Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Les avantages de la formation hybride

Créé le mercredi 29 février 2012  |  Mise à jour le dimanche 4 mars 2012

Les avantages de la formation hybride

Claude Caillet a travaillé pendant de nombreuses années au CNAM à Paris. Il a consacré un temps significatif, avec une petite équipe de collaborateurs, à la conception et à la mise en oeuvre de formations destinées aux commerciaux, dispositifs hybrides qui ont rencontré un vif succès. Nous lui avons demandé en quoi cette modalité de formation était préférable à d'autres.

 

Claude Caillet, pouvez-vous nous présenter les formations hybrides dont nous allons parler ?

Il s'agit de formations diplômantes en commerce et marketing, distribuées via l'ICSV, l'Institut Commercial Supérieur de la Vente du CNAM. Ces formations conduisent à trois diplômes :

Au niveau Bac + 3, diplôme professionnel d'études supérieures commerciales;

Au niveau Bac + 4, titre de responsable commercial;

Au niveau Bac + 5, master 2 distribution – vente.

Concrètement, la majorité de ceux qui s'inscrivent au premier niveau poursuivent leurs études jusqu'au Master 2.

 

Il s'agit donc de formations hybrides. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

Vous savez que de nombreux auditeurs (étudiants) du CNAM suivent des cours du soir. Or, cette modalité de suivi d'études pose des difficultés grandissantes. D'une part, parce que les différentes formations ne sont pas toutes dispensées dans tous les centres régionaux du CNAM; d'autre part, parce que les auditeurs sont de moins en moins disponibles, dans la mesure où ce sont en majorité des personnes qui ont une activité professionnelle.

Le défi était donc de proposer des cursus de formation diplômants accessibles à un large éventail d'auditeurs. Nous avons choisi de monter un dispositif hybride de formation mêlant cours en présence et activités à distance, dans un continuum.

 

Au niveau de l'apprenant, comment la formation se déroule t-elle ?

L'apprenant s'inscrit à l'une des formations dans son centre régional du CNAM (ou le centre régional dispensant la formation choisie le plus proche de chez lui). C'est une particularité sur laquelle je reviendrai. Il a alors accès à la plateforme de formation de son centre et à un certain nombre d'outils supplémentaires utilisables à distance. Il suit ses cours en présence dans son centre régional également, à raison d'un regroupement de deux jours tous les mois. En-dehors de ces deux jours, il travaille entièrement à distance. Il a accès au contenu de cours à distance à travers des vidéos enregistrées par des « experts », il suit une webconférence par semaine avec l'enseignant tuteur de formation (un enseignant tuteur par UE) et ses pairs et surtout, il participe à de nombreux travaux collaboratifs.

 

Oui, l'importance des travaux collaboratifs à distance est manifestement la principale valeur ajoutée de ce dispositif de formation...

Tout à fait. Globalement, chaque unité d'enseignement (UE) est composée de 6 à 8 heures de vidéos, 20 à 25 heures de travail collaboratif tutoré et une vingtaine d'heures de cours en présence. L'apprenant suit toujours deux UE en parallèle (chaque UE étant délivrée sur une durée de 8 semaines), pour un total de 350 heures de formation par diplôme, d'octobre à juin. On constate donc que le travail collaboratif tutoré occupe environ la moitié du temps effectif de formation, ce qui est considérable, et répondait à une volonté de notre part.

 

Qui assure le rôle de tuteur sur ces formations ? Est-ce la même personne que celle qui enregistre les vidéos de cours ?

Non, pas du tout. Les vidéos peuvent être comparées à des livres : elles mettent en scène des spécialistes de chaque domaine qui fournissent les fondamentaux. Ces contenus sont livrés « bruts »; ils ne sont pas scénarisés. La scénarisation est effectuée par l'enseignant – tuteur (différent de l'expert ayant enregistré les vidéos), qui dispose donc des vidéos, du cahier des charges de la formation et de ses objectifs pédagogiques. A partir de ce matériel, il scénarise le parcours de formation. Il s'inspire pour cela d'un scénario générique élaboré par l'enseignant référent de la spécialité enseignée. 

