Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Partager et analyser les ressources en classe, une pratique prometteuse

Créé le dimanche 13 juin 2010  |  Mise à jour le mardi 20 janvier 2015

Pour se retrouver dans l'énorme quantité de ressources disponibles sur la toile, rien ne vaut le socialbookmarking, ou sites d'indexation partagée de signets. Ces répertoires de ressources personnels ou collectifs sont désormais intégrés aux TICE dans une part croissante des classes des écoles anglo-saxonnes.

Ce diaporama de Daniel Churchill de l'Université de Hong Kong nous rappelle la différence entre les sites dédiés aux socialbookmarking et les autres sites de partage de ressources. En résumé :

  • Les sites de socialbookmarking permettent de :
    • Classer, évaluer, commenter des liens partagés;
    • S'inscrire à des groupes publics ou privés de partage, d'échanger sur les ressources indexées;
    • Annoter des extraits dans les pages Web, rédiger des commentaires publics ou privés
  • Les répertoires de ressources (Flickr, YouTube, Slideshare) sont des lieux :
    • où l'on dépose des produits selon la spécialité du site (photo sur Flickr, vidéo sur YouTube...)
    • qui offrent un contenu réutilisable sur plusieurs plateformes (réseaux sociaux, blogues, etc.)
    • qui permettent de commenter et de classer des ressources, avec une dimension sociale variable selon les sites (très fort pour Flickr, moins important pour Slideshare et YouTube).

 

Une offre vaste pour des utilisations variées

Delicious et Diigo sont probablement les plateformes de socialbookmarking les plus connues et populaires, mais il en existe beaucoup d'autres.

Il existe même des sites de socialbookmarking spécialisés. Rappelons, pour ce qui touche à l'espace francophone, l'existence de Knowtex, réseau social dédié à la culture scientifique et technique. Les membres y collectent des ressources, les évaluent, les classent éventuellement dans des listes thématiques. Comme dans les autres réseaux, les membres peuvent "se suivre" les uns les autres et élargir ainsi leur base de ressources.

Certains sites se veulent avant tout fonctionnels pour l'utilisateur, lui permettant de classer ses favoris. D'autres cherchent à maximiser les échanges entre utilisateurs et offrent notamment une fonction "groupes" très intéressante. Dans tous les cas, il suffit de lire la discussion amorcée sur cette page de Classroom 2.0 pour comprendre que les utilisateurs choisissent tel site plutôt qu'un autre en fonction de l'utilisation qu'il veut en faire.

Comment les enseignants utilisent-ils le socialbookmarking en classe ? Les usages sont variés. Dans tous les cas, Ce sont les élèves qui utilisent l'outil. Par exemple :

  • Pour faire une recherche sur un sujet et partager les résultats avec ses pairs;
  • Pour évaluer et commenter ensemble certaines ressources avant de décider de l'utiliser ou pas;
  • Pour évaluer des ressources après utilisation : finalement, cette ressource était-elle pertinente ? Etait-elle du niveau souhaité ? Etc.

 

Les enseignants eux-mêmes utilisent les plateformes des  socialbookmarking. C'est ce que nous décrit Michèle Drechsler dans l'entrevue proposée cette semaine.

Dans tous les cas, on constate qu'il y a consensus sur une fonction particulière des sites de socialbookmarking : le commentaire

Le commentaire, le meilleur atout du socialbookmarking

Comme on le voit dans cette vidéo, les élèves commentent des extraits de textes sur Internet, lisent les commentaires des autres et échangent entre eux. Dans l'exemple présenté, il s'agissait de poésie, mais le principe reste évidemment le même pour toutes les disciplines, comme le décrit cette enseignante à propos des sciences.

De la conversation autour d'une ressource au travail de groupe, il n'y a qu'un pas. Ou plutôt, les échanges autour des ressources peuvent s'intégrer à un travail de groupe devant aboutir à une production commune. Daniel Ferriter, enseignant d'école secondaire aux Etats-Unis, est partisan de l'attribution de rôles aux élèves (surtout aux plus jeunes) tout au long du travail. Ces rôles s'appliquent à la recherche et à l'évaluation des resources documentaires, mais également à toutes les étapes de la production du travail commun.

