Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Open Data : j'ai tout compris !

Créé le lundi 28 novembre 2011  |  Mise à jour le dimanche 15 avril 2012

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Open Data : j'ai tout compris !

Sur Internet, on a souvent l'impression de débarquer à l'improviste dans des conversations qui ont commencé sans nous. Les commentateurs et analystes de tous poils discutent entre initiés, emploient un vocabulaire qui apparaît bien mystérieux au commun des mortels. C'est vrai de tout domaine spécialisé, me direz-vous, et le numérique n'échappe pas à la règle. C'est vrai, mais l'espace numérique d'Internet appartient à tout le monde. Comme l'open data.

 

Open data par ci, open data par là... de quoi parle t-on ?

 

C'est sur Marketing et Technologies, le blog de Julien Bonnel, que nous avons trouvé la définition la plus claire et simple :

"L'Open Data désigne le mouvement visant à rendre accessible à tous via le web les données publiques non nominatives ne relevant ni de la vie privée et ni la sécurité collectées par les organismes public."

Ah d'accord ! Donc, toutes les données publiques qui ne sont pas estimées sensibles devraient être accessibles à tous. Bonne idée, qui ne peut qu'améliorer notre pratique de la démocratie, n'est-ce pas ?

Et où peut-on voir ce mouvement à l'oeuvre ?

C'est Barack Obama qui a lancé le mouvement de l'open data, dès son accession à la présidence américaine, en encourageant la création du site data.gov, qui met à disposition de tous plus de 3000 jeux de données publiques. Le Royaume-Uni a suivi, puis l'Australie, la Suède, le Canada, la Nouvelle-Zélande... Hum, beaucoup de pays anglo-saxons, dans cette histoire. Et la France ? L'Espagne, l'Italie, la Côte d'Ivoire ? Pour la Côte d'Ivoire, disons qu'actuellement le gouvernement d'Alassane Ouattara a d'autres chats à fouetter. Au Kenya en revanche, le mouvement open data est bien parti, et le gouvernement a ouvert un portail avec déjà plus de 160 bases de données en accès libre et gratuit. Il est vrai que c'est au Kenya que s'épanouit Ushahidi, dont l'équipe fait preuve d'une inventivité remarquable pour créer des applications utilisant les données publiques et favorisant la participation des citoyens pour communiquer des données de terrain.

Les vieux pays européens, même pris dans les mailles de la crise économique et politique qui ébranle l'Union, font des efforts louables. La France aura bientôt son portail data.gouv.fr. Certaines villes (Rennes, Nantes, Brest, Bordeaux, Paris...) ont déjà pris des initiatives allant dans le même sens. La Belgique vient d'ouvrir son portail, la Suisse y pense sérieusement. En Espagne et en Italie, comme partout les banques de données s'ouvrent au public sous la pression des militants des données ouvertes.

Très bien. Mais pourquoi fait-on tout un plat de ce mouvement open data ? Franchement ?

 

L'open data va révolutionner la gouvernance. Le débat public. Nos vies. 

 

Bernard Stiegler, interrogé par l'équipe du RSLN Mag qui est très enthousiaste sur l'open data, n'en doute pas. Pour lui, le mouvement open data est une révolution qui va influencer de manière décisive les avancées de la démocratie :

"Reste que la démocratie est toujours liée à un processus de publication – c’est à dire de rendu public – qui rend possible un espace public : alphabet, imprimerie, audiovisuel, numérique. (...) C’est à une refondation totale de la chose publique qu’il va falloir procéder – et ici, il ne faut pas laisser ce devenir se produire à la seule initiative du monde économique, c’est à dire des seuls intérêts privés, dont la crise économique nous montre qu’ils ne coïncident jamais avec le bien public."

Impressionnant.

Ceci dit, mettre à disposition de tous les données publiques c'est bien, mais offrir en même temps des outils pour les exploiter, c'est mieux. Car d'une part, nombre de données ne sont pas lisibles sans outils informatiques appropriés (cas des données géographiques ou d'urbanisme par exemple) et d'autre part, le croisement des données et leur interprétation est un exercice périlleux, dans lequel la tentation de la manipulation n'est jamais bien loin. Ainsi aux Etats-Unis et au Royaume-Uni a t-on vu apparaître des applications pour smartphones qui localisent les délinquants sexuels dans votre quartier, ou qui cartographient les crimes et délits en temps réel dans certaines villes (exemples fournis par RSLN). La porte ouverte à certains discours répressifs, sans aucun doute. 

Alors, quelles sont actuellement les exploitations de données publiques les plus intéressantes ?

