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Qui est autorisé à produire du matériel pédagogique ?

De très nombreuses organisations hors du champ scolaire produisent du matériel pédagogique de qualité. Pourquoi les enseignants français l'utilisent-ils si peu ?

Par Christine Vaufrey , le 07 juin 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 29 août 2011

La presse anglo-saxonne produit un important matériel pédagogoque "prêt à l'emploi", mis à disposition des enseignants sur un site dédié. C'et le cas par exemple du New-York Times aux Etats-Unis, ou du Guardian en Grande-Bretagne, pur ne prendre que des exemples connus. 

La presse francophone est moins généreuse : pas de matériel pédagogique spécifique sur les sites du Monde (France), du devoir (Québec), de La libre Belgique (Belgique) ou du Temps (Suisse romande). 

Pourtant, la presse est largement présente dans les écoles du monde francophone : en France par exemple une semaine lui est même consacrée, alimentée par du matériel préparé par le Clemi, organe dépendant de l'Education nationale. De plus, les enseignants utilisent les articles de presse dans pratiquement toutes les disciplines.

Il existe bien d'autres créateurs de matériel pédagogique hors de l'école : les ONGs notamment sont très actives en la matière. Le comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire) produit de très nombreuses fiches, généralement utilisées par les bénévoles qui viennent dans les établissements pour mener leur mission de sensibilisation, mais mises à la disposition de tout enseignant sur la toile. Du côté de MSF, c'est dans la section canadienne que l'on trouvera un excellent matériel sur les camps de réfugiés. Sans surprise, ce sont les ONGs anglo-saxonnes qui sont les plus prolifiques. Il n'est que de voir le matériel mis à disposition des enseignants par Oxfam Grande-Bretagne pour s'en convaincre. 

L'enseignant français produit ses propres ressources

Les enseignants anglo-saxons semblent plus ouverts à l'utilisation de matériel prêt à l'emploi que leurs homologues francophones, et français en particulier. La culture éducative française, et francophone dans une certaine mesure, valorise le travail artisanal de l'enseignant, qui produit ses propres ressources, éventuellement (souvent) en réutilisant l'existant, mais en ajoutant inévitablement sa marque personnelle. De plus, le ministère de l'Education nationale jour un rôle crucial dans l'homologation des produits préparés pour l'école : sans son "imprimatur", l'entrée dans les établissements scolaires est quasiment impossible. Produit de la centralisation jacobine, l'école française est mue par une force centripète qui absorbe tout ce qui la touche, et transforme tout objet en quelque chose qui lui ressemble. 

A l'heure de la mise à disposition libre et gratuite de ressources sur la toile, il serait dommage que l'école française reste fermée aux partenariats avec les organisations externes, y compris et surtout quand celles-ci lui proposent du matériel de qualité. C'est toute une culture qu'il faut changer, pour que l'éducation devienne enfin l'affaire de tous ceux qui partagent les valeurs sur lesquelles se fondent les systèmes éducatifs des états et des nations, dans les salles de classe aussi bien que sur la toile, où le mouvement est déjà bien amorcé. 

Illustration : capture d'écran de la page d'accueil Oxfam education.

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