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La valeur de la créativité

Par Christine Vaufrey B , le 12 mai 2009

Sir Ken Robinson est l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de la créativité et de l’éducation. Il s’exprime volontiers sur le sujet, par écrit ou lors de conférences, telle celle qu’il a animée pour Ted à la fin 2006. La conférence est en anglais, mais l’humour et l’ironie de l’orateur vous feront passer un très bon moment.

Ken Robinson a une idée fixe : remettre la créativité au centre du processus éducatif. Il part d’un constat simple : les enfants sont créatifs, de multiples façons. Or, quelques années plus tard, la majorité des adultes estiment ne pas être très créatifs, ni même très intelligents. Que s’est-il passé entre temps ?

Dans le monde entier, la même hiérarchie des disciplines scolaires

Ken Robinson constate que tous les systèmes publics d’éducation, dans le monde entier, ont adopté la même hiérarchie des disciplines scolaires : les mathématiques et la langue maternelle sur la première marche du podium, les sciences humaines en dessous, et les arts seulement ensuite. Dans cette dernière catégorie, les systèmes éducatifs considèrent mieux les arts plastiques et la musique que le théâtre et la danse.

Ceci est dû selon lui au fait que les systèmes publics d’éducation sont nés en même temps que l’industrialisation : les domaines les plus utiles au travail sont les plus valorisés, le reste étant considéré comme de l’accessoire. De plus, Ken Robinson insiste sur le fait que ceux qui façonnent les programmes sont ceux qui ont eux-mêmes été de bons élèves dans les disciplines conceptuelles. Les universitaires et autres intellectuels « vivent dans leur tête ». « Leur corps n’est qu’un moyen de transport pour leur tête ».

En conséquence, des jeunes très créatifs en arrivent à penser qu’ils sont bêtes, car ils sont stigmatisés à cause de leurs résultats médiocres dans les matières les plus valorisées. Ils vnt donc tenter de s’adapter et intérioriser leur prétendu « manque de compétence ».

Mais la réussite dans les matières dites nobles garantit de moins en moins l’insertion sociale et professionnelle… L’inflation des diplômes fait que de nombreux jeunes bien diplômés ne trouvent plus de travail. L’UNESCO estime que dans les 30 prochaines années, il y aura autant de diplômés qu’il y en a eu depuis le début de l’époque historique ! Jusqu’où faudra t-il aller, dans ce contexte, pour que le diplôme chèrement acquis conserve une valeur marchande ?

Trois caractéristiques de l'intelligence

Ken Robinson milite donc pour une refonte radicale des systèmes éducatifs, de manière à ce que la créativité y prenne autant de place que le fait de savoir lire et écrire. Ceci, pour valoriser les trois caractéristiques principales de l’intelligence humaine :

La diversité de ses expressions : l’intelligence n’est pas seulement présente dans les opérations abstraites ; on réfléchit en pensant, mais aussi en écoutant, en parlant, en faisant des gestes, en regardant ce qui se passe autour de nous. Notre expérience de vie tout entière nourrit notre intelligence.

Son dynamisme : l’intelligence se construit dans l’interaction entre les individus et entre les sujets. K. Robinson définit la créativité « comme la capacité à avoir des idées originales et de grande valeur en établissant des liens entre les différentes disciplines et manières de penser ».

La spécificité : l’intelligence s’exprime chez chacun de manière particulière. K. Robinson s’appuie là sur l’exemple d’une petite fille qu’on qualifierait aujourd’hui « d’hyperactive », ayant du mal à rester en place et à se concentrer. Elle n’aimait pas l’école et y avait de faibles résultats. Sa mère, inquiète, l’a présentée à un spécialiste qui a fini par lui dire : « votre fille n’est pas malade, elle est danseuse ». La petite fille a intégré un cours de danse où elle a retrouvé des dizaines d’enfants dans le même cas qu’elle… et elle est devenue l’une des plus célèbres danseuses de comédie musicale aux Etats-Unis. L’aspect « conte de fée » de ce témoignage ne doit pas faire oublier qu’il ne s’agit pas de faire entrer les enfants dans un moule unique, mais plutôt d’identifier sa forme d’intelligence privilégiée et de lui donner un environnement lui permettant de s’épanouir.

Au-delà de ce conte de fée, Robinson insiste sur la nécessité de repenser l’écologie humaine, pour mieux valoriser la richesse de nos potentiels. Nous ne savons pas de quoi l’avenir sera fait. Ce que nous savons en revanche, c’est que nous ne pourrons continuer au rythme actuel à exploiter les ressources naturelles et à nous exploiter les uns les autres. Sur quelle richesse humaine s’appuyer pour changer de monde, sinon sur notre créativité ?

Sir Ken Robinson : Do schools kill creativty ? (en anglais)

Le site de Sir Ken Robinson

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