Par Francine Clément  | f.clement@cursus.edu

MOOC Louis XIV à Versailles : entrevue avec Christine Vaufrey, conceptrice pédagogique

Créé le mardi 3 novembre 2015  |  Mise à jour le vendredi 13 mai 2016

MOOC Louis XIV à Versailles : entrevue avec Christine Vaufrey, conceptrice pédagogique Capture d'écran MOOC Louis XIV à Versailles

Christine Vaufrey, responsable de la conception pédagogique pour le MOOC Louis XIV à Versailles, a accordé un entretien à Thot cursus, le 29 octobre 2015, sur ce MOOC au thème historique et sur la fabrication des MOOCs en général.

Pour Christine Vaufrey, le MOOC est un projet fédérateur et un outil exceptionnel pour promouvoir, mettre en valeur et soutenir la culture, pour donner accès, à un très grand nombre de personnes, gratuitement, au plaisir de la culture, sans pour autant sacrifier à la qualité du contenu, qui se doit d’être rigoureux au niveau scientifique. Les gens sont friands de culture, dit-elle, ils veulent apprendre dans le plaisir et c’est possible grâce au MOOC. Il y a un côté joyeux et enthousiaste des participants au MOOC Louis XIV à Versailles, note t-elle.

Pourquoi un MOOC ?

Mme Vaufrey explique que le MOOC Louis XIV à Versailles s’inscrit dans un partenariat de longue date entre l’établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles et l’entreprise de télécommunications française Orange, acteur numérique de la culture. Dans le cadre de ce partenariat culturel, par exemple, une application mobile de visite guidée des jardins de Versailles en réalité augmentée a été réalisée. Pour Orange, participer à un MOOC est un moyen de faire connaître son expertise technologique, notamment dans le cadre de l’expérience muséale et de la médiation culturelle. La plateforme Solerni, sur laquelle le MOOC Louis XIV est distribué, a été développée par Orange qui, en partenariat avec des organisations culturelles, (ndlr : voir par exemple le MOOC sur les impressionnistes et le MOOC Picasso, dont nous avons déjà parlé ici et ici) y propose des MOOCS où son expertise technique mise au profit de l’expérience muséale est mise en valeur.

Pour l’établissement public de Versailles, Christine Vaufrey explique que le MOOC est l’une des pièces d’un vaste ensemble d’activités réalisées et à réaliser en 2015-2016 dans le cadre de la commémoration du tricentenaire de la mort de Louis XIV, où il y aura notamment, outre le MOOC, une grande exposition thématique et ses composantes web (par exemple Le petit journal du grand roi) et la diffusion sur Canal + d'une série télévisée tournée au Château.

Pour qui ?

Le MOOC Louis XIV à Versailles est destiné aux amateurs d’histoire intéressés à Versailles, à Louis XIV et au 17e siècle. Le MOOC ne s’adresse pas à un public d’experts, souligne la responsable du contenu pédagogique, mais au très grand nombre d’amateurs qui pourraient vouloir en apprendre davantage sur le sujet. On pense par exemple aux très nombreuses personnes qui reçoivent la newsletter du Château et connaissent souvent l'édifice dans ses moindres détails, et à ceux qui en suivent la très consultée page Facebook. Elle souligne que ces amateurs d’histoire (11 000 inscrits au MOOC en date du 4 novembre) sont intéressés à apprendre d’une manière ludique. Parmi les participants au MOOC Versailles, on retrouve de jeunes amateurs de 15 ou 16 ans (le plus jeune a 9 ans !) qui apprécient de pouvoir suivre les parcours du MOOC à leur rythme, d’où ils veulent, d’une manière plus libre que s’ils étaient faits dans le contexte scolaire. Il y a des retraités qui ont du temps à consacrer à la culture, des Français et des étrangers qui habitent loin du Château, en bref, dit-elle, des amateurs d’histoire francophones ou à tout le moins qui ont une connaissance suffisante de la langue française. 

La couverture médiatique pour ce MOOC est importante et positive, pour cet établissement historique populaire qui est le deuxième le plus visité en France, après le Louvre. Mme Vaufrey mentionne qu’il y a un réel intérêt de la part du public pour ce type d’apprentissage : 200 nouvelles personnes s’inscrivent au MOOC tous les jours.

