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Réunion-débat sur la pratique de classe et l’environnement scolaire et extra scolaire

Par Om El Khir Missaoui , le 13 mai 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 18 mai 2009

A l'initiative de la Conférence des Ministres de l’éducation ayant le français en partage (CONFEMEN), une réunion-débat sur la pratique de classe et l’environnement scolaire et extrascolaire dans l’espace francophone s'est tenue à Dakar du 4 au 7 mai 2009.

En novembre 2008, à Bujumbura, la CONFEMEN avait organisé la réunion-débat sur les facteurs essentiels de la qualité qui avait insisté sur le rôle capital de l’enseignant dans les apprentissages scolaires. Il avait été notamment souligné que, face aux exigences de transformation des systèmes éducatifs, les enseignants doivent développer de nouvelles compétences professionnelles afin d’accompagner les apprenants dans la construction de savoirs qui font sens.

La réunion-débat de Dakar s’inscrit donc dans le prolongement logique et l’approfondissement de celle de Bujumbura. Elle se veut ainsi un cadre de partage de pratiques efficientes en ce qui a trait, notamment, au rôle renouvelé et à la  formation de l’enseignant, à la transformation et à la diversification des méthodes d’enseignement et d’apprentissage et à l’ouverture de l’école à la collectivité; pratiques qui favorisent la réussite éducative.

C’est sous le slogan « Quelles pratiques de classe pour un enseignement de qualité ? » que la réunion-débat a débuté. Elle a accueilli plus de 200 participants issus de plus de 30 pays de la Francophonie, représentant les ministères de l’Éducation ainsi que les inspecteurs, les conseillers pédagogiques et les enseignants. Pendant quatre jours, entre exposés de cadrage présentés par d'éminents spécialistes en éducation et études de cas présentées par des pédagogues et autres chefs de projets éducatifs, les discussions en plénière et en ateliers se sont  articulées autour des thèmes suivants et ont toutes débouché sur des recommandations.

Le rôle renouvelé de l'enseignant


Le thème 1 portant  sur le rôle renouvelé de l’enseignant a été introduit par le Professeur Afsata PARE KABORE. L’objectif majeur qui s’en est dégagé est le nouveau rôle conféré à l’enseignant en ce 21ème siècle et les compétences dont il devrait se doter pour une éducation de qualité.

Sur les  données essentielles évoquées et liées à ce rôle renouvelé, on note les changements relatifs aux contextes économiques et socioculturels du monde, les réformes éducatives engagées dans les différents Etats et les évolutions scientifiques et pédagogiques. Compte tenu du changement perpétuel observé dans le monde, la formation devrait permettre à l’enseignant d’être, sur le plan professionnel, constamment en situation de remise en cause et d’adaptation, d’où la nécessité  de devenir un praticien réflexif. Pour y arriver, celui-ci devrait être entouré de conditions favorables à même de lui permettre d’agir en tant que professionnel. Ces conditions favorables sont entre autres : la mise à disposition d’outils et de méthodes appropriés  ainsi que la valorisation de son statut. Plusieurs recommandations ont été émises :

  • Systématiser la formation initiale et continue, renforcée par la pratique réflexive et alimentée par les résultats de la recherche(recherche participative, recherche action, recherche collaborative,...).
  • Garantir la mise en oeuvre de tous les moyens disponibles (réseaux, enseignement par les pairs, enseignement à distance certificatif, accompagnement des équipes) dans le cadre d'un plan de carrière comprenant une formation en cours de carrière planifiée;
  • Se doter d'un plan global concerté en matière d'enseignement intégrant la formation, le statut, le plan de développement  de carrière et les conditions de travail;
  • Valoriser les enseignants en fonction des formations suivies au cours  de leur carrière;
  • Intégrer dans le processus de formation initiale et continue, l’éthique et la déontologie professionnelle ;
  • Offrir aux enseignants un niveau de formation théorique et pratique tant au préscolaire qu'aux autres niveaux d'enseignement permettant de garantir un enseignement efficient et répondant aux besoins spécifiques des différents Etats.


La transformation et la diversification des méthodes d’enseignement et d’apprentissage :


 L’exposé de cadrage sur le thème « La transformation et la diversification des méthodes d’enseignement et d’apprentissage », présenté par Monsieur Pierre GUEDJ a débuté par deux constats majeurs qui portent sur l’enseignant et la qualité de l’enseignement ainsi que la liaison enseignement/apprentissage, les interactions enseignant/élèves.

Parmi les causes de la nécessaire évolution des méthodes et des pratiques, il a été noté le constat d’échec de l’école par rapport aux nouvelles exigences d’une société en évolution. L’école doit contribuer à doter l’élève de nouvelles compétences susceptibles de l’aider à devenir un citoyen épanoui et responsable. 

L’Approche Par compétences est au cœur des réformes curriculaires. Elle  permet d’intégrer les acquis en leur donnant davantage de sens. L’intervenant propose également d’explorer la voie de la pédagogie différenciée. Permettre des apprentissages différenciés ne signifie pas d’individualiser la pédagogie, mais d’utiliser diverses modalités d’apprentissage, dont la variation de l’organisation de la classe, la gestion du temps, les situations d’apprentissage, les méthodes didactiques et les outils pédagogiques.

