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Je parle le bassa 2.0

Quand une langue régionale africaine reçoit le prix de l'innovation numérique...

Par Sandrine Benard , le 29 janvier 2018 | Dernière mise à jour de l'article le 06 février 2018

« Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l'entraide et la solidarité visant à un but commun : l'épanouissement de chacun dans le respect des différences. »

Ainsi parlait Françoise Dolto, célèbre psychanalyste française du XXe siècle.

Le fait de communiquer, d’établir une relation avec quelqu’un ou quelque chose est une action inhérente à l’être humain et même à la vie depuis son apparition. Pour les humains, cela peut se faire par les écrits, par les gestes ou par la parole.

Avec le temps et le développement des nouvelles technologies, ces moyens de communication ont également évolué et aujourd’hui l’essor des applications pour téléphones intelligents ou tablettes permet d'aller encore plus loin dans cet acte communicatif.

Ainsi est née « Je parle le bassa 2.0 », une application innovante et résolument tournée vers l’avenir !

Vous avez dit bassa ?

Le bassa est une langue bantoue (de la moitié sud du continent africain) parlée par plus de 2 millions de personnes, principalement au Cameroun.

Lancée en juin 2017 par Stéphie-Rose Nyot Nyot, l’application « Je parle le bassa 2.0 » est une petite révolution qui se présente comme pionnière dans l’apprentissage des langues africaines en ligne. Elle a d’ailleurs rapidement été nominée au World Youth Summit Award (initiative sous couvert de l’Unesco, qui fait la promotion des meilleures innovations dans le monde du digital et des applications numériques dans le monde), a reçu le prix de l’innovation 2017 d’Atlanta, mais aussi le prix du meilleur projet d’apprentissage digital au Cameroun.

Pourquoi ça marche ? 

Parce que la créatrice de ce projet a su allier l’ancien et le moderne, à savoir offrir un environnement numérique tout en gardant le lien originel avec les ancêtres. Il ne faut pas oublier qu’outre le Cameroun, cette langue est également parlée par plus de 800 000 locuteurs un peu partout dans le monde…

Comment ça marche ? 

Cette application convient tant aux débutants qu’aux intermédiaires. L’apprentissage est fait en anglais et en français à travers une cinquantaine de cours et d’exercices, le tout réparti sur une vingtaine de thèmes, qu’ils soient linguistiques (grammaire, conjugaison, vocabulaire) ou pratiques (vie de tous les jours, mises en situations…). À la fin de chaque exercice, l’apprenant se voit décerner une note qui lui permet d’évaluer son niveau en bassa.

Pourquoi c’est original ?

Parce que cette application est née d’une idée d’une Camerounaise, de retour au pays après plusieurs années d’absence, qui s’est rendue compte qu’elle avait perdu ce lien qui l’unissait à sa culture et à sa langue, le bassa.

Elle a eu l’idée de lancer une page Facebook qui proposait une approche ludique et participative de l’apprentissage du bassa et qui a suscité énormément d’engouement au point de lui permettre de financer le développement du programme. De plus, comme l’auteure le souligne, « à travers JPLB 2.0, nous souhaitons démontrer que les langues régionales africaines, à l'instar des langues dites de commerce, méritent aussi d'être parlées. Et nous nous inscrivons non dans une démarche communautaire, mais interculturelle. »

Et après ?

Après une tentative réussie d’offrir un apprentissage numérique d’une langue régionale, l’auteure espère bien que d’autres suivront ses traces et pense déjà au développement de méthodes similaires en mina (une langue gbe dont le nombre total de locuteurs est estimé à plus de 300 000, parlée majoritairement au Togo et au Bénin) et en fang (langue bantoue parlée au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Gabon, et en Guinée équatoriale par plus d’un million de personnes – à noter que nous avons déjà tous entendu quelques mots dans cette langue grâce à la chanson Waka Waka de Shakira, pour la coupe du monde de football en 2010). 

De plus, le succès de l’application a permis d’agrandir l’éventail linguistique de l’offre qui s’est récemment vue agrémentée, lors des fêtes de fin d’année 2017, d’un premier livre intitulé « Bi Banga bi hop Bassa » qui se présente avec des images et des expressions intraduisibles en français ou en anglais et principalement destiné aux débutants ou aux enfants.

Pour l’instant développé uniquement sur Android, la créatrice souhaite rapidement voir son programme évoluer sur iOS également et c’est pourquoi elle lance une campagne de financement directement sur son site en proposant à la vente divers objets (stylos, t-shirts, tasses…). Un bon moyen de contribuer à une bonne action !

À noter que ce site, précurseur de l’application mobile, propose lui aussi des cours de bassa en ligne, ainsi que des séries d’exercices. C’est un peu le complément de l’application avec des nouvelles, des vidéos et des compléments multimédias. Ne manquez pas aussi d’aller faire sur la page Facebook officielle où tout a commencé…

Finalement…

En conclusion, vouloir renouer avec son héritage linguistique en utilisant des méthodes modernes peut s’avérer un défi de taille, et pourtant, cette jeune Camerounaise a su le relever dignement et même ouvrir la voie à d’autres projets de la même envergure : partager sa culture, sa langue d’une façon moderne et dynamique afin de permettre un large accès à son apprentissage et favoriser ainsi son acquisition ici ou ailleurs. La communication est bien passée, le bassa a encore de beaux jours devant lui !

Illustrations :  Je parle le bassa 2.0,
www.jeparlelebassa2point0.com, https://goo.gl/images/uKjRQz
et https://goo.gl/images/vGv2Tw

Sources

Je parle le bassa 2.0, www.jeparlelebassa2point0.com

L’application Android, http://bit.ly/2rOmZRb

Page Facebook, https://www.facebook.com/bassa2.0/

Le bassa, article Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Bassa_(langue_bantoue)

World Youth Summit Award, article Wikipedia, https://en.wikipedia.org/wiki/World_Summit_Award

Les langues régionales africaines méritent aussi d’être parlées, par Malick Diawara, Le Point Afrique du 27/12/2017
http://afrique.lepoint.fr/culture/stephie-rose-nyot-nyot-les-langues-regionales-africaines-meritent-aussi-d-etre-parlees-27-12-2017-2182647_2256.php

Langue Mina (gen), article Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Mina_(peuple)

Langues Gbe, article Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Langues_gbe

Langue fang, article Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Fang_(langue)

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