Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah  | info@cursus.edu

L'Europe, un objet d'enseignement pas comme les autres*

Créé le mardi 8 mars 2011  |  Mise à jour le dimanche 22 mai 2011

L'Europe, un objet d'enseignement pas comme les autres*

Quoi de plus normal que d'enseigner l'Europe aux Européens. Et pourtant dans les faits, cette normalité cède place à une incertitude dans la mesure où l'Europe en tant qu'objet d'enseignement est toujours en débat. Ce débat loin s'en faut ne porte pas sur l'opportunité d'un tel enseignement mais plutôt sur les compétences à développer chez les apprenants et la démarche pédagogique pour y arriver.

Enseigner l'Europe

« (…) Enseigner l’Europe aujourd’hui, c’est enseigner un objet incertain.(...) C’est enseigner finalement quelque chose en devenir et sur lequel il y a débat dans la société civile. » nous dit Nicole Allieu-Mary, Coordinatrice à l'Institut National de Recherche Pédagogique (INRP) d'une recherche portant sur l'enseignement de l'Europe. Elle nous apprend que les enseignants sondés dans le cadre de sa recherche manifestent massivement « le désir d’être mieux informé, voire de se lancer dans des projets éducatifs à dimension européenne ». Or, très peu connaissent l'existence de tels projets ou s'y engagent effectivement. Elle en déduit un « rapport parfois ambigu des enseignants » face à l'Europe comme objet d'enseignement. Une ambiguïté à laquelle s'ajoute aussi une difficulté à s'accorder sur la finalité d'un enseignement de l'Europe que résume cette question : faut-il former des Européens ou des citoyens européens ? Quoi qu'il en soit, une constante demeure, celle de la construction d'un sentiment d'appartenance chez les apprenants qui empruntent deux entrées didactiques selon le positionnement des enseignants au regard du projet de construction de l'Union Européenne.

L'Europe du passé, l'Europe du futur

La première entrée didactique est culturelle. Elle consiste à enseigner aux apprenants l'histoire de l'Europe, « une Europe essentiellement perçue et présentée comme un héritage, un legs, celui de toute une culture commune dont la transmission permet de créer du lien, du sentiment d’appartenance et d’aider chaque jeune à se construire une identité ». La seconde entrée d'ordre politique vise à présenter une Europe du futur avec « des argumentations qui mêlent de façon subtile la géographie, l’économie, la géopolitique, l’histoire : c’est depuis le présent qu’on interroge le passé pour construire la légitimité du projet européen ». Naturellement, la première approche emportera l'assentiment des europhobes et eurosceptiques tandis que les européistes convaincus se retrouveront dans le seconde approche plus dynamique et plus audible avec l'émergence du concept de la citoyenneté européenne.

L'éducation à la citoyenneté européenne

Même si ce concept de citoyenneté européenne ne fait pas l'objet d'un enseignement systématique, les enseignants s'accordent à dire qu'elle ne se réalisera que dans le cadre scolaire. « C’est à travers l’éducation et la culture, qui conduisent au respect de l’autre et à la tolérance, que cela devient peu à peu possible » déclare un enseignant ayant participé au sondage de l'INRP.

Gilles Rouet renchérit dans un article paru dans la Revue Sens Public en proposant une approche globale et constante en enseignement de la citoyenneté européenne. « (…) il n'y a pas un temps pour enseigner l'Europe, comme il n'y a pas un temps pour enseigner la tolérance. La dimension européenne doit être intégrée à tous les niveaux de l'enseignement, en mathématiques comme en sport, en statistiques comme en sciences de la nature ». Un plaidoyer que les enseignants apprécieront.

Enseigner l'Europe : dossier de l'Académie de Toulouse

Comment enseigne-t-on l'Europe ? Dossier du Café Pédagogique, article de Nicole Allieu-Mary

La France et l'Europe : enseigner et construire la citoyenneté européenne. Revue Sens Public 

Illustration : Europe map  / Wikimedia Commons / CC BY-SA 3.0

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