 

Ca ne doit pas être évident, pour un enseignant, de travailler avec le matériel conçu par d'autres... Les enseignants n'aiment pas ça, en général.

Pourtant, les enseignants ont l'habitude de travailler avec des manuels et des programmes ! Leur liberté pédagogique tient à la manière d'agencer ces éléments, de les apporter aux apprenants et de faire que ces derniers les assimilent au travers d'activités. Notre démarche respecte ce schéma classique : l'enseignant tuteur a un matériau de base mais il est seul maître de son scénario final. Il a toute liberté pour choisir ses propres exemples, les ressources complémentaires fournies aux apprenants, etc. C'était un point très important dans le cas particulier du CNAM, puisque l'institution a des enseignants dans les centres régionaux, qui mettent en oeuvre toutes leurs habiletés pour s'approprier la formation, animer les interactions et activités avec les apprenants. Actuellement, les formations de l'ICSV sont distribuées dans 5 centres régionaux, et donc par les équipes enseignantes de ces 5 centres, sauf le Master 2 qui n'est actuellement disponible qu'à Paris et en Rhône-Alpes.

 

Le rôle de l'enseignant tuteur est donc essentiel...

Primordial. Il faut comprendre que le contenu des vidéos n'est pas de la « connaissance », juste de l'information. A l'enseignant tuteur et aux apprenants bien sûr de transformer cette information en connaissances. Pour ce faire, l'enseignant tuteur compose des groupes de 3 apprenants en début d'unité, de manière aléatoire, de manière à se rapprocher de la situation de travail dans laquelle on ne choisit généralement pas ses collaborateurs ! Pour chaque UE, le tuteur engage les apprenants dans un travail qui durera deux semaines, sur la base du schéma suivant :

  • Exploration du sujet; 
  • Apport d'informations via les vidéos; 
  • Recherche de complément d'information; 
  • Organisation interne à chaque groupe en vue de la production; 
  • Production d'un document (généralement écrit); 
  • Rendu.

Et cela, à quatre reprises dans chaque UE. Chaque UE est évidemment sanctionnée par un examen.

Chaque semaine, les apprenants se réunissent avec leur tuteur pour une webconférence. C'est l'occasion pour eux de faire le point sur les contenus et les travaux en cours. Chaque webconférence fait l'objet d'un compte-rendu réalisé par l'un des apprenants.

 

Concrètement, avec quels outils travaillent les apprenants ?

Ils visionnent les vidéos sur un site dédié, le même pour tous; ils réalisent les travaux collaboratifs sur la plateforme propre à chaque centre régional. Ils utilisent en particulier un wiki intégré, sur lequel ils réalisent leurs travaux de groupes. Ils utilisent aussi la fonction forum de la plateforme, et les webconférences sont réalisées à l'aide d'Adobe Connect Pro. Pour communiquer entre eux, ils ont le choix des outils. Beaucoup utilisent Skype, et la messagerie électronique classique. Les apprenants doivent aussi se former en anglais. Nous avons choisi l'outil Tell Me More, que les apprenants utilisent en autonomie.

 

Avez-vous pu mesurer l'apport du travail collaboratif dans ces formations ?

Il est énorme. Le rythme est très soutenu : pour chaque UE, les apprenants ont 8 webconférences, 4 travaux à rendre et un examen. Et n'oubliez pas qu'ils suivent toujours deux UE en parallèle ! Eh bien, malgré tout cela, les apprenants sont énormément investis. Cela, on le doit majoritairement à l'omniprésence du travail collaboratif, et aux modalités de tutorat rapproché. Nous avons très peu d'abandon. Le fait que beaucoup d'apprenants poursuivent leur parcours de formation sur deux ou trois ans est également un signe de leur satisfaction. Nous utilisons d'ailleurs ce point fort : chaque année, lorsque les nouveaux arrivent, ils sont accompagnés par ceux qui connaissent déjà le dispositif et en sont les meilleurs défenseurs.