Préparer un MOOC

En équipe

L’organisation et la distribution d’un MOOC implique une équipe de plusieurs personnes, une trentaine d’intervenants pour le MOOC Versailles : chefs de projets dans les deux organisations partenaires, experts de contenu qui mènent les recherches, rédacteurs pour les textes des documents vidéos. chefs de projets dans les deux institutions partenaires, responsables de la communication, et bien sûr expert de contenu. C'est Mathieu da Vinha, directeur scientifique du centre de recherche du Château de Versailles, rompu à la vulgarisation et très investi dans la conception du MOOC, qui a rédigé les textes des vidéos proposées dans les 7 séquences. Ces textes ont été remaniés en scripts vidéos par un rédacteur familier de la préparation des audioguides. Une équipe médias fait aussi partie des collaborateurs pour tout ce qui touche à la réalisation des vidéos, du casting  au montage, et au design graphique. Un illustrateur, Frédéric Duriez, collabore d’ailleurs au projet et dessine les synthèses des séquences d’apprentissage.

Christine Vaufrey, directrice de MOOC et Cie, société produisant des contenus de formation en ligne, supervise la conception des parcours pédagogiques. Alexandre Devort et Thomas Laigle, de la même société, ont réalisé le découpage des séquences, la rédaction des pages écrans, la conception des activités pédagogiques, sans oublier une bonne dose de ludification, notamment grâce aux quiz et aux badges. À ce propos, le fait de réussir tous les quiz permettra aux participants qui le souhaitent de recevoir une attestation de participation et de se rendre à une visite privée de Versailles organisée spécialement pour les mooqueurs.

En amont

La préparation d’un MOOC suppose aussi, souligne Mme Vaufrey, de nombreuses révisions de textes et de contenus. Les équipes techniques de Solerni s’occupent de l’ajout des contenus sur la plateforme d’apprentissage et de la maintenance technique. Une équipe d’animation composée de cinq personnes est aussi présente et permet de rendre l’apprentissage interactif avec les participants, sur les forums, sur les réseaux sociaux et notamment sur Twitter au mot-clic #MoocLouisXIV. Une animatrice coordonne ce petit groupe constitué d’étudiantes en histoire de l’art et en médiation culturelle. Les forums et conversations virtuelles sont très actives : dans la première séquence du MOOC, C. Vaufrey mentionne que 800 messages ont été publiés dans le cadre d’une activité de création de devinettes sur le thème de la généalogie des Bourbon, les uns créant des devinettes, les autres cherchant les réponses sur l’arbre généalogique fourni parmi les nombreuses autres ressources documentaires du MOOC. La préparation dure environ 6 mois pour ce type de MOOC distribué durant quatre mois sur Solerni.

Les gens sont friands d’apprentissages à la forme plus décontractée, tout en souhaitant un contenu incontestablement précis et détaillé, dit Christine Vaufrey. Les cours-vidéos et les ressources disponibles sur le MOOC ont nécessité un grand travail préalable de curation, de recherche de ressources en ligne fiables et correctes historiquement. Elle a constaté que les gens apprécient de pouvoir apprendre à des rythmes variés, au moment qui leur convient, sur des sujets culturels, artistiques ou historiques. La communauté d’apprentissage, dit-elle, est aussi pour beaucoup dans l’intérêt pour ce MOOC, pour le grand nombre d’inscriptions et pour sa popularité. Elle ajoute que les interventions des participants sont souvent enthousiastes, dynamiques et pleines d’humour. Dans ce MOOC sur Versailles, mentionne Christine Vaufrey, on apprend en passant un bon moment, et on a accès à un contenu pour lequel la rigueur scientifique n’est jamais sacrifiée. En exemple, elle cite la séquence « À table » où on invite les participants à réaliser des plats à partir d’un livre de recettes du 17e et à partager leur recette adaptée sur les médias sociaux. Dans la séquence au thème politique, on lance un débat sur les femmes et le pouvoir, etc. On cherche à impliquer les gens à partir d’un thème principal, à les rendre actifs dans l’apprentissage et tout semble indiquer que ça fonctionne.

Retombées

Pour Orange, le MOOC en lien avec une institution et des expositions prestigieuses comme celle que produit Versailles est une vitrine pour faire valoir son expertise technologique et ses actions de soutien à la culture pour tous. Pour l’établissement public qu’est Versailles, la réalisation du MOOC a pour objectifs d’exploiter à plein potentiel son offre abondante, très variée, de dispositifs en ligne et d’accroître le nombre d’utilisateurs virtuels. Le MOOC est un outil pour mettre en valeur toutes les activités numériques de Versailles.

Pour les participants inscrits au MOOC, dont la majorité ne se manifeste ni sur les forums ni dans les discussions, rappelle Christine Vaufrey, il est difficile de connaître l’impact réel. On sait qu’ils participent, notamment en visionnant les documents vidéos (certains comptent plus de 10 000 vues). Des participants complètent une partie seulement des séquences, d’autres font tous les parcours proposés. On est à l’intérieur d’un écosystème culturel, dit la responsable des contenus pédagogiques. Des participants arrivent au MOOC par le biais de leur visite au Château où il est annoncé, d’autres sont motivés à s’inscrire après être informés de la série télé sur le même sujet. On sait également qu’un nombre significatif de participants au MOOC impressionnisme s’est inscrit au MOOC Picasso, une filiation qui sera sans doute aussi présente pour le MOOC Versailles ; il semble qu’ une communauté de mooqueurs culturels soit en voie d’être créée.

