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Les nouveaux habits du tourisme

Par Mohamed Ouzahra , le 08 mai 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 07 septembre 2009

La tentation est grande de faire encore appel à notre extraterrestre favori ( voir un de mes précédents articles) pour essayer de comprendre les enjeux de la formation aux métiers du tourisme aujourd’hui. Or que remarquerait-il cette fois-ci notre brave E.T ? Probablement le paradoxe suivant : la terre n’a jamais été aussi tourmentée par les conflits, les attentats et les épidémies de toute sorte (ou peut-être l’a-t-elle déjà été tout autant mais nous n’en savions rien !) et pourtant, le tourisme mondial se porte plutôt bien.

Ainsi, si l’on en croit l’Organisation Mondiale du Tourisme, le secteur est en pleine expansion et constitue même, je cite le Secrétaire général de l’OMT, « un des plus gros postes du commerce international ». Autrement dit, nous bravons les mesures de sécurité draconiennes qui s’imposent un peu partout jusqu’à devenir une seconde nature, nous domptons nos craintes et angoisses, et tout cela pour satisfaire notre soif de découverte de régions inconnues. Pour expliquer cette situation au moins deux hypothèses paraissent tenir la route.

La première tient à la nature même du tourisme qui semble avoir sensiblement évolué ces dernières années. En effet, le tourisme hédoniste fait progressivement place à un tourisme éthique et solidaire. Un tourisme - qualifié parfois d’alternatif - où les voyageurs s’engagent et contribuent au développement des pays visités.

C’est le cas notamment lors de la véritable transhumance des seniors vers certains pays du Sud. Ces retraités échangent leur expérience contre des séjours au soleil et des conditions de vie que le Vieux continent ne peut plus leur offrir. Bien entendu, Internet joue ici, à travers de nombreuses associations, un rôle important pour la préparation du voyage et le rapprochement entre touristes et populations locales.

Des touristes qui ont d’ailleurs, et de plus en plus, d’autres exigences que le farniente et sont curieux des richesses culturelles du pays visité, de son histoire singulière ou de ses traditions ancestrales.

La seconde hypothèse, optimiste j’en conviens, pourrait être la conséquence de l’instabilité politique, économique et climatique du monde actuel. Tout ce passe comme si, enfin conscients de la fragilité et la vulnérabilité de notre planète, nous nous dépêchions d’en découvrir les coins reculés et préservés. Ce tourisme écologique, et tout aussi solidaire, se donne clairement comme objectif d’aider à la sauvegarde de la terre.

Un pays comme le Maroc, qui vise dans le cadre d’un projet ambitieux l’accueil de 10 millions de touristes à l’horizon 2010, semble avoir les atouts nécessaires pour ce nouveau tourisme multiforme. Les autorités ont également pris conscience du rôle des nouvelles technologies comme formidable outil de promotion de la destination. Le riche et attractif portail officiel consacré au tourisme national en témoigne amplement.

Cependant, face à toutes ces mutations, la formation des professionnels paraît marquer le pas. L’enjeu est de créer de nouveaux métiers pour accompagner des niches comme le tourisme rural ou les prestations offertes aux seniors. Au Maroc, l’effort requis par le développement du secteur est conséquent et amène les opérateurs à prendre les choses en main. Car au-delà des compétences à former, il s’agit de modifier à terme le regard que portent les habitants sur les touristes. Et faire en sorte que ceux-ci ne soient plus de simples pourvoyeurs de devises mais soient perçus comme de futurs ambassadeurs d’un modèle de société qui prétend allier harmonieusement tradition et modernité.

On le voit, les défis qui se profilent sont à bien des égards vitaux. En échouant à les relever nous nous condamnerions à espérer que le tourisme spatial naissant permette, dans un proche avenir, une migration de masse vers des planètes encore préservées. Alors, si par un hasard extraordinaire nous venions à croiser, dans quelque banlieue interstellaire, notre brave extraterrestre, je doute fort qu’il soit ravi d’une pareille invasion.

A bientôt.

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