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"Adopter une attitude responsable sur Internet", qu'est-ce que ça veut dire ?

Par Christine Vaufrey B , le 04 mars 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 06 mars 2009

Dans le courant du mois de mars, les députés français vont débattre du déjà célèbre projet de loi "Création et Internet" ou HADOPI,  qui vise à réglementer les pratiques de téléchargement d’œuvres culturelles soumises à la loi sur la propriété intellectuelle et prévoit, en cas d'infractions répétées, de couper l'accès à Internet du responsable.

Le web fourmille d’articles, dans leur majorité violemment opposés au projet de loi. Les internautes en effet s’opposent ici à l’industrie culturelle et aux modèles économiques anciens qu’elle défend, bien plus qu’aux artistes, dont certains ne voient pas la main du diable dans tout individu téléchargeant « illégalement » un fichier vidéo ou de musique.

Différentes façons d’aborder la question de la responsabilité

Les jeunes qui fréquentent les écoles, collèges et lycées sont directement concernés par les pratiques de téléchargement, légales ou illégales. Et puisque l’institution scolaire a souhaité intégrer les compétences numériques à celles que doit acquérir tout jeune citoyen dans ses murs, ses représentants devront bien aborder le sujet avec les élèves. Ceci, par exemple, constitue une excellente manière de s’attaquer au deuxième domaine de compétences des différents B2I  : adopter une attitude responsable.

L’enseignant pourra en premier lieu inviter ses élèves à définir ce qu’est une « attitude responsable » : est-ce une attitude légaliste ? Une attitude conforme à l’idée que je me fais de la responsabilité individuelle ? Une attitude que je me sens capable d’assumer ? Une attitude qui ne cause de tort à personne ? Ah, voilà une façon intéressante d’appréhender les TIC en cours de philo…

Un deuxième axe de travail pourrait être d’examiner la tension entre la loi et les usages sociaux réels. Historiquement, on constate que la loi est généralement en retard sur les usages, et surtout les plus novateurs d’entre eux. La loi ne fait alors qu’entériner des pratiques déjà installées dans le corps social. Le projet de loi en cours de discussion va t-il dans la même direction, ou constitue t-il une tentative pour faire perdurer des dispositifs et modèles obsolètes ? Et, finalement, doit-on légiférer à propos d’un conflit entre consommateurs et distributeurs commerciaux de biens culturels ? Tiens, on dirait que le sujet mérite d’être traité en Education civique, juridique et sociale…

Un troisième axe serait d’inviter chacun à réfléchir à des modèles alternatifs de rétribution de la part apportée par chaque acteur de la chaîne de valeur ; les élèves seront peut-être surpris de constater que nombre de chercheurs ont déjà réfléchi à la question (comme en témoigne par exemple le rapport  réalisé par la Fing en 2007), et que les rapports, propositions et autres plans d’action s’entassent sur les bureaux des ministres. Licences globales, abonnements mensuels,  les solutions existent, mais il semble que le rapport de force soit actuellement en faveur de ceux qui veulent interdire plutôt que de ceux qui veulent partager. Les sciences économiques ont sans doute leur mot à dire sur le sujet.

Et la musique, dans tout ça ?

Un peu de musique pour détendre l’atmosphère ? Les plate-formes de téléchargement gratuit et légal offrent de belles surprises. JamendoIncompetechAltermusic … vous feront découvrir d’autres modèles d’économie culturelle. Au passage, les élèves pourront gonfler encore un peu leurs lecteurs mp3 et vous, enseignant, serez soulagé d’avoir enfin trouvé la solution au casse-tête de l’illustration sonore de vos diaporamas. Ici, tout est gratuit, à disposition, prêt à l’emploi. Ecoutez, vous avez le droit.

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