Par Charles Brisson  | maj@cursus.edu

L'intelligence collective, la construire avant de la célébrer

Créé le lundi 12 novembre 2012  |  Mise à jour le mercredi 12 décembre 2012

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En clôture du Congrès mondial sur les technologies de l’information (WCIT 2012), tenu à Montréal à la fin octobre, l'animateur Dan Tapscott a parlé de changement de paradigme dans la société actuelle. Il a repris les mots des conférenciers ayant discouru sur cette ère formidable dans laquelle nous vivons : jamais dans l'histoire de l'humanité nous n'avons été aussi près les uns des autres, jamais nous n'avons eu de telles possibilités de mettre en commun notre savoir et notre créativité pour nous attaquer ensemble aux problèmes de la planète et rendre le monde meilleur. Car c'est exactement ce que la technologie, cette accélération de la facilité de se mettre en réseau et de communiquer, nous permet de faire.

Cette "intelligence collective" existe depuis que les humains utilisent le langage et transmettent le savoir d'une personne à l'autre, et de génération en génération. Le monde actuel, fortement inter-relié et les connexions se multipliant, devient en quelque sorte de plus en plus "petit" et l'intelligence collective croît à une vitesse toujours plus grande. Sur fond de vidéo d'étourneaux volant par milliers dans une direction pour subitement changer de d'orientation, ou encore encercler et faire fuir un prédateur, Tapscott - co-auteur du livre Wikinomics:How Mass Collaboration Changes Everything et de Macrowikinomics - New solutions for a connected planet - a repris en partie les idées émises alors ainsi que celles énoncées dans "Collaboration et intelligence en réseau" (Collaboration and networked intelligence).

Et alors qu'on pouvait voir les étourneaux suivre un meneur pendant un court moment pour ensuite en suivre un autre, et encore un autre à chaque changement de direction, Tapscott disait que "tout changement de paradigme entraîne des crises de leadership dans une société". On regardait ces miliers d'oiseaux silencieux sur l'écran en s'imaginant le gazouillis cacophonique (twitter?) qu'ils créent en réalité. L'image faisait sourire. Le printemps arabe a été mentionné, comme une illustration du fait que des régimes établis ont pu être surpris par des groupes organisés spontanément ou pas sur les médias sociaux.

Mais enfin, de la métaphore à la réalité, il y a un fossé considérable. Le collectif en lui-même n'est pas plus intelligent que bête, ou même criminel. Peu de crimes de grande ampleur ont été accomplis par un seul homme. Les faits présents et passés nous l'ont montré à maintes reprises. Cette fameuse intelligence collective, devenue une sorte de mantra pour rassurer tous ceux qui se livrent corps et âme à la vie numérique, se construit. Elle n'est pas innée. Ce n'est pas une entité, ni une ontologie. C'est un construit humain, né de la volonté et du savoir partagés. L'intelligence collective est un bien commun, c'est à dire un bien que le mode de gestion a rendu commun. Alors désolé, mais vous n'allez pas vous réveiller un beau matin empli d'intelligence collective. Il va falloir de la sueur et des larmes, comme disait l'autre. Et il faut beaucoup de naïveté et d'aveuglement pour affirmer que les princtemps arabes doivent tout à Internet d'une part, et qu'ils ont réglé en moins de deux les problèmes des pays dans lesquels ils ses sont déroulés. 

Tapscott est intéressant, enthousiasmant, on adore l'écouter. Ne nous remettons pourtant pas aveuglément à sa vision idéale de notre monde et remontons nos manches. 

 

À voir également, cette présentation de Tapscott sur la Macrowikinomics :

À lire aussi

Collective intelligence vs the wisdom of crowds, sur le blogue de Henry Jenkins, en anglais. 

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