Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Mais que signifie vraiment innover en formation ?

Créé le lundi 15 février 2016  |  Mise à jour le mercredi 24 février 2016

Mais que signifie vraiment innover en formation ?

Innovation architecturale, des locaux, des espaces

Logique de hub, incubateur d’idées, rencontres, horizontalisation des rapports humains... Tout s’invente et s’expérimente. Les espaces sont en ébullition, les besoins de se retrouver en petits groupes dans des alcôves, dans des espaces agréables et stimulant se font jour. En même temps la demande d’espaces ouverts facilitant les circulations et les échanges augmente. Les amphithéâtres concentrant toutes les émotions vers l’estrade sont moins adaptés au besoin d’expression personnelle démultiplié. Les grandes salles favorisant des pratiques de forum ouvert, ou world-café se développent.


Innovation dans les logiciels, les interfaces

C’est l’innovation ouverte qui finit par l’emporter. Les logiciels gratuits offert sur le Web s’invitent aux côtés de systèmes d’information sécurisés et sous contrôle. Les LMS (learning management system), ces plateformes qui composent souvent l’horizon de la diffusion et du contrôle de connaissance, sont en concurrence avec la création par soi-même de son propre environnement d’apprentissage. On assiste à une webisation des façons d’apprendre. Du simple statut d’outil, l’ordinateur devient un ferment de bouleversement du monde. Il embarque avec lui un nouvel imaginaire. Il est un révélateur du rapport de l’homme au monde. Vous vous souvenez du silex préhistorique ? Le silex avait donné le feu, la possibilité de cuire la nourriture, une protection contre les bêtes féroces, mais il avait aussi généré des ombres sur les murs des cavernes. Il avait enflammé les imaginations humaines. L’ordinateur embrase tout sur son passage et transforme jusqu’à nos façons de penser le monde : ubiquité, ubérisation, instantanéité, raccourcissement du temps, multitâches, créativité, information en temps direct, accès distant, mémorisation infinie, réseau etc.


Innovation dans les programmes

C’est l’innovation par la proposition de contenus attractifs, épousant le monde qui vient. C’est l’idée de projets toujours plus en phase avec les situations concrètes. Les programmes se font moins linéaires et acceptent de partir de questions non résolues plutôt que de certitudes à transmettre. Les programmes ouvrent à des problématiques distantes. Ils sont multidisciplinaire, transdisciplinaire, a-disciplinaire. Des pools d’innovateurs se retrouvent en réseau, se soutiennent et font émerger des programmes qui répondent aux questions vives laissées de côté.


Innovation dans les postures, le rapport au savoir

Avec une transformation du rapport au monde technologique, démographique, communicationnelle, religieuse, familiale, ce sont les postures d’apprenant et d’enseignant qui se transforment, les méthodes de travail et de conduite de projet deviennent agiles. Les softskills (compétences socio-relationnelle) et les mindsets (façons de penser) évoluent vers plus de souplesse, d’intuition. Elles accueillent plus de complexité et d’incertitude. De la parenthèse attrayante, "les à côté" qui amusaient les participants à une formation deviennent les ingrédients principaux. Les décalages deviennent les éléments centraux d’aide à la réflexion et à la motivation. Les pratiques artistiques, les pratiques théâtrales, les méthodes narratives, les incursions en dehors de la salle de formation, l'exploration deviennent la norme.


Innovation dans les activités

Il s’agit ici d’associer des activités inhabituelles, de recombiner des activités motivantes et des activités de test d’expérimentation, d’évaluation, de mémorisation, de co-action, de créativité,  de diffusion, de partage. La tendance est à un retour vers la prise en compte de la singularité humaine de son intuition, de son irrationalité au cœur même des activités réputées rationnelles. Des séminaires innovants sont créés mobilisant toutes les façons d’apprendre issues de traditions artisanales, entrepreneuriales, techniques, artistiques, sportives et créatives. Les nouvelles modalités sociales de l’apprendre sous forme de d'accélérateur de projet, récits apprenants, s’appuient beaucoup plus sur l’expérience humaine des participants. Le pouvoir narratif des acteurs s’exprime au-delà des guides et manuels des enseignants qui ne sont plus les seuls à produire le récit éducatif. Les enseignants sont remplacés par des équipes intervenantes, voire des écosystèmes humains. Des nuanciers d’activités viennent remplacer les catalogues de formation.

(Voir à titre d'exemple le nuancier de la 27eme région)


Innovation dans les ressources

Les ressources sont co-crées par les apprenants dans des lieux d’émergence et non plus seulement de distribution de savoirs. Notre système scolaire et universitaire, "supermarché de la connaissance", est concurrencé par de petites officines qui se développent en son sein, où à l’extérieur sous forme de lab, d’incubateur de projet, d’espace collaboratif, de projet d’exploration. Ces minuscules échoppes créent des savoirs marginaux, qui sont autant de graines qui viennent remettre en question les savoirs cumulés des disciplines traditionnelles.

 

 

Crédit photo : everything possible / Shutterstock.com

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