Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Quand les enseignants créent leur propre manuel scolaire

Créé le lundi 24 octobre 2011  |  Mise à jour le mercredi 26 octobre 2011

Quand les enseignants créent leur propre manuel scolaire

En France, état jacobin très centralisé, c'est le Ministère de l'éducation nationale qui a la haute main sur les programmes scolaires, que les enseignants de tous les établissements français sur le territoire national et de par le monde se doivent d'appliquer sans rien y changer.

 

Créer son propre manuel scolaire : trop facile

 

Il y a quelques temps, nous avons salué l'initiative d'un enseignant en Sciences et Vie de la Terre qui, insatisfait des manuels proposés dans sa discipline, avait décidé de créer le sien et de l'offrir, par la même occasion, à tous ceux qui ne disposent pas de manuels à jour dans leurs pays, en Afrique notamment.

Puis sont venus les manuels de mathématiques créés par les membres de Sésamath, manuels libres et bâtis par une foule de bénévoles, ces derniers proposant surtout une manière alternative de créer les manuels et les activités pédagogiques d'apprentissage, sans remettre en cause les programmes.

Aujourd'hui, c'est l'association des professeurs de Sciences Econmiques et Sociales (APSES) qui propose son manuel aternatif de SES pour la classe de première (avant-dernière année du secondaire), intitulé SESâme. Mais cette association le fait dans une ambiance conflictuelle, pour protester contre le nouveau programme de la classe de première dans cette discipline. 

 

Un programme officiel qui favorise la transmission frontale des connaissances

 

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce nouveau programme, dévoilé dans le courant de l'année 2011 pour une application à la rentrée de septembre, n'a pas soulevé l'enthousiasme des enseignants. Trop copieux, il incite à la transmission frontale des connaissances, puisque le temps nécessaire à l'organisation d'activités pédagogiques manquera. Là se situait le principal grief des enseignants de SES, qui estimaient en outre avoir été écartés de la refonte du programme et donc de n'avoir pu faire entendre leur voix lorsqu'il en était encore temps.

On peut voir la fronde s'exercer à un autre niveau : sur les contenus eux-mêmes. En France, les Sciences Economiques et Sociales constituent en effet la discipline la plus en prise avec l'actualité et la gouvernance des états, notamment avec leur politique économique. Or, le climat est tendu actuellement entre les enseignants, leur Ministère de tutelle et le pouvoir politique en place. L'initiative prise par l'APSES ne peut être détachée de ce contexte. 

 

Un programme simplifié laissant plus de place à l'élève et tirant le meilleur profit du numérique

 

Les voici donc qui proposent SESâme à leurs collègues, aux parents d'élèves et aux simples curieux. On passera sur la référence à l'âme, tirée du vocabulaire religieux, pour se concentrer sur les contenus. À la place de la bonne trentaine (1) de chapitres répartis en 3 grandes sections du programme officiel, en voici 15, eux aussi répartis en 3 sections. On comprend aisément à la lecture des titres de chapitres, que les enseignements sont proches dans leurs grandes thématiques, même s'ils sont évidemment moins détaillés dans le programme de SESâme. La suite est encore plus intéressante : là où le programme officiel indique des éléments précis à enseigner (transmettre) aux élèves avec un emploi systématique du futur dans les "indications complémentaires", SESâme pose des questions. Et voilà qu'apparaît la différence d'approche pédagogique, qui est d'ailleurs fort bien expliquée dans la page "La démarche de SESâme". Il s'agit d'introduire de grandes notions auprès des élèves, et de les laisser construire la connaissance, en s'appuyant sur des exemples bien concrets qui, dans la sphère économique, ne manquent pas en ce moment.

