Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

MOOC "Économie du web" - Rencontre avec Jean-Michel Salaün

Créé le mardi 10 septembre 2013  |  Mise à jour le lundi 2 mars 2015

MOOC

Le 11 septembre 2013 marquait l'inauguration de l'année française des MOOCs : il s'agissait en effet de la date d'ouverture du MOOC « Economie du web », animé par Jean-Michel Salaün qui, après avoir successivement enseigné à l'ENSSIB (École nationale supérieur des sciences de l’information et des bibliothèques, Villeurbanne) et à l'EBSI (École de bibliothéconomie et des sciences de l’information, Montréal), est depuis 2012 enseignant à l'Ecole Normale Supérieure de Lyon.

Ce cours, d'une durée de 13 semaines, a permis aux participants d'appréhender les logiques sous-jacentes à l'économie du web et de repérer les courants idéologiques sur lesquels se bâtissent les discours, les prises de position... et parfois les fortunes des acteurs numériques mondiaux.

Un vaste programme, donc, qui a été proposé aussi bien à des étudiants en cursus provenant de trois établissements, qu’aux participants extérieurs intéressés à suivre ce MOOC. Nous avons rencontré Jean-Michel Salaün par un beau jour de fin d’été, et il a bien voulu nous en dire plus sur sa motivation à transformer en MOOC un cours disponible en ligne depuis plusieurs années et surtout, sur les activités d’apprentissage qui seront proposées aux participants.

 

Du cours en ligne au MOOC, une évolution naturelle

Jean-Michel Salaün, vous vous intéressez depuis de nombreuses années à l'économie du document, et du document numérique en particulier. Vos billets de blogs sur le sujet sont très suivis. Pourquoi avoir franchi une étape supplémentaire et proposé un MOOC sur le sujet ?

Ma décision de proposer le cours d'économie du document sous forme de MOOC s'inscrit dans la continuité de mes activités. Depuis 2007 en effet, je propose en accès libre et gratuit un cours en ligne sur l'économie du document. Ce cours est à la fois à la disposition de tous, et inscrit dans le programme des étudiants en maîtrise de Sciences de l'information à l'EBSI de Montréal. Il est également au programme du Master d'architecture de l'information que j'ai créé en 2012, lors de mon arrivée à l'ENS. Dans la version à venir, il sera aussi proposé aux étudiants de l’ENSSIB dans le cadre du Master Publication numérique. Au printemps dernier, j'ai d'ailleurs dispensé le cours, toujours en ligne, en même temps aux étudiants de l'ENS et à ceux de Montréal. Transformer ce cours en MOOC permet aux participants « externes », qui ne sont pas engagés dans la préparation d'un diplôme, après inscription, de réaliser des activités d'apprentissage et de bénéficier d'un certain suivi.

Les participants extérieurs pourront-ils obtenir des crédits universitaires s'ils réussissent les activités proposées ?

Non. Seuls les étudiants en cursus, à l'ENS, à l’Enssib et à l'EBSI, passeront les examens universitaires et en cas de succès obtiendront les crédits prévus dans le programme d'études. Les participants externes qui le souhaitent passeront une épreuve de type QCM. Tous ceux qui en feront la demande recevront en outre une attestation de suivi, s’ils ont fait la preuve de leur participation dans la durée.


Manifestement, vous avez l'habitude de gérer des groupes d'étudiants appartenant à différents établissements et ne suivant pas tout à fait les mêmes cursus. Avez-vous du adapter ce cours aux contraintes de sa distribution sous forme de MOOC, et à son public attendu ?

J'ai actualisé les contenus, comme je le fais régulièrement, car le cours touche à un sujet qui évolue très vite. Le dialogue permanent avec les étudiants permet aussi d'améliorer sa scénarisation en continu. Il a fallu bien sûr adapter le dispositif de suivi des apprenants : les participants externes ne pourront pas être suivis aussi étroitement que les étudiants en cursus, mais une animatrice de communauté a été recrutée qui participera aux discussions, répondra aux questions, etc. Enfin, la présentation du cours a beaucoup évolué pour sa version MOOC.

