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Comment Minecraft peut transformer l'école... et les élèves

Intégrer Minecraft à l'école, même dans un cadre parascolaire, a un impact fort sur les apprenants

Par Alexandre Roberge , le 21 janvier 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 22 janvier 2018

Les jeux vidéo commerciaux ont généralement du mal à se faire une place en classe. Si les serious games ont adopté une approche didactique qui plaît au milieu éducatif, les concepteurs de jeux vidéos vendus en commerce demandent, quant à eux, plus d'ouverture et tentent de trouver dans l'expérience ludique un angle pédagogique.

Toutefois, un jeu a tout de suite captivé à la fois les jeunes et aussi rapidement les écoles : Minecraft. L’univers bac à sable et cubique de construction est parfait pour presque tous les cours, pouvant servir de différentes façons. Cette flexibilité a même mené à une version faite pour l’école. Néanmoins, est-ce qu'intégrer Minecraft dans un contexte scolaire change les choses?

Un atelier Minecraft ayant des impacts

En tout cas, la question a été posée par les chercheurs Thierry Karsenti et Julien Bugmann en 2017. Voyant le nombre de ventes du jeu (plus de 100 millions de copies) et les usages pédagogiques de plus en plus fréquents partout dans le monde, ils se sont demandé s’il était possible d’utiliser le jeu comme un tremplin de transformation de l’école. Ils ont donc étudié les réactions de 118 élèves dans des établissements de Montréal dont le milieu socioéconomique est plutôt défavorisé.

Leur idée a été de créer un programme parascolaire sur 10 échelons appelé « Devenez maître de Minecraft ». Ainsi, les enfants de 9 à 12 ans devaient effectuer différents défis pour grimper au rang supérieur et obtenir des bracelets de la couleur correspondant à l’étape. Si les premiers pas étaient faciles (personnaliser son avatar, apprendre à se déplacer dans le monde), le tout progressive en difficulté vers de véritables défis de construction et de reproduction de modèles comme ceux de leur école ou littéralement une ville.

Les élèves atteignant le niveau maître Minecraft avaient même droit à une seconde suite d’épreuves plus corsées comme bâtir une navette spatiale et sa rampe de lancement ou reproduire une cité médiévale avec 10 éléments spécifiques à cette période. Ces niveaux supérieurs obtenaient alors un certificat de leur niveau pro à la fin des 6 à 8 semaines qu’a duré l’expérience.

Les chercheurs ont interrogé les élèves par des questionnaires et entretiens avant, durant et après les périodes de jeu. Ils ont noté une série d’impacts sur les élèves dont une motivation grandement accrue. Et pourtant, bien qu'il s'agissait d'une activité facultative, il n’y avait que très peu d’absence selon l’animateur qui chapeautait le tout. La directrice d’une des écoles a même dû refuser l’accès à certains élèves, puisqu’il manquait de places. Les plus cyniques pourraient affirmer que, forcément, il s’agissait d’un atelier de jeu vidéo ce qui était plus motivant que des cours magistraux. Or, les impacts se sont fait sentir, d’après les chercheurs, en dehors de l’atelier.

En effet, ils ont remarqué que les activités Minecraft donnaient plus d’outils aux jeunes afin d’apprendre à chercher de l’information. Ils ont progressé en résolution de problèmes, particulièrement le raisonnement inductif ou déductif en mathématiques. Des notions de sciences, d’agriculture, d’architecture, d’histoire et de géographie ont aussi été transmises par les diverses activités sur le jeu. Ils ont amélioré leur niveau d’anglais puisqu’il leur a souvent fallu fouiller et obtenir des conseils dans cette langue. Particulièrement quand ils devaient faire de la programmation. Oui, ce sujet fort en demande à l'école a été aussi abordé durant les ateliers.

Un jeu encourageant le travail en équipe

Et surtout, Minecraft a grandement aidé au climat de collaboration des élèves. Presque la totalité d’entre eux a épaulé un camarade durant au moins un atelier. Sans compter qu’il y eut des travaux par équipe sur de plus gros projets. Car ce jeu vidéo est aussi pensé comme une expérience multijoueur plus collaborative que basée sur la compétition contrairement à d’autres jeux vidéo. Voilà d’ailleurs pourquoi Minecraft intéresse tellement le milieu éducatif. Non seulement est-il flexible, mais il permet, comme l'explique cet enseignant français, aux enfants de résoudre ensemble des problèmes dans différentes matières.

Évidemment, les deux chercheurs sont conscients des quelques difficultés qui peuvent se dresser sur le chemin d’une implantation plus généralisée de Minecraft en éducation. Bien que le jeu ait pris de l’âge et ne demande pas des ordinateurs de pointe, il peut y avoir tout de même des problèmes techniques. Il faut donc s’assurer que le matériel évite des déconnexions inopinées ou des plantages. De plus, il est primordial que l’animateur ou l’enseignant qui supervise les sessions de Minecraft soient à l’aise avec l’environnement du jeu afin de pouvoir répondre aux interrogations des enfants s’il y a lieu.

Enfin, les chercheurs rappellent que les bons effets se sont développés dans un cadre bien délimité de l’usage du jeu. Trop de laxisme aurait davantage mené à de la perte de temps qu’à de réels acquis pédagogiques. Néanmoins, le rapport de Bugmann et Karsenti se veut un autre vibrant plaidoyer pour l’utilisation de Minecraft dans les salles de classe.

Illustration : kjarrett Raspberry Pi + Minecraft Coding Camp via photopin (license)

Références

Karsenti, Thierry, and Julien Bugmann. "Transformer L’école Avec Minecraft?" Thierry Karsenti. Consulté le 19 janvier 2018. http://www.karsenti.ca/minecraft/.

Regards sur le numérique. "« Avec Minecraft, Les élèves Doivent Résoudre Des Problèmes Ensemble »." Usbek & Rica. Dernière mise à jour : 28 novembre 2017. https://usbeketrica.com/article/avec-minecraft-les-eleves-resolvent-des-problemes-ensemble.

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