Des fonctions spécifiques

Six rôles peuvent être attribués à un ou plusieurs élèves (libre traduction du nom des rôles définis par D. Ferriter):

  • Le Défricheur : l'élève cherche 20 ressources (nombre maximum) en relation avec la thématique du travail.
  • Le Contrôleur de Qualité : l'élève identifie les ressources les plus intéressantes, parmi celles qui ont été collectées à l'étape précédente.
  • Le Connecteur : l'élève élargit le sujet des thèmes connexes, le met en contexte.
  • Le Médiateur : l'élève identifie les biais et partis-pris dans les ressources sélectionnées. Il élimine les ressources gratuitement polémiques, ou équilibre les "pour" et les "contre".
  • L'Anthropologue: l'élève cherche dans les groupes du site de socialbookmarking utilisé, les ressources et commentaires sur les ressources utiles à son propre travail. C'est donc cet élève qui exploite le plus largement les fonctions d'évaluation et les fonctions sociales proposées par le site.
  • L'Équipe de Nettoyage : l'élève veille à la bonne indexation des ressources sur le site; il vérifier les tags (mots-clés) associés aux ressources collectées, de manière à les rendre exploitables par d'autres.

 

Ces rôles sont tous focalisés sur l'exploitation des ressources en ligne. Vient ensuite le temps de la discussion entre élèves. Là encore, D. Ferriter propose cinq rôles :

  • L'Initiateur : l'élève choisit une ressource qui permettra d'amorcer la discussion. Il souligne (grâce aux fonctions de surlignage proposées par certains sites) quelques points clés qui donneront lieu à débat.
  • Le Provocateur : l'élève pose volontairement les questions qui fâchent, soulève les points que les autres n'osent pas mentionner, pour enrichir le débat.
  • Le Conciliateur : l'élève identifie les points communs entre les parties prenantes à la discussion, rapproche les visions, apaise el débat. Il s'agit donc d'un rôle opposé au précédent, qui apaise et garantit une bonne ambiance dans le travail collectif.
  • L'Avocat du Diable : l'élève s'assure que tous les points ont été soulevés. Il prend systématiquement le contre-pied de l'auteur d'une ressource, pour éviter de lui faire une confiance aveugle.
  • Le Récolteur: Après avoir suivi toutes les discussions, c'est lui qui synthétisera les idées et mettra en valeur les éléments de connaissance ajoutés lors de la discussion. Il intervient à la fin de la discussion, mais doit l'avoir suivie entièrement pour être capable d'en faire ressortir les éléments essentiels.

 

L'intérêt de cette répartition des rôles tient à l'alternance qu'ils occasionnent entre l'élargissement et le resserrement du sujet, la recherche de points de vue divergents et convergents. 

Bien exploitée, la pratique du socialbookmarking permet d'aller au-delà de la simple quête d'informations. Elle encourage les élèves à s'interroger sur ce qu'ils trouvent, à demander l'avis de leurs pairs sur leurs trouvailles et à discuter sur les propos d'un auteur. Un processus éclairant de plus en plus apprécié par les enseignants.

Pour plus de précisions sur les rôles, on lira le résumé qui est fait du travail de Ferriter sur Qrious. Pour aller plus loin, on consultera directement le wiki de William Ferriter qui propose d'ailleurs en PDF une fiche d'attribution des rôles pour le travail de recherche en équipe. Tout ce matériel n'existe qu'en anglais.

A signaler également, toujours en anglais, la section du wiki de Read Write Web in Education consacrée au socialbookmarking.

Retrouvez l'entrevue avec Michèle Drechsler, qui explique que nous avons tous à gagner à pratiquer le socialbookmarking : Partie 1Partie 2.

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