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Cours en ligne gratuits : on n'a encore rien vu

Obtenir à coût minime et avec beaucoup de travail un diplôme délivré par une université prestigieuse, ce sera très bientôt possible. A condition de parler anglais.

Par Christine Vaufrey , le 30 novembre -1 | Dernière mise à jour de l'article le 12 août 2012

Le mouvement des REL (Ressources éducatives libres ou OER en anglais, Open Educative Resources) se porte relativement bien, surtout dans le monde anglo-saxon. Non seulement les OER sont mieux répertoriées que leurs homologues francophones, mais elles sont également produites par des institutions de grand renom qui, au-delà de la stratégie marketing et de visibilité que décèlent les esprits chagrins dans ces initiatives, assument leur responsabilité de leaders mondiaux en matière d'excellence éducative.

Car pour être célèbre et le rester dans la durée, il faut être bon. Internet et son star system express nous auraient presque fait oublier cette évidence; mais c'est également Internet qui offre l'espace nécessaire aux meilleures organisations pour véritablement faire la différence, tant au niveau de la quantité de cours distribués qu'à celui de l'innovation éducative, et bientôt à celui du nombre de diplômés.

 

Les diplômes des meilleures universités bientôt accessibles en ligne

L'université de Stanford a récemment rejoint le MIT de Boston, dans la diffusion de cursus techniques de haut niveau en ligne. Mais le MIT, qui vient de fêter en 2011 les 10 ans de son Open Courseware initiative, reprend l'avantage avec une annonce très stimulante : l'ouverture, dans quelques semaines, de la plateforme MITx, sur laquelle on trouvera bien sûr l'ensemble du matériel pédagogique déjà librement mis à disposition par le célèbre institut de recherche, mais pas seulement. Cette plateforme abritera aussi de véritables séquences pédagogiques utilisant le matériel pré-existant ou créé pour l'occasion. Les étudiants pourront s'y inscrire librement... et passer les examens, comme leurs pairs régulièrement inscrits au MIT de Boston. Le coût d'inscription sera minime. Si l'étudiant réussit, il obtiendra un nombre de crédits équivalent à celui que fournit le même cours en présence. 

Pourquoi le MIT se lance t-il dans une telle entreprise ? Ses responsables ne craignent-ils pas de dévaloriser leurs diplômes, de faire baisser le nombre d'inscriptions physiques, d'accorder des crédits de haute valeur à des fraudeurs qui auront payé un pauvre et brillant ingénieur pour passer l'examen à leur place ? Et si ça ne marche pas, si trop peu d'inscrits parviennent au niveau voulu, que d'argent gaspillé ! 

On imagine sans peine que les responsables du projet MITx se sont posé toutes ces questions. Mais ils ne s'y sont pas arrêtés, car selon l'auteur d'un excellent article paru dans The Chronicle of Higher Education en janvier dernier, ils possèdent de nombreux atouts dans leur manche :

- Plus que les autres universités de grand prestige aux Etats-Unis, le MIT propose des cours de haut niveau académique et dispose d'un processus de recrutement très rigoureux : "Comparé à d'autres universités d'élite, le MIT dispose d'un processus d'admission des étudiants relativement peu corrompu par des considérations telles que le nom de votre grand-père, la taille du chèque fait par vos parents ou votre habileté à faire passer le ballon d'un côté à l'autre du terrain. Le fait que les étudiants du MIT doivent suivre un cursus académique rigoureux avant d'obtenir leur diplôme constitue un autre contratse frappant avec d'autres institutions d'élite". 

- Les chercheurs et enseignants du MIT ont une forte culture de l'ingénieur, privilégient ce qui fonctionne et les solutions logiques. Ils se lanceront donc avec enthousiasme et curiosité dans l'élaboration de nouveaux outils d'apprentissage et les résultats de l'utilisation de ces derniers auprès de différents groupes d'apprenants, ceux-ci se trouvant alors dans une position de beta-testeurs prestigieux.

- Plus important encore dit l'auteur de l'article, au MIT on a le sens du devoir, celui de maximiser le potentiel humain pour rendre le monde meilleur. Faisant partie des leaders mondiaux dans le champ de l'éducation et de la recherche, le MIT fait preuve d'une "générosité propre à cette université privilégiée qui donne ce qu'elle pourrait aisément conserver pour elle. C'est l'acte d'une véritable institution éducative, dans le meilleur sens du terme". 