Ce qui est certain, dit Christine Vaufrey, c’est qu’il y a une demande énorme pour ce type de produits éducatifs culturels et que peu d’institutions les proposent. La demande du public est gigantesque mais il y a encore peu d’offres. Il faut dire qu’il y a des coûts rattachés à la production et à la réalisation d’un MOOC gratuit comme celui de Versailles : les organisations et entreprises qui se lancent dans ce type de projet le considèrent comme un investissement de moyen terme qui n’est cependant pas à la portée de toutes les institutions intéressées. Un lien est peut-être à faire, mentionne Mme Vaufrey, avec le mécénat culturel, qui investit déjà dans les acquisitions muséales et dans les expositions, et à qui on pourrait mieux faire connaître cette nouvelle avenue que constituent les MOOCs comme moyen de diffuser la culture, de prolonger dans le temps et l’espace la fréquentation et la consultation des œuvres et des expositions.

Des MOOCs meilleurs

Pour Christine Vaufrey, il y a trois éléments fondamentaux à respecter pour produire un MOOC de qualité, mis à part celui sur lequel tout le monde est d’accord et qui est de le réaliser à partir d’un contenu à la qualité incontestable.

La qualité des médias est le premier de ces éléments. Selon elle, on a sous-estimé l’importance de présenter par exemple des vidéos à la forme sophistiquée, en croyant qu’on pouvait faire discourir un spécialiste sans mise en scène et que la transmission des connaissances s’accomplirait aussi simplement.  Il y a un art de la narration et de la mise en images qui favorise l’apprentissage et dans la réalisation d’un MOOC, une réflexion sur la qualité de cette mise en scène est essentielle. La forme des documents filmés ressemblerait davantage, dit-elle, à un travail journalistique professionnel.

Le deuxième élément qui fait la qualité d’un MOOC est la qualité des parcours pédagogiques proposés, qui font de l’apprenant autre chose qu’un spectateur : le fait qu’on le sollicite de manière active fait en sorte que la participant reste. Un troisième élément essentiel est la présence et la participation de vraies personnes derrière la plateforme numérique, qui interagissent avec les participants. L’équipe d’animation, en ce sens, est primordiale, croit-elle : il faut que ces animateurs connaissent très bien la matière et qu’ils puissent réagir rapidement, que les participants sentent que leurs apprentissages ne sont pas faits uniquement vis-à-vis d’une mécanique technologique, que des spécialistes répondent à leurs questions ou que leur implication a une résonance chez d’autres personnes.

Durant le MOOC Versailles, on souligne notamment les publications des participants par des articles-synthèses de la discussion qui sont publiés à leur tour sur la plateforme. Christine Vaufrey mentionne que des produits dérivés d’un MOOC peuvent également être développés à partir des publications des participants, comme par exemple le e-book du MOOC Picasso, aussi distribué sur Solerni. Par ailleurs, ces produits dérivés de MOOCs pourraient servir à les rentabiliser sur une plus longue période, par exemple en offrant des rediffusions, des adaptations dans d’autres langues, etc.

MOOC et Cie planche déjà sur d'autres MOOCs, notamment sur le thème de la botanique qui proposera de nombreuses activités à réaliser en pleine nature. C. Vaufrey souhaite développer l'expertise de la société sur les MOOCs culturels et engager de nombreuses institutions francophones dans cette voie. Cette pionnière et son équipe semblent être en bonne voie de réaliser ce projet. On peut suivre les premières pièces de cette collection novatrice sur Solerni, dont le MOOC Louis XIV à Versailles.

Sources

Entretien avec Christine Vaufrey, 29 octobre 2015.

MOOC Louis XIV à Versailles - [consulté le 3 novembre 2015] https://solerni.org/mooc/entreprise/catalogue/le-chateau-de-versailles-et-orange/14

Exposition Le roi est mort (Château de Versailles) : http://www.leroiestmort.com/fr

Orange, acteur numérique de la culture : http://www.orange.com/fr/A-propos/Culture-et-numerique

Série Versailles (Canal +) : http://versailles.canalplus.fr/

MOOC et Cie : http://mooc-et-cie.com/

Images : captures d'écran Mooc Louis XIV à Versailles sur la plateforme Solerni. Photographies de Christine Vaufrey par Clémence Vaufrey.

 

 

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