Mais fondamentalement, et j'insiste sur ce point, cela reste un cours de deuxième cycle, qui se déroulera sur 13 semaines soit l'intégralité d'un semestre universitaire. Il s'agit d'une introduction à l'économie du web, mais le terme d'“introduction” ne doit pas laisser penser qu'il s'agit d'un contenu accessible à des élèves de secondaire, par exemple. Et surtout, la densité des contenus, le volume et la nature des activités proposées impliquent que les participants disposent déjà d'une maturité de réflexion et d'une autonomie dans les apprentissages qu'on trouve plutôt chez les étudiants de deuxième cycle.


Des activités d'apprentissages nombreuses et collaboratives

Vous parlez d'activités d'apprentissage tout au long du MOOC, qui seront proposées aux étudiants en cursus et parfois aux participants externes. Trouvera t-on dans votre MOOC des quiz et des discussions sur forum, comme dans la plupart des MOOCs américains ?

Oui, mais pas de manière centrale. Avant tout, il faut préciser que les étudiants en cursus et les autres participants ne réaliseront pas systématiquement les mêmes activités.

Cinq catégories d'activités seront organisées. Ces activités sont obligatoires pour les étudiants en cursus, recommandées pour les autres :

  • La lecture annotée de document

Les documents, au format pdf, seront présentés avec l'application Crocodoc https://crocodoc.com/, qui dispose de fonctionnalités d'annotation puissantes : tous ceux qui ont accès au document peuvent l'annoter, et les annotations sont visibles de tous, ce qui génère de véritables conversations sur les documents et des analyses très poussées car profitant de l'apport de tous.

Je précise que les autres participants au MOOC pourront, bien sûr, annoter eux aussi les documents et participer ainsi à la conversation globale. Pour que l'abondance de commentaires (prévisible dans ce MOOC qui rassemblera peut-être plusieurs centaines de participants) ne nuise pas à sa lisibilité, nous mettrons à disposition plusieurs copies du même document. Les étudiants en cursus auront leur copie dédiée, et les participants externes choisiront la copie sur laquelle ils travailleront, en fonction du nombre de personnes qu'ils y trouveront. Nous ne savons pas encore combien de personnes s'inscriront à ce MOOC, et donc combien de copies de chaque document il faudra mettre à disposition. Nous nous adapterons au fur et à mesure.

Exemple de document annoté par plusieurs personnes sous Crocodoc (réduisez la taille du document avec la loupe "moins" si vous ne voyez pas les annotations) :

  • L'analyse de documents

Je soumettrai par exemple un diaporama aux étudiants en cursus, en demandant à chacun de choisir et d'analyser une diapo. Toutes les analyses seront rédigées sur un pad (éditeur de texte collaboratif) ouvert à cet effet, ce qui offrira en final une analyse du document dans son ensemble. Les participants externes au MOOC pourront participer aussi à l’analyse. Si leur nombre devient important, nous ouvrirons un ou plusieurs pads qui leur seront dédiés.

J’attire l’attention des lecteurs (et peut-être futurs participants à ce MOOC) sur l’importance de l’outil pad (voir pas exemple Framapad : http://framapad.org/ ) dans ce cours. Le pad permet la rédaction collective, la construction de documents complets et complexes écrits à plusieurs. Il est utilisable aussi bien dans un dispositif synchrone que dans un dispositif asynchrone. C’est un outil idéal pour la formation en ligne, car il permet facilement (pas d’inscription, consommation modeste de bande passante) d’organiser du travail collectif, indispensable à l’apprentissage. L’ENS disposera très bientôt d’un serveur exclusivement dédié aux pads, dans la perspective de développer des services autour de cet outil.