Le secteur des transports offre un potentiel énorme. Déjà, certaines applications permettent de savoir où est le bus que l'on attend, s'il y a des travaux dans les rues que l'on souhaite emprunter en voiture, ou de trouver un taxi. 

Mais on peut viser plus haut dans l'exploitation de ces données, et ne pas se contenter d'une énième application de tourisme. RSLN, dans son magazine consacré à l'open data, signale trois applications venues de journaux à l'étranger : en Grande-Bretagne, le Guardian réalise des graphes qui montrent les pertes britanniques dans la guerre en Afghanistan; aux Etats-Unis, le New York Times a réalisé une cartographie des sources de pollution des eaux américaines, signalant au passage que les entreprises polluantes avaient violé la législation plus de 500 000 fois dans l'ensemble du pays. En Norvège, le principal quotidien de la ville de Bergen a réalisé une topographie des accidents de la route dans cette partie du pays.

Ce genre d'exploitation s'appelle "le journalisme de données". Des analystes, pas nécessairement journalistes, font toutes sortes de recoupements intéressants entre données et nous en livrent les synthèses, comme on peut le voir sur le site Data Publica (France). Et bien sûr, on ne peut parler d'open data sans se référer à l'admirable Gapminder, qui permet de manière relativement simple de combiner les indicateurs de son choix et de visualiser leur évolution dans le temps et dans l'espace. 

Mais le meilleur est sans doute encore à venir. Il est frappant en effet de constater à la fois l'enthousiasme des technophiles et autres penseurs de la démocratie numérique pour l'open data, et la modestie de la majorité des applications réalisées. Dans le billet publié par Julien Bonnel sur le blog cité au début de cet article, on repère bien quelques applications très intéressantes en termes de santé publique ou de contrôle de l'activité des élus démocratiquement élus. Néanmoins, il faudra sans doute attendre encore un peu pour que l'open data s'impose à tous comme une évidence, notamment par le biais d'outils numériques de plus en plus simples à manipuler, permettant de mettre les données en scène et ainsi de "les faire parler" à un large public.

 

Open, tout simplement

 

Mais ne nous avisons surtout pas de jouer les blasés et de sous-estimer le mouvement de l'open data. Car ce mouvement n'est finalement qu'une des trois composantes du grand mouvement "open"  : open data, open content et open access (auxquelles on pourrait ajouter l'open source, pour la composante technique) forment en effet les bases de l'open knowledge que Victor de Ruggiero définit sur son blog de la manière suivante : "une connaissance (une oeuvre, par exemple une musique, un livre, ou un film, des données, par exemple une publication scientifique, un fait historique, une donnée géographique, une information gouvernementale ou une donnée administrative) est "libre" (...) si vous êtes libres de l'utiliser, la réutiliser et de la redistribuer, sous réserve de respecter la paternité et de la partager à l'identique (il y a aussi d'autres subtilités comme l'absence de restriction technologique et autres que vous trouverez ici)". 

Alors, si vous défendez les REL, si vous aimez les produits à code ouvert tels que le navigateur Firefox par exemple, si vous êtes un tenant de la licence GNU ou des licences Creative Commons, si vous appréciez d'avoir la possibilité de comprendre, apprendre, créer, produire par vous-même, vous serez sûrement intéressé à suivre le développement de l'ouverture des données publiques sur votre territoire et, pourquoi pas, à en proposer des exploitations originales. 

Sources :

Open Data : définition, état des lieux et perspectives. Julien Bonnel, blog "Marketing et Technologies", juin 2011.

Bernard Stiegler : l'open data est "un événement comparable à l'apparition de l'alphabet". RSLN Blog, mars 2011

RSLN #9 : open data, et nous, et nous, et nous ? Premier trimestre 2011

#OpenData : le Kenya lance le mouvement. Joan Tilouine, blog Africa Tech, Slate Afrique, novembre 2011

Qu'est-ce que l'open data ? Victor Di Ruggiero, blog "10 rue Giero", juin 2010

Egalement : 

L'open data, diaporama très complet (153 dias !) par liberTIC

Par le même organisme, une animation de moins de deux minutes pour savoir l'essentiel à propos de l'open data.


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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Jonathan
  • 18 octobre 2013 à 05 h 05

L\'open Data, c\'est quoi exactement ?

Pour ceux qui ne suivent pas forcément l'actualité de l'open data en France, voici un dossier qui défini le champ d'action de l'open data et ses usages par les professionnels en France http://www.lasbordes.fr/open-data/

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