Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Quand le MOOC déçoit les étudiants

Créé le samedi 26 octobre 2013  |  Mise à jour le lundi 28 octobre 2013

Recommander cette page à un(e) ami(e)

Quand le MOOC déçoit les étudiants

Les Massive Open Online Courses (ou Cours en Ligne Ouverts et Massifs, CLOM, selon l'acronyme en français) sont extrêmement populaires depuis deux ans. C'est la formation à la mode. Mais vous le savez, chez Thot, nous n'aimons pas nous bercer d'illusions. Certes, nous apprécions le MOOC, mais comme nous l'avons montré dans plusieurs articles au cours des derniers mois, les MOOC ont aussi de vrais défauts. Très onéreux à produire, plutôt adaptés aux habitants de l'hémisphère nord du globe, et surtout à ceux qui maîtrisent bien les codes d'usage du numérique; ce type de formation ne serait-il pas parfois de l'éducation au rabais ou manquant sa cible ?

Et puis, qu'en pensent les apprenants eux-mêmes? On sait déjà que la majorité des inscrits à un MOOC l'abandonneront avant la fin. Néanmoins, le sujet passionne dans les universités, à tel point que certains enseignants y inscrivent leurs étudiants. Un professeur américain a ainsi demandé à ses étudiants de suivre le MOOC de leur choix et d'en faire un compte-rendu écrit. Il a compilé les productions dans un livre blanc disponible en ligne, aux formats EPUB et PDF.

Rigides ou ennuyeux

Ce qui ressort de la lecture de la dizaine de témoignages, c'est que les expériences d'apprentissage sont aussi variées que les plateformes et les cours suivis. Tous les étudiants étaient curieux et intéressés de tester ce nouveau format de formation. Mais si certains sont plutôt satisfaits de l'expérience, d'autres pointent de sérieux problèmes.

Certains ont critiqué la structure des cours parfois trop rigide, ne laissant pas assez de flexibilité aux apprenants. D'autres ont jugé les examens trop simples et les dispositifs de contrôle des devoirs et évaluations faciles à déjouer. D'autres encore ont trouvé l'exercice ennuyeux. Par exemple, cet apprenant qui n'a pas aimé son expérience, la majorité des vidéos et questionnaires étant, à son avis, très monotones. Cet étudiant, quant à lui, considère que les deux MOOCs auxquels il a participé n'allaient pas assez loin dans le renouvellement de la pédagogie. Où sont les applications interactives ? Pourquoi ne pas prévoir des salles de conversation de type Google Hangout?

Il y a même un chapitre qui s'intitule « Tales of a MOOC dropout » (Récits d'une décrocheuse de MOOC) qui retrace l'histoire d'une étudiante qui a essayé de suivre deux cours différents et a abandonné le premier. Pourquoi ?

Tout simplement parce que le MOOC qu'elle a abandonné n'annonçait pas clairement les pré-requis indispensables à un bon parcours. Censément "ouvert à tous", sans conditions de niveau, il s'est avéré en fait très ardu. En plein milieu, notre étudiante s'est rendue à l'évidence : elle n'y comprenait plus rien. Elle s'est donc concentrée sur l'autre MOOC, beaucoup plus cohérent et accessible aux vrais débutants. 

Ce témoignage est une leçon pour les concepteurs de formation de cours massifs en ligne. Il est crucial de bien préciser les compétences préalables. Cela attire peut-être un public plus limité, mais les chances de décrochage sont moindres quand les étudiants savent à quoi s'attendre.

Ces témoignages ne peucent évidemment pas être généralisés mais sont intéressantes, car elles invitent à une réflexion importante sur l'avenir des MOOC. Certes, une grande partie des comentaires négatifs soulignent des problèmes que l'on trouve aussi dans des cours présentiels ou d'autres types d'apprentissage en ligne. De plus, il ne faut pas oublier que tous les apprenants ne sont pas faits pour l'enseignement à distance. Néanmoins, il y a suffisamment de critiques constructives dans ces témoignages pour comprendre les raisons de ceux qui renoncent en plein cours, ce qui fournit quelques indications utiles pour préserver un public intéressé jsuqu'à la fin.

Illustration : alexkatkov, shutterstock

Références :

Roberge, Alexandre. "La formation à distance pour tous ? Bien sûr que non !" Thot Cursus. Dernière mise à jour : 16 avril 2013. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/19699/formation-distance-pour-tous-bien-sur/.

Vaufrey, Christine. "L'éthique des Moocs." Thot Cursus. Dernière mise à jour : 19 mars 2013. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/19712/ethique-des-moocs/.

Vaufrey, Christine. "MOOCs et enseignement supérieur pour tous : la belle illusion." Thot Cursus. Dernière mise à jour : 26 septembre 2013. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/20672/moocs-enseignement-superieur-pour-tous-belle/.

