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Pour ou contre l'uniforme scolaire ?

Le port de l'uniforme scolaire a de nombreux adeptes, y compris dans des pays où il n'existe pas

Par Philippe Menkoué , le 22 avril 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 21 mai 2014

Facteur d’intégration, élément d’identification, quête de discipline, gage d’une certaine morale, etc., les raisons évoquées pour soutenir l’instauration ou le maintien (c’est selon) du port de l’uniforme dans les établissements scolaires sont légions et quasiment les mêmes, quel que soit l’hémisphère dans lequel on se situe. Pour ou contre, la variété et l’originalité des arguments avancés peuvent parfois surprendre. Y’aurait-il un intérêt particulier à faire porter des uniformes par les élèves? Telle est la question à laquelle nous tenterons de répondre ici.

 

Un facteur d’intégration et d’égalité

Dans les pays développés comme la France par exemple, l’Association Pour le Port de la Tenue scolaire Unique (APPTSU) estime que la tenue scolaire permettrait de « lutter contre toutes les formes de discriminations entre élèves en raison de leurs origines, de leurs religions ou de leurs classes sociales, et de favoriser la cohésion sociale et l’égalité des chances ».

En Afrique subsaharienne francophone, on s'inscrit à peu près dans la même logique et beaucoup regrettent qu’elle ne soit pas une obligation aujourd’hui. Ainsi, au Sénégal par exemple où, selon Sikiratou Ahouansou, seuls « quelques rares établissements exigent le port d’une blouse ou d’un uniforme », certains semblent regretter le «Soboco », célèbre « blouse scolaire en cotonnade, de couleur kaki ou tirant sur la couleur sable »  qui a fait fureur dans les années 60. « Constituée d’une chemise à manches courtes et d’une culotte pour la période de chaleur ; d’une chemise à manches longues et d’un pantalon pour la période de froid », elle a fait la fierté de plusieurs générations de Sénégalais. Un véritable symbole d’égalité dans la mesure où elle permettait de « mettre les élèves sur un même pied, quelle que soit leur origine sociale », faisant ainsi disparaitre, toutes les barrières (sociales, économiques, religieuse, etc.). Idem en RDC où, comme le rappelle Faustin Akono : « L’institution de l’uniforme scolaire dans les années 1970 avait pour but essentiel de mettre fin aux clivages sociaux entre les enfants des nantis et les autres. Car par manque de beaux habits, certains étaient frustrés et cela laissait peut-être paraître le statut social de leurs parents. Du coup ils n’assistaient plus aussi bien aux enseignements ».

L’école, censé être un lieu neutre, devient parfois le lieu pour certains élèves, d’afficher des signes ostentatoires de leur aisance matérielle, de leur origine ethnique ou de leur appartenance religieuse (pour ne prendre que ces exemples-là) créant ainsi des frustrations chez certains élèves et perpétuant les clivages sociaux facilement perceptibles ailleurs. L'uniforme scolaire serait ainsi, selon l’APPTSU, « la seule (solution, ndlr) adaptée, par son application dès l'entrée en classe de maternelle et jusqu'à la fin du second cycle, pour instaurer des valeurs communes et apprendre à nos enfants à vivre en société ». Et pas que.

 

« L’uniforme scolaire obéit à une quête de discipline »

Ces mots sont ceux du psychopédagogue ivoirien Adama Wattara qui, dans une interview accordée au magazine Nord-Sud en 2010 estimait que, « celui qui porte l’uniforme ne peut se permettre n’importe quoi (…) la tenue oblige l’élève à la correction ». Ainsi, en plus de faciliter l’identification des élèves, l’uniforme scolaire serait également le symbole d’une bonne éducation civique, dans la mesure où elle permet de responsabiliser les élèves dès leur plus jeune âge.

 

Le gage d’une certaine morale ?

En plus de responsabiliser les jeunes, l’uniforme scolaire constitue une bonne alternative aux tenues provocantes qu’arborent de plus en plus de jeunes. Il serait ainsi une de rempart contre certains « accoutrements extravagants qui heurtent même la pudeur » comme le souligne Faustin Akono.

Si l’uniforme scolaire semble présenter de nombreuses vertus, il n’en demeure pas moins vrai que son influence réelle sur les performances des élèves reste à démontrer, les études traitant de cette question étant assez rares. L’uniformisation des tenues vestimentaires des élèves dans les écoles, devrait peut-être également être accompagnée d’une uniformisation des tenues vestimentaires des enseignants, la blouse n’étant le plus souvent utilisée que dans les laboratoires.

 

Références

- Association Pour le Port de la Tenue Scolaire Unique (APPTSU). « Pour une scolarité sans exclusion ». Consulté le 20 avril 2014. Lien : http://asso-tenue-scolaire-unique.wifeo.com/apptsu.php

- Ahouansou, Sikiratou. « Sénégal – Port de l’uniforme à l’école : une solution contre les tenues indécentes ? ». MEDIAF. Consulté le 18 avril 2014. Lien : http://mediaf.org/?p=717

- Akono, Faustin. « Quand l’école privée crée la confusion en matière de tenues scolaires ». ADIAC CONGO. Le 11 novembre 2013. Lien : http://adiac-congo.com/content/quand-lecole-privee-cree-la-confusion-en-matiere-de-tenues-scolaires

- Association Pour le Port de la Tenue Scolaire Unique (APPTSU). « Le problème des violences scolaires se règle par la prévention et le port de l’uniforme scolaire ». 20minutes.fr. Le 15 février 2010. Lien : http://leportdeluniformescolaire.20minutes-blogs.fr/archive/2010/02/15/le-probleme-des-violences-scolaires-se-regle-par-la-preventi.html

- Wattara, Adama (interviewé par Nesmon De Laure). « Retour de la tenue scolaire obligatoire ». Educarriere.ci ; le 8 septembre 2010. Lien : http://news.educarriere.ci/index.php?page=details&NewsId=wc855vSt608Vcv573RT146

Illustration : Students walking together - Blend Images - ShutterStock

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