible à tous. Meme si la personne est exceptionnelle et si son charisme n'est pas donné à tout le monde, sa méthode pourrait inspirer nombre de personnes de bonne volonté qui galère pour parvenir à être efficaces dans l'humanitaire... Bravo !

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