Vaufrey, Christine. "Très chers MOOCs..." Thot Cursus. Dernière mise à jour : 26 juin 2013. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/20390/tres-chers-moocs/.

Vaufrey, Christine. "Les MOOCs vont-ils tuer la formation à distance ?" Thot Cursus. Dernière mise à jour : 3 juin 2013. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/20248/les-moocs-vont-ils-tuer-formation/.

Veletsianos, George. "Learner Experiences with MOOCs and Open Online Learning." Dernière mise à jour : 2013. http://hybrid-pedagogy.github.io/LearnerExperiencesInMOOCs/.

Poster un commentaire

Commentaires

4 commentaires

Icône - mcampedel
  • Marine CAMPEDEL
  • 28 octobre 2013 à 14 h 02

Réaction épidermique...

Personnellement je refuse de penser qu'il y a des gens faits pour ou pas faits pour apprendre de telle ou telle façon... par contre il y a certainement des compétences/capacités à acquérir pour profiter au mieux des MOOCs et des enseignements à distance : quelles sont elles ? qui les enseigne ?

Répondre
Icône - Visage inconnu
  • Jacques Rodet
  • 28 octobre 2013 à 15 h 03

Un manque d\'accompagnement...

Il est assez frappant de constater que beaucoup des raisons qui nourrissent les insatisfactions des apprenants inscrits à des moocs relèvent d'un manque d'encadrement. - Ne pas annoncer clairement les prérequis - Le manque d'interactions - L'apprenante qui n'y comprenait rien n'avait personne vers qui se tourner pour faire part de ses difficultés Ce qui semble donc également crucial, c'est que les concepteurs de moocs pensent en amont à dimensionner les services tutoraux dont pourront bénéficier les apprenants. Qu'est-ce que peut être le tutorat dans les moocs ? Tel est le thème de la table ronde organisée dans le cadre du séminaire international en ligne sur le tutorat à distance marquant les 10 ans de t@d, le portail du tutorat à distance. Initiateurs de moocs et apprenants y échangeront sur les services tutoraux. Présentation à https://sites.google.com/site/letutoratadistance/Home/10-ans-de-t-d/calendrier/table-ronde-le-tutorat-dans-les-moocs. Les inscriptions sont closes mais l'enregistrement vidéo sera disponible peu de temps après. Cordialement, Jacques Rodet

Répondre
Icône - Visage inconnu
  • Michel Boustani
  • 29 octobre 2013 à 06 h 06

Concepteur Pédagogique

Excellent, je me disais qui serait le premier instituteur qui prendrait cette initiative... Ces réflexions et questionnements sont - à mon avis - une résultante des plus normale qui soit. Comme si l'effet "dopamine" s'est résorbé et nous voici confronté devant la vraie réalité. N'est-ce pas un signe de bonne santé? Je pense que Oui cela en est un, tant mieux. La facilité de critiquer le MOOC et d'en déduire que cela n'est pas la solution ne devrait pas cacher que c'est plutôt le besoin d'amélioration c'est au fond le plus essentiel! Je me permets deux points pour conclure: Les leçons apprises (j'espère que les Coursera, Canvas, et autres feront cet exercice) selon moi diraient: 1) Consulter le public / les étudiants (en formation, quoique l'on affirme et croit, le mode descendant ne fonctionne plus, la consultation est une des clefs de succès) 2) Un code d'éthique est plus que jamais nécessaire de la part des institutiions qui gèrent les plateformes (la fameuse imputabilité) Oui il y a des MOOCs, Mauvais, voire très mauvais, des profs Incompétents (qui lisent le carton devant eux quand ils enregistrent sa conférence), et des étudiants qui subissent, Heureusement qu'il y a en d'autres qui nous font oublier les autres!

Répondre
Icône - Visage inconnu
  • Valnapo
  • 29 octobre 2013 à 19 h 07

ortôgraf svp

Sur la forme de l'article: svp relisez vous et kaurigez ce qui peut l'être (je ne suis pas excellent en orthographe aussi les fautes que je vois doivent surement être enOrmes) Sur le fond: Lorsque je vois ou lis que les MOOCs vont remplacer des cours (etc), je dis: hérésie ou méconnaissance (?) (En ce qui me concerne) Un MOOC est une offre dans un format qui ne peut être que celui d'une formation ponctuelle soit très généraliste, sorte d'ABC, soit sur un point bien précis mais surement pas une formation type enseignement à distance pouvant prétendre à une transmission de "savoirs complets". En ce sens un MOOC peut parfaitement s'inscrire dans un autre cursus réalisé de façon plus classique comme une sorte de TD ou de complément ponctuel, tout en étant accessible au public le plus large en même temps. La gratuité entraine un effet de clic automatique puisque cela ne coûte justement rien. Cela justifie probablement le plus grand nombre des abandons. Des points soulevés dans l