Par Élodie Lestonat  | e.lestonat@cursus.edu

Big Data et vie privée : l'eau et le feu

Créé le lundi 3 mars 2014  |  Mise à jour le mercredi 5 mars 2014

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Big Data et vie privée : l'eau et le feu

Notre vie privée semble plus que jamais menacée. Réseaux sociaux,  moteurs de recherches, cookies, piratage, hameçonnage,... tous les aspects de notre vie sont récupérés et décortiqués. Faut-il cependant parler de danger ?

Ce risque n'est  pas nouveau : la récolte d'informations personnelles touchant les individus est une constante, que les fins soient économiques et/ou politiques. Si le film "La vie des autres" (Das Leben der Anderen) de Florian Henckel von Donnersmarck a mis en lumière le processus d'espionnage d'un pays entier, il n'en a pas cependant limité l'usage. Où en sommes-nous ?

Le cri d'alarme de la Quadrature du Net

L'animation "Reclaim your privacy" (récupérez votre vie privée) réalisée par Benoît Musereau nous informe du risque encouru. Son format en fait un support pédagogique intéressant, soulevant la nécessité de protéger ses informations personnelles et proposant les moyens techniques pour y parvenir. Mais quelle nécessité ?

Faut-il rappeller que le respect de la vie privée est un droit inaliénable, garanti par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, texte fondamental de la République française. Ce texte n'est cependant pas une exception culturelle puisque de nombreuses démocraties ont pris appui sur ce texte de 1789 pour l'élaboration de leurs textes fondateurs. Il ne peut donc y avoir exercice de la liberté sans le respect de notre vie privée.

Une préoccupation française ?

 Etude du CSA, condamnation de la CNIL,... il semble que la France s'intéresse sérieusement à la question. Au regard de l'étude réalisée par le CSA, 85 % des Français se disent préoccupés par la protection de leurs données privées en ligne. Les chiffres soulignent aussi qu'ils "ont le sentiment que la confidentialité des informations personnelles s’est plutôt détériorée au cours des dernière années".

Cette prise de conscience est cependant à tempérer car les Français n'en sont pas plus prudents et l'utilisation de mots de passe différents (31% seulement) pour accéder aux comptes et de codes de verrouillage sur les appareils (69% pour les PC personnels) ne sont pas utilisés régulièrement.

 Qu'est-ce qui nous fait peur ?

  • Les risques de piratage sur internet de nos données bancaires (80% des personnes interrogées)
  • L'utilisation d'information ou de documents contenant nos adresse n° de téléphone, email et le risque de piratage (65%) ainsi que l'utilisation de nos photos et vidéos (32%)
  • La protection de nos enfants contre le risque de l'internet (45%)
  • Les réseaux sociaux et la publication de nos propos, vidéos, photos, documents à notre insu (22%)
  • Le risque de disparition ou de perte de documents stockés sur les serveurs de type Dropbox ou Seagate (13%)

Peut-on lutter ?

Si nous ne voulons que Big Data devienne Big Brother ou même une « Little sister », (terme proposé par l’universitaire Armand Mattelart) le droit visant à protéger notre vie privée doit s'adapter et contrer le numérique sur son propre terrain. On ne peut que saluer la fragile avancée de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés) qui vient de condamner le géant Google à une amende de 150 000 euros (chiffres d'affaires réalisé en deux minutes par l'entreprise de Mountain View). L'Espagne a suivi, condamnant cette même entreprise à une amende de 900 000 euros pour "grave violations" de la vie privée. L'Europe s'alignera-t-elle sur ces pays pour éviter les abus ?

Si les amendes sont jugées par certains trop faibles au regard du chiffre d'affaires réalisé chaque année par Google, cette affaire a permis que l'on s'interroge sur la capacité de cette firme à gérer des données. Il en ressort qu'une telle entreprise a acquis une indéniable maîtrise dans le croisement de milliards de données sur ses utilisateurs produisant ainsi des informations fiables sur chacun d'entre nous.

La lutte sera probablement l’affaire de chacun. Nous serons donc responsables de placer le « curseur » de la protection notre vie privée selon notre propre conscience. Les détournements permettant de limiter l’accès à nos données personnelles existent mais nombreux sont ceux qui ne pourront mettre en œuvre de telles stratégies. Télérama s’interroge dans son article « que reste-t-il de notre vie privée sur Internet » sur les moyens qui seront donnés pour éduquer les consciences.

Illustration : Brian A. Jackson, Shutterstock.com

Références :

CSA - Nos sondages publiés. Consulté le 22 février 2014 http://www.csa.eu/fr/s26/nos-sondages-publies.aspx

Privacy - Personal Data | La Quadrature du Net. Consulté le 22 février 2014 http://www.laquadrature.net/fr/Vie_privee

85% des Français préoccupés par leurs données privées. Consulté le 22 février 2014 http://www.zdnet.fr/actualites/85-des-francais-preoccupes-par-leurs-donnees-privees-39797812.htm

La condamnation de Google a eu un effet inattendu sur la Cnil. Consulté le 22 février 2014 http://www.huffingtonpost.fr/2014/02/08/condamnation-google-cnil-site-hors-ligne_n_4750166.html

Emmanuelle Anizon et Olivier Tesquet (12 Février 2014). Consulté le 27 février 2014 http://www.telerama.fr/medias/que-reste-t-il-de-notre-vie-privee-sur-internet,108649.php

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