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Les MOOC se dégonflent-ils?

Le MOOC serait-il un modèle pédagogique déjà dépassé?

Par Alexandre Roberge , le 03 décembre 2017 | Dernière mise à jour de l'article le 22 janvier 2018

Les MOOC ont maintenant plusieurs années d'existence. Dès le début, le phénomène a grandement intéressé les médias. Cette impression générale qu’une révolution pédagogique se déroulait sous nos yeux était plutôt réjouissante.

Des cours massifs et généralement gratuits qui pouvaient se suivre de partout dans le monde. Le tout était flexible et pouvait être consommé comme désiré par les apprenants. Il y avait de quoi s’extasier, surtout quand de grandes institutions académiques ont joint le bal. Nous tombions enfin dans une nouvelle ère en éducation. Dans une économie du savoir, les MOOC étaient la suite logique et leur avenir semblait être promis à des jours radieux.

Une quinzaine d'années plus tard, le constat médiatique commence à être plus négatif. Beaucoup d’interrogations ont été soulevées. D’abord, le modèle gratuit qui fait difficilement ses frais, tout en permettant de rejoindre plus de gens. Beaucoup de questions se sont aussi posées sur la valeur de ces cours sur les curriculum vitae et la forme qu’ils prennent. Et puis, il y a les abandons massifs. Ils sont très peu à finir les formations (seulement 5 %). Au point où le Monde a publié un article qui a fait grand bruit à la fin du mois d’octobre 2017, affirmant que les MOOC étaient en train de dégonfler comme un ballon de baudruche. Mais est-ce exact? Et si oui, le MOOC est-il vraiment condamné à disparaître?

Un phénomène condamné à l'échec ?

Pour certains, il était clair que le MOOC allait connaître des problèmes, particulièrement en France. Comme le rappelle cet ingénieur en technologies de la formation, il avait exprimé dès 2013 des doutes sur la copie de l’approche anglo-saxonne dans l’Hexagone. D’abord et avant tout, parce que le modèle éducatif français n’a rien à voir avec celui des États-Unis et que les MOOC français intéressent davantage des travailleurs diplômés qui veulent améliorer leurs compétences. Ceux basés sur l’acquisition de connaissances périclitent peu à peu. Et pourquoi ?

Déjà parce que l’investissement demandé dans l’établissement d’un MOOC est grand et qu'il n’y a que peu de rentabilité. À moins d’obliger l’apprenant à payer. Mais pour quoi ? La certification, l’inscription, un suivi par un tuteur ? De plus, les MOOC les plus populaires fonctionnent surtout s’ils proposent un sujet en phase avec l’époque et si l’enseignement est dynamique. Ces cours ne sont pas contraignants et favorisent l’abandon sans compter qu’on trouve des centaines de ressources pédagogiques en ligne et gratuites qui peuvent parfois faire aussi bien ou mieux que l’offre actuelle. Et puis, il n’y a que peu de valorisation dans la complétion d’un MOOC et encore moins pour un professeur-chercheur à en faire partie.

Pour certains, cela s’explique par le fait que le MOOC n’a rien révolutionné en enseignement. Oui, il a démocratisé et donné un plus grand accès à des cours mais il n’a rien fondamentalement changé à la pédagogie. On se retrouve tout simplement avec des cours magistraux en ligne consultables quand bon nous semble. La classe inversée, qui est née à peu près au même moment que le MOOC a, quant à elle, incité les enseignants à changer leur approche de la classe, de la planification de cours, de l'usage de technologies, etc. Voilà pourquoi, pour ce professeur de Grenoble, la classe inversée représente davantage l’avenir que le MOOC.