- Pour atteindre leur but, les instigateurs du projet ont décidé de faire confiance aux apprenants, plutôt que de les considérer comme des apprenants de seconde zone (car éloignés, en ligne et peu solvables). Les cours ne seront pas plus faciles que ceux qui sont dispensés en présence, mais les responsables estiment qu'avec de la volonté et de l'organisation, les inscrits peuvent parvenir à leurs fins. Certes, ils travaillent encore à la sécurisation de leur dispositif d'examens pour limiter la fraude, mais ils savent aussi que partout dans le monde, des personnes comptent avant tout sur la formation (autant, voire plus que sur le diplôme) pour changer leur vie. 

Et le MIT n'entend pas rester seul sur sa nouvelle plateforme. C'est pour cela qu'il l'a voulue libre et ouverte, de manière à ce que d'autres institutions le rejoignent et enrichissent l'offre de cours et de diplômes. D'ailleurs, et il n'y a pas ici de hasard, l'Institut indien de technologie de Dehli, organisme fort prestigieux lui aussi, a annoncé son intention de rejoindre le consortium dirigé par le MIT.

 

Bien se former hors des plus grandes universités, c'est aussi possible

Dans de nombreux pays, à côté des dispositifs éducatifs publics ou privés certifiés, on trouve des organisations qui proposent une éducation alternative, tant dans ses modalités de distribution que dans ses contenus. L'écosystème éducatif en ligne suit le même modèle : à côté des cours en ligne offerts par les institutions, se déploie toute une galaxie de mouvements d'éducation populaire pourrait-on dire, sans but lucratif, qui proposent des contenus de qualité et des communautés d'apprentissage très vivantes. La Peer to Peer University en est un bon exemple. Née le 09/09/2009, cette "université par les pairs" a récemment changé de plateforme et propose désormais gratuitement plusieurs milliers de cours en anglais et en espagnol, réalisés par des volontaires, ces derniers étant fortement soutenus et formés par la communauté des "enseignants" plus expérimentés. 

Alison, plateforme localisée en Irlande qui offre également des cours gratuits, représente également un modèle intéressant. Spécialement destinée au "tiers-secteur", elle propose désormais plus de 300 cours gratuits pour des individus mais également accessibles aux centres de formation contre une rémunération raisonnable. Ces cours sont conçus par des organismes de formation qui souhaitent les diffuser plus largement et choisissent donc de les déposer sur Alison. Par rapport à la P2PU, Alison présente l'avantage de délivrer des certificats, certes "maison", mais qui prennent de la valeur à mesure que l'organisation est connue et reconnue. Alison a obtenu en 2011 un prix de la part de l'Unesco et abrite notamment des cours proposés par le British Council

 

Cherche parcours gratuits et certifiants en français, désespérément...

Tout cela fait un peu tourner la tête, tant ces initiatives font entrevoir un monde nouveau de possibilités d'études, où que l'on se trouve... et à condition de parler anglais. Où sont les initiaitives francophones similaires ? Elles n'existent pas. Certes, la France avance timidement vers la création d'une véritable université technologique en ligne, susceptible de délivrer des cours et des crédits à tous ceux qui veulent apprendre, quelle que soit leur condition. Certes, un nombre croissant d'enseignants mettent leurs cours à disposition de tous, et reçoivent ensuite des remerciements de toutes sortes de gens. Mais on manque cruellement en France de vision stratégique et de leaders capables d'entraîner les autres sur le chemin du déverrouillage des contenus et des diplômes. C'est vraiment dommage, car le nombre de personnes qui ont soif d'apprendre ne fait que grandir. Qu'il s'agisse de jeunes soucieux de suivre les meilleurs enseignements pour accéder à un bon emploi, de personnes en reconversion professionnelle, ou de simples amoureux du savoir (le goût d'apprendre se développant avec l'âge), tous cherchent des cours, souhaitent engager le dialogue avec des enseignants et saluent ceux-ci lorsqu'ils partagent leurs savoirs. Enseignants, établissements d'enseignement, vous êtes en recherche de prestige et de reconnaissance ? La voie semble ici toute tracée.

MIT Mints a Valuable Form of Academic Currency. Kevin Carey, The Chronicle of Higher Education, 22 janvier 2012.

photo : Le MIT à Boston. Thomas Hawk via photopin cc

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