Le choix du manuel numérique apparaît comme absolument pertinent. Même si les contenus sont loin d'être tous en ligne à l'heure qu'il est, on trouve dans SESâme une foule de ressources complémentaires fort intéressantes : des entretiens avec des économistes, des liens vers une multitude de blogs, plusieurs lexiques... Il est possible de s'abonner à une newsletter pour être tenu au courant de l'intégration de nouvelles ressources et recevoir quelques informations économiques bien choisies, qui montrent clairement de quel côté bat le coeur des concepteurs du manuel. Quelle rupture avec les manuels papier qui, en dépit des innombrables photos qui les égaient, ne parviennent pas transcrire le dynamisme des Sciences économiques et sociales, clés essentielles de la compréhension de nos sociétés ! 

SESâme est actuellement une maison à laquelle il manque pas mal de portes et de fenêtres. Mais la charpente est solide. Souhaitons que l'édifice soit achevé dans le temps imparti et qu'il se modifie au fil du temps, comme le permettent les outils numériques. On regrettera seulement que les resosurces originales qui composent le manuel SESâme ne soient pas placées sous licence libre. Mais ce manque peut vite être comblé.

SESâme

Voir aussi, sur Le Café Pédagogique : Sésame : le premier contre-manuel des enseignants, 2 septembre 2011.

(1) : un aimable commentateur m'a fait remarque que j'avais exagéré le nombre de chapitres à aborder. J'ai donc rectifié ce nombre (26/10/2011)

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Commentaires

3 commentaires

Icône - Visage inconnu
  • Alain Beitone
  • 26 octobre 2011 à 06 h 06

Contrevérités

Bonjour, Je ne connaissais pas votre site jusqu'ici. Je ne connais pas vos principes de fonctionnement. Je note simplement que l'articles que vous consacrez aux SES est anonyme. Ce texte comporte de nombreuses contrevérités. J'en relève quelques unes : - Il n'y a pas 40 chapitres dans le programme officiel, mais 33 questionnements (le programme est problématisé). Plusieurs questionnements correspondent à ce que l'on nomme traditionnellement à un chapitre. Le programme officiel comporte 11 grands thèmes (chapitres) dont chaqun correspond à plusieurs questions (entre 2 et 5 questionnements). - Les professeurs de SES n'ont pas été écartés de la rédaction des programme 5 professeurs issus de plusieurs académies ont participé aux travaux du groupe d'experts (en plus de 4 universitaires et deux inspecteurs). Sylvain David, alors président de l'APSES, était membre de ce groupe. Il a démissioné, c'est son choix. mais on ne peut pas dire qu'il ait été écarté ! - Vous dites que "Sésâme" traite un programme "alternatif". L'APSES affirme pour sa part qu'elle traite intégralement le programme officiel. Quelle est l'information vraie ? Si la manuel de l'APSES traite bien le programme officiel, dans le temps prévu par les textes officiels, c'est docn que c'est possible. Si l'APSES traoite un autre programme c'est au détriment des élèves qui seront interrogés sur le programme officiel lors du bac. - Vous affirmez que le programme officel préconise une "pédagogie frontale". C'est exactement le contraire qui est écrit dans le préambule du programme qui préconise au contraire de partir des représentations des élèves et de mettre en oeuvre une démarche d'investigation structuration. Une question simple pour finir. L'auteur anonyme de cet article a-t-il lu le programme ? A -t-il, avant d'écrire l'article, rassemblé une information plusraliste ? Manifestement non ! PS : Je suis favorable à l'existence de programmes nationaux. La situation alternative où des groupes de parents et d'élus locaux déterminent des programmes différents dans chaque territoire ne me semble pas acceptable !

