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La formation à distance en Afrique, une affaire de coûts? -

Par Louis-Martin Essono , le 19 novembre 2000 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Bilan décevant de l’aide bilatérale en FAD

Les organismes internationaux ont longtemps oeuvré pour que l’Afrique sorte de son sommeil apathique et de son retard en éducation. Plusieurs pays ont ainsi bénéficié d’aides bilatérales et multilatérales qui, de bonne foi, ou sous le coups des accords, ont participé au développement des structures scolaires ou universitaires des pays d’Afrique.

Qu’on se rappelle la conférence des Chefs d’État de Montréal et de Dakar qui avaient consacré une décennie entière à la rénovation pédagogique et méthodologique de l’enseignement du français. Il était alors question d’améliorer le niveau du français cruellement défaillant dans nos pays.

Le projet IPAR de Yaoundé a vécu, sans résultat palpable, sinon des pertes de matériel de haut niveau et l’inhumation des programmes pédagogiques. Les Canadiens ont investi la Côte d’Ivoire avec des projets ambitieux de télé-enseignement. Les satellites étaient impliqués et le rayonnement modèle pour une éducation moderne devait faire école dans nos pays. Résultat : des individus riches et des millions égarés quelque part. L’enseignement par la télévision y a fait long feu.

En 1990, le CIFFAD a procédé aux premières expérimentations au Sénégal, au Mali et en Guinée. Suivit le projet FADIM (

Formation à distance maintenant

qui consacra de nombreux Africains experts en FAD. Des mémoires de Master’s furent présentés après des sessions universitaires appuyées par des audio-conférences. Les résultats avaient été si flatteurs que le projet d’Université francophone, transmué en École Francophone d’été, s’est étendu à plus de 20 pays africains qui eurent gratuitement accès à la formation à distance et formèrent, recyclèrent et alphabétisèrent des milliers de gens.

Échec programmé? Un défi nouveau!

Normalement, ces actions auraient dû être suivies d’évaluation et, à défaut, de sequelles positives pour chacun des pays ayant bénéficié des subsides qui ont enrichi toutes les parties prenantes des projets. Les sessions organisées par le CIFFAD étaient gratuites. L’inscription, lit-on dans les rapports présentés par chaque pays, se fait sur le volontariat et le choix du Gouvernement, par le biais de l’Inspection Générale de Pédagogie.

Toute formation gratuite, conclut-on, n’a que peu de valeur et aucune pérennité. Aucune motivation d’ordre scientifique. Puis, tarie la source financière, la formation est enterrée.

C’est le cas de la FAD en Afrique, elle qui fut toujours secourue par quelque organisme occidental. Car les États eux-mêmes tardent à mettre sur pied une politique nationale de formation à distance. Le système des communications n’est qu’une espèce d’exutoire. On s’y cache pour excuser ses lenteurs et les velléités réelles d’une action forte et majeure.

L’élection parmi les pays les plus pauvres (PPTE) doit être un nouveau cheval de bataille que doivent utiliser nos pays pour régler une fois pour toutes les problèmes d’éducation. Chaque pays, maintenant, se connecte à un satellite pour couvrir l’ensemble du territoire. Pourquoi ne pas y adjoindre un volet sur la formation?

L’Agence Universitaire de la Francophonie a quadrillé l’Afrique par ses réseaux de l’Aupelf, des Syfed, etc. qui organisent maintenant des concours en enseignement à distance. La participation y est payante. Même si, dans certains cas, les programmes laissent à désirer, ces formations, payées ou payantes, sont prisées et ont de la valeur.

Dans nos mentalités, une formation est comme un médicament. Il soigne mieux quand on l’achète que quand il nous est donné. Mais on n’attend pas, en Afrique, que n’importe quelle bricole se présente à grands frais. La coopération française avec le Résafad, la coopération canadienne et le CIRDI oeuvrent déjà dans quelques pays et récoltent des résultats; les opérateurs privés ne doivent pas se sentir obligés de faire de la concurrence inutile.

Les apprenants sauront bien reconnaître la bonne formule. Il faut nous y aider en favorisant la création, comme dans les pays de l’Afrique de l’Est et de l’Afrique Australe, et à établir la nécessité d’une bonne philosophie de l’école d’aujourd’hui.

Une école opérationnelle et non nécessairement longue et diplômante. Une école qui s’intègre dans son milieu sans négliger le monde. Une école qui amène à diminuer la distance pour rapprocher la connaissance de la science de soi et des autres

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