Cet autre critique des MOOC, et éditeur de formations en ligne, s’est réjoui du texte du Monde puisqu’il exprimait exactement son point de vue.  Pour lui, il s’agit du problème : le MOOC n’a rien fait avancer pédagogiquement sinon que d’offrir à des masses de l’enseignement en ligne. Pour lui, il faut passer à une deuxième version du MOOC. Une qui sera centrée sur l’étudiant et pas le professeur, qui sera orientée sur les résultats, plus efficiente que le présentiel. Conséquemment, il serait plus restreint, à un public plus ciblé, ce qui permettrait un mentorat plus serré et demanderait plus d’échanges et de mises en pratique de la part des apprenants. Bref, un modèle plus proche des SPOC (Small Private Online Course).

Le MOOC, tout sauf mort

Pourtant, il faudrait faire attention avant d’enterrer le MOOC. Certes, il est clair que l’approche a des défauts, mais même l’article du Monde est beaucoup plus nuancé que tous ceux qui ont partagé le texte sur leurs réseaux. Comme l’affirme ce blogueur, les plateformes de MOOC ont encore des millions d’auditeurs qui assistent à des cours chaque mois. L’intérêt y est toujours.

Et puis, comme il nous le rappelle, peut-être regardons-nous ce type de cours avec une vision archaïque. Nous avons souvent vu les cours comme des lignes à suivre menant à des certifications. Sous cet angle, les MOOC ratent totalement leur cible avec leur 5 % d'achèvement. Or, ce blogueur a discuté avec des apprenants de son cours massif sur Coursera. Beaucoup ont admis avoir sauté des modules pour s’intéresser à d’autres. Ils se moquaient du diplôme, ils voulaient seulement acquérir certains savoirs.

Pour lui, cette vision pessimiste sur les MOOC est une sous-estimation de l’impact d’une innovation de rupture. Une façon pour les « vieux de la vieille » de conforter leurs approches en dévalorisant le petit nouveau qu’ils perçoivent, inconsciemment ou non, comme une menace. Pourtant, le MOOC ne menace nullement les étudiants traditionnels. Ce sont souvent des individus qui travaillent et ne peuvent se permettre un retour aux études, des gens qui désirent un format d’enseignement unique à cette approche ou qu’aucune école autour ne propose ce type de cours.

Le modèle peut donc subsister aux côtés d’enseignement traditionnel sans aucun doute. Certes, il lui reste encore du chemin à faire pour se dégager de l'approche magistrale et s'améliorer, or peut-être qu’avant de la déclarer morte, il faudrait laisser un peu de temps à une méthode aussi nouvelle de se transformer au fil des années et voir, possiblement, des améliorations sur les plans de l'abandon, de la rentabilité, du modèle pédagogique, etc.

Illustration : pni Orange Deflated Balloon via photopin (license)

Références

Hadji, Charles. "Classes Inversées Et MOOC, Révolution Copernicienne Dans l'enseignement? Vraiment ?" The Conversation. Dernière mise à jour : 1er novembre 2017. https://theconversation.com/classes-inversees-et-mooc-revolution-copernicienne-dans-lenseignement-vraiment-86515.

Miller, Marine. "Les MOOC Font Pschitt." Le Monde.fr. Dernière mise à jour : 23 octobre 2017. http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/10/22/les-mooc-font-pschitt_5204379_3232.html.

Moreau, Yves. "Les MOOCs Ont-ils Vraiment Fait « pschitt » ?" Miscellanées Numériques. Dernière mise à jour : 22 octobre 2017. https://moreauyves.wordpress.com/2017/10/22/les-moocs-ont-ils-vraiment-fait-pschitt/.

Sicsic, Jeremie. "Oui ! Les MOOC font pschitt..." LinkedIn. Dernière mise à jour : 25 octobre 2017. https://fr.linkedin.com/pulse/oui-les-mooc-font-pschitt-jeremie-sicsic.

Silberzahn, Philippe. "Sur Les MOOC Qui Font Pschitt… Et Sur L’innovation De Rupture En Général." Le Blog De Philippe Silberzahn. Dernière mise à jour : 6 novembre 2017. https://philippesilberzahn.com/2017/11/06/des-mooc-qui-font-pschitt-pas-si-vite/.

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