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Icône - ni
  • Denys Lamontagne
  • 26 octobre 2011 à 09 h 09

Interprétations

En réponse à M. Beitone Tous les articles de Thot Cursus sont signés, y compris celui-ci, en haut du titre. Je passerai sur les détails de chiffres «Une quarantaine» au lieu d'une trentaine, l'auteur de les a pas comptés en détail. Je vais plutôt m'attarder sur le fond. L'auteur n'a probablement pas lu en détail le programme officiel, l'article porte sur le programme alternatif et surtout sur le fait que des professeurs sentent le besoin d'un programme alternatif. Je suis certain et je vous crois quand vous dites que le programme officiel a été fait en consultation avec plusieurs professeurs et qu'il propose une démarche par questionnement, mais si dans les perceptions certains peuvent sentir le programme trop orienté et qu'en raison des possibilités de communication les professeurs n'ont pas envie de s/'en contenter; on ne peut que constater. Que vous jugiez qu'il soit inacceptable qu'il y ait des programmes différents dans chaque territoire et que les élèves soient pénalisés lors de l'examen national est tout à fait réaliste dans un contexte centralisé, mais je suis aussi certain que de nombreuses personnes pensent qu'il est tout aussi inacceptable qu'il n'y ait qu'un programme unique et qu'il est ridicule qu'il n'y ait qu'un examen centralisé dans un domaine aussi sujet à interprétation, surtout s'il y a une approche «par questionnement». Aboutirait t"on à une pensée unique ? Je ne crois pas que ce soit le but. Ceci dit, ce n'est pas tant le contenu ou la façon d'enseigner qui est le fond de cet article, mais bien le phénomène de participation qui s'étend à toutes les sphères, y compris en éducation, y compris dans la conception des programmes. Personnellement j'irai même à dire qu'on remettra bientôt en question le concept de programme unique et les examens dans les formes où on les connaît, avec leur lot de stress, de déprimes, de tricherie et finalement leur faible capacité de mesure du réel apprentissage ou du niveau de compétence. Pourquoi pas un bureau centralisé qui approuverait des programmes régionaux différents, qui verrait à moyen terme lesquels donnent les meilleurs résultats ? Plusieurs programmes en comparaison peuvent créer une émulation d'un genre inconnu actuellement dans ce système... Bref, des changements sont à venir et c'est ce dont cet article témoigne, malgré ses imperfections.

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Icône - Visage inconnu
  • Christine Vaufrey
  • 26 octobre 2011 à 16 h 04

Interprétations, bis

Bonjour, En déplacement, je prends seulement connaissance de votre commentaire. En premier lieu, comme le dit Denys Lamontagne le directeur de Thot Cursus, l'article n'est absolument pas anonyme, c'est moi qui l'ai écrit et vous pouviez parfaitement m'adresser un message personnel, puisque mon adresse figure à côté de mon nom. Ensuite, j'entends bien votre interprétation, qui prend en compte les nombreuses remarques des enseignants de SES lors de la présentation du programme, allant dans le sens d'une trop grande lourdeur du programme. Oui, j'ai lu le programme ! Avec attention, et même en indiquant par des liens (que vous ne semblez pas avoir suivis) 1/la page du présentation du programme sur Legifrance; 2/la page d'Eduscol qui présente des fiches pour tous les points du programme. Je suis l'affaire de SESâme depuis plusieurs mois, et je ne vois pas au nom de quoi ou de qui je n'en parlerais pas sur un site qui intéresse l'ensemble de la francophonie. Ensuite, il est tout à fait dans votre droit d'être favorable à l'existence de programmes nationaux. Mais reconnaissez aussi que de nombreux pays (dont plusieurs pays francophones dans lesquels nous avons de nombreux lecteurs) ont fait des choix différents, que les régions, les cantons, les provinces... participent à la construction des programmes et que ce choix est parfaitement respectable. Travaillez-vous à l'Education Nationale ? Enfin, comme le dit Denys Lamontagne, l'essentiel du propos semble vous avoir échappé : c'est le phénomène de participation qui est ici mis en valeur, facilité par l'utilisation d'outils numériques. Il n'est plus possible aujourd'hui de faire comme s'il existait encore un et un seul canal de production de ressources pédagogiques. De nombreux collectifs et quelques individus également nous montrent cela tous les jours. Permettez-moi au moins de considérer ce phénomène comme une chance, plutôt qu'une dégradation.

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