Par Charles Brisson  | maj@cursus.edu

L'essentiel sur les savoirs tacites

Créé le samedi 15 octobre 2011  |  Mise à jour le mercredi 16 novembre 2011

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L'essentiel sur les savoirs tacites

Selon la psychologie cognitive, il existe deux types de connaissance : la connaissance explicite et la connaissance tacite. En préparant cet article, j'ai tenté d'expliquer à mon fils de 6 ans ce que sont le savoir explicite et le savoir tacite.

"La connaissance explicite, c'est que tu apprends à l'école et qu'on mesure par des devoirs et des tests.

-Comme savoir lire et calculer?

-Exact. Le savoir tacite, lui, c'est ce que tu sais à propos de quelque chose parce que tu l'as fait souvent et depuis longtemps.

-Comme les Lego?

-Oui, mais encore? Qu'est-ce qui te rend différent de Matthieu, par exemple?

-Je sais qu'on peut remplacer une pièce perdue par une qui vient d'une autre boîte! Ou prendre une pièce de 2 de long avec une de 1 de long si on a perdu un 3. 

-Oui, pas mal. Autre chose?

-On peut aussi mettre 3 pièces de 1 mais il faut pas que la ligne arrive avec une autre en haut ou en bas. Matthieu, il savait pas ça.

-Le joint, tu veux dire. Faut éviter de les aligner car ça affaiblit. Pas mal!"

 

Les savoirs implicites dictent notre comportement

Ce n'est, finalement, pas si loin de la vérité. La connaissance explicite est une connaissance codifiée, qui est transmise dans un langage formel et structuré. La connaissance tacite est une connaissance personnelle  qui ne peut pas toujours être articulée sous forme codée; elle est implicite et fait appel à l’expérience et au savoir-faire de la personne qui la possède; non tangible, elle peut être difficile, voire impossible, à expliciter dans une forme exploitable par d’autres personnes. (Gestion des connaissances)

"En fait, les savoirs implicites, contextuels, dictent une bonne partie de notre comportement. Les savoirs tacites ont également ceci de particulier qu’à partir d’un certain niveau d’expertise, l’individu lui-même n’est plus conscient de l’étendue de ses savoirs : il les met en pratique de façon automatique et intuitive, presque instinctive." (Transfert des savoirs)

"Les savoirs tacites consistent à résoudre par des aptitudes, des savoir-faire, des habiletés, des intuitions, des problèmes pratiques qui n’ont pas été prévus ni formalisés par l’organisation. Ce savoir tacite est difficilement transférable, il permet d’assumer une part essentielle dans le fonctionnement des entreprises." (Savoirs tacites)

Cette façon de qualifier le savoir a été utiliséee pour la première par M.POLANYI (Tacit Dimension, 1966) et elle a ensuite été reprise par Nonaka et Takeuchi (La connaissance créatrice, 1995), sous les termes de savoir explicite et savoir tacite. On doit à Nonaka et Takeuchi la matrice permettant d'approcher les quatre types de compétences. La voici : 

Matrice de Nonaka

Source : Knowledge management, e-learning, deux des voies de la compétence

 

L'interaction entre savoirs tacites et explicites

Nonaka et Takeuchi ont émis l’hypothèse selon laquelle la connaissance est créée par l’interaction entre connaissance tacite et explicite. La matrice permet d'identifier quatre modes de conversion de la connaissance. Il s'agit de la socialisation  (connaissance tacite vers connaissance tacite), extériorisation (connaissance tacite vers connaissance explicite), intériorisation (connaissance explicite vers connaissance tacite) et combinaison (connaissance explicite vers connaissance explicite).

On le comprend, dans le contexte actuel très compétitif que vivent les entreprises et où la créativité et l'individualisation de la performance (si, si, on s'éloigne enfin de la chaîne de production, dans les secteurs de services du moins), il devient très important pour une compagnie de pouvoir convertir et transférer le savoir tacite des employés. L'avantage commercial qu'elle détient peut, souvent, s'y trouver. De savoir qu'on peut offrir une pièce de 2 unités de longueur et une de 1 unité de longueur, quand on est à court de pièces de 3 unités de longueur.

"...la mobilité interne, le jeu des restructurations massives ainsi que le départ anticipé des employés à la retraite posent très souvent le problème de connaissances perdues car non documentées avant le départ de ceux qui les détiennent ; éviter cette disparition des connaissances devient donc un problème majeur pour beaucoup d’organisations, tant dans le secteur privé que public." (Gestion des connaissances)

À voir aussi : Gestion des compétences, savoirs tacites et production des connaissances.

Illustration haut : bucklava, Flickr, licence CC BY 2.0

 

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