On constate donc que c'est la collaboration entre apprenants qui permet à ces derniers de bâtir une aussi grande quantité de connaissances. De plus, en suivant ces formations ils apprennent à travailler ensemble et nombre d'entre eux nous ont dit qu'ensuite, ils appliquaient le travail collaboratif dans leur travail.

 

On comprend bien l'intérêt du travail collaboratif pour les apprenants, mais qu'en est-il des enseignants ? Ca ne doit pas être tout à fait simple pour eux, d'endosser leur rôle de tuteur, alors qu'ils sont habitués à la fonction enseignante en présence...

C'est vrai, mais les plus aguerris accompagnent là aussi les nouveaux venus dans le dispositif; ces derniers reçoivent aussi une formation spécifique et ils sont épaulés par le coordinateur de formation (le responsable pédagogique de chaque centre); ils sont également aidés par les apprenants qui connaissent déjà le dispositif, et qui les informent sur l'attitude à adopter. En peu de temps, les choses se mettent en place. Il y a un changement fondamental de posture, pour l'enseignant : il n'est plus assimilé au « savoir » (les informations étant délivrées via les vidéos), il devient activateur d'apprentissage. Son rôle fondamental, c'est la facilitation.

 

Cette culture de la collaboration et de la facilitation rompt avec le modèle classique de l'enseignant universitaire...

Bien entendu. Mais compte-tenu de ce que ces nouvelles postures apportent, en termes d'efficacité de la formation, de prise d'autonomie des apprenants et de transférabilité des acquis, notamment méthodologiques, sur les situations de travail, je ne vois pas pourquoi on ne devrait pas militer pour leur expansion, dans de nombreuses institutions. Je suis bien décidé à m'y employer !

L'ICSV

Retrouvez Claude Caillet dans cette vidéo, qui présente les formations hybrides lors d'une remise de diplôme à l'ICSV Rhône-Alpes Auvergne 

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Commentaires

2 commentaires

Icône - Visage inconnu
  • Didier VALDES
  • 1 mars 2012 à 18 h 06

la formation hybride enfin

En 1995, je présentais lors des Premières Rencontres Internationales de la Formation à Distance au CNED (Futuroscope), l'autopsie d'une mise en œuvre d'une formation hybride en Entreprise et j'élaborais un essai de définition. Ce concept que j'avais développé dans mon mémoire de DESS daté de la même année. Certains ont étés forts sceptiques à l'époque quand d'autres trouvaient le concept intéressant. Je suis heureux de voir que l'hybridation de la formation devient réalité et apparaît comme un des éléments de réponse aux problématiques de formation posées. C'est avec grand intérêt que j'ai lu votre article et je vous souhaite bonne continuation. Didier VALDES - didier.valdes@bbox.fr

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Icône - christinava
  • Christine Vaufrey
  • 2 mars 2012 à 07 h 07

Les petits ruisseaux...

@ Didier Valdes : merci de votre commentaire. Vous avez manifestement été un précurseur, peut-être dans la réalisation aussi ? On a tendance à croire que l'hybridation des modalités de distribution de la formation est un effet direct de la pénétration des outils numériques dans nos sociétés, mais il faut aussi revenir à des constats élémentaires : il y a toujours eu hybridation des modalités de formation, ne serait-ce que dans l'alternance classe / travail personnel, ou classe / stage. La grande différence aujourd'hui, c'est le passa du bi- au multimodal. L'expérience pilotée par C. Caillet me semble exemplaire à ce niveau, avec un continuum fort entre les différents canaux et la prédominance des individus sur les outils.

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