L’orientation vers une pédagogie souple, réflexive, inclusive, ouverte aux questionnements, demande un cadre rigoureux, des échanges entre enseignants, et des conditions minimales, parmi lesquelles on retrouve  une dotation suffisante en manuels scolaires.

Quelques propositions de recommandations ont été formulées. Il s’agit, notamment de :

  • Assurer une bonne formation initiale des enseignants en adéquation avec les exigences des réformes curriculaires ;
  • Mettre en place un dispositif de formation continue qui prend en charge un suivi-encadrement rapproché des enseignants ;
  • Doter les encadreurs de moyens logistiques nécessaires à l’exercice de leur fonction ;
  • Développer la culture de la pratique réflexive chez les enseignants ;
  • Rompre d’avec les pratiques routinières et s’orienter vers la diversité des méthodes d’enseignement et d’apprentissage en promouvant graduellement l’introduction des TIC et les outils innovants dans les pratiques de classe ;
  • Optimiser le temps d’apprentissage ;
  • Prévoir des moments de remise à niveau des enfants en difficulté ;
  • Renforcer les capacités des enseignants en matière d’évaluation, particulièrement dans une approche par les compétences ;
  • Créer un cadre de rencontre et de partage entre enseignants francophones afin de mutualiser les bonnes pratiques ;
  • Revoir le mode de nomination des directeurs et le baser sur la compétence et non sur l’ancienneté exclusivement ;
  • Diversifier les formes de motivation pour les enseignants ;
  • Mettre en place un fonds spécial d’assistance pour les pays en guerre.


L’ouverture à la collectivité : quelle richesse pour le travail de l’enseignant ? :


L’objectif principal de cet exposé de cadrage présenté par Monsieur Oumar BA, Inspecteur de l’éducation est de traiter de la dimension du partenariat à l’échelle de la classe et de l’école. L’exposé est articulé autour de trois axes : la problématique du partenariat, les opportunités liées à l’ouverture de l’école à la communauté et es défis à relever pour favoriser le fonctionnement de la dynamique partenariale.

Par la reconnaissance du principe de  l’ouverture de l’école, la communauté qui comprend entre autres les parents, est davantage favorable à contribuer à sa réussite par, notamment, des actions socio-éducatives et un plaidoyer auprès des décideurs politiques et des partenaires techniques et financiers.

Considérant que l’ouverture de  l’école  à la communauté permet de prendre en compte les besoins de celle-ci  et favorise la réussite éducative, les participants à la réunion-débat sur la pratique de classe et l’environnement scolaire et extrascolaire recommandent de :

  • Capitaliser toutes les expériences porteuses de l’ouverture de l’école à la communauté et procéder à leur vulgarisation dans tous les pays de la CONFEMEN;
  • Mettre en place des mécanismes de veille et des ressources pour améliorer l’efficacité dans le développement de l’ouverture de l’école à la communauté;
  • Renforcer les capacités des différents acteurs pour améliorer leur vision, leurs comportements dans l’ouverture de l’école au milieu, de même que leur efficacité;
  • Considérer la destruction intentionnelle des infrastructures de  l’école comme un délit ;
  • Transférer les compétences en même temps que les moyens dans le processus de décentralisation des systèmes éducatifs;
  • Formaliser à travers des textes réglementaires la distribution des rôles et des responsabilités, les étapes de la dynamique partenariale et la nécessité de l’approche participative, dans le cadre du partenariat entre l’école et la communauté
  • Soutenir la mise en place de moyens diversifiés pour la formation initiale et continue des enseignants et des autres acteurs;
  • Développer un plaidoyer et un lobbying pour renforcer l’ouverture de l’école à la communauté;
  • Intégrer dans le partenariat pour l’ouverture de l’école à la communauté la lutte contre la pauvreté, la problématique du genre et la protection des enfants vulnérables.

L’adéquation entre le curriculum officiel et le curriculum implanté :


L’exposé de cadrage sur « l’adéquation entre le curriculum officiel et le curriculum implanté » a été présenté par Madame Michèle LEJONG de la Communauté française de Belgique. Il a visé 3 objectifs : présenter les résultats d’une étude relative à l’analyse des curricula dans cinq pays francophones, préciser les constats de cette étude sur la pratique enseignante et indiquer des pistes de solution pour réduire les écarts entre le curriculum officiel et le curriculum implanté en classe.

Pour promouvoir un enseignement de qualité efficace et équitable pour tous et pour réduire les écarts entre les différents curricula (officiel, implanté et réalisé),  les recommandations sont adressées tour à tour aux décideurs politiques, aux enseignants, aux structures de formation initiale, à l'OIF et Confemen.

En définitive, pour toute réforme curriculaire,  il est indispensable d’adapter l’approche systémique qui prend en compte, au-delà des programmes, les stratégies et matériels pédagogiques, les procédures d’évaluation et d’organisation, le cadre temporel et les diverses conditions qui conditionnent le succès.  Il faut également  une planification du changement avec une approche progressive : une planification rigoureuse des différentes étapes, une prévisibilité des ressources, une identification des acteurs et une clarification des objectifs.

Il reste à noter qu'il y a une recommandation générique à tous les thèmes traités pendant la réunion-débat, à savoir l'intégration des TIC  pour la mise à disposition des contenus et des parcours d’apprentissage et de formation et la promotion de l’apprentissage et de la formation à distance pour vaincre les contraintes spatio-temporelles et les autres entraves aux formations modernes.

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