Exemple de pad :

 

  • Le développement sur une question d'actualité

Chaque étudiant devra aussi choisir une question d'actualité parmi celles que je proposerai, et la traiter au travers d'un billet de blog. Les billets seront publiés sur la même plateforme que le cours. Ses pairs seront bien entendu invités avec insistance à commenter le billet, les participants externes pourront aussi évidemment commenter les billets, comme d’ailleurs n’importe quel internaute.

  • La synthèse de cours

A côté de tous ces travaux collaboratifs, les étudiants devront également réaliser individuellement des synthèses partielles du cours. Celui-ci sera découpé en trois parties. A la fin de chaque partie, l'étudiant devra choisir une ou plusieurs idées fortes du cours et les commenter. Il devra aussi mentionner les documents qu'il souhaite conserver, et les références bibliographiques les plus intéressantes à ses yeux. Enfin, il signalera les manques ou faiblesses à ses yeux de la partie de cours considérée, tant sur le fond que sur la forme.

Tous ces travaux de synthèse seront consignés dans un document pérenne, sorte de « cahier de cours » qui, à la fin du cours, sera remis sous forme de e-book à chacun. Les participants externes seront eux aussi invités à réaliser ces synthèses, mais au travers d'un document collectif. Ils pourront recevoir aussi un e-book. Nous travaillons au développement de cette application qui, à terme, pourrait constituer une innovation importante pour les MOOCs, dont un des problèmes est de savoir quelle mémoire les étudiants gardent de leur apprentissage. Mais c’est un peu tôt pour donner des détails.

  • La participation aux webinaires

Le cours comprend trois webinaires avec des invités extérieurs, auxquels les étudiants en cursus doivent obligatoirement participer (il auront des travaux à réaliser en amont). Les participants externes au MOOC pourront bien sûr aussi assister aux webinaires qui seront diffusés librement sur le web, et poser des questions sur Twitter.


La variété et le volume d'activités sont donc importants. Combien de temps le participant à ce MOOC doit-il pouvoir y consacrer chaque semaine ?

L'étudiant en cursus doit pouvoir consacrer une petite dizaine d'heures hebdomadaires à ce cours. Les participants externes, pour leur part, y consacreront le temps qu'ils souhaiteront ou pourront... Mais en tout état de cause, il me semble vraiment difficile d'y consacrer moins de 5 heures par semaine, ne serait-ce que pour lire les documents proposés et participer aux discussions et aux webinaires.


Combien espérez-vous d'inscrits à ce MOOC ?

Franchement, je n'en ai aucune idée ! Les inscriptions s'effectueront dès la publication de la première séquence. Nous avons fait peu de publicité. Le sujet est certes d'actualité, mais le cours est ardu et il exige beaucoup de travail. Alors, combien aurons-nous de participants externes : 50, 100, 500 ? Je ne sais pas. Mais techniquement, tout est prêt pour accueillir ceux qui veulent en savoir plus sur les différentes stratégies à l'oeuvre sur le web pour faire circuler l'information, produire la connaissance, retenir - et monnayer ! l'attention des utilisateurs.


Le MOOC Économie du web a été distribué sur la plateforme du CNRS hypotheses.org. Il est en accès totalement libre. C'est également sur cette plateforme que se trouve le plan détaillé du cours.

 

Liens :

Le MOOC « Economie du web » : http://archinfo24.hypotheses.org/

Economie du document (bloc-notes de Jean-Michel Salaün) : http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/

"Le web comme bibliothèque". Dans l'émission « Place de la Toile » sur France Culture, Xavier de la Porte reçoit Jean-Michel Salaün (21-04-2012) : http://www.franceculture.fr/personne-jean-michel-salauen

Illustrations : 
Jean-Michel Salaün, avec son aimable autorisation.
Capture d'écran du bandeau de titre de la page du cours "Economie du web" : http://archinfo24.hypotheses.org/
Capture d'écran de la page de présentation du projet Framapad, site de Framasoft : http://www.framablog.org/index.php/post/2011/03/28/framapad-collaboration-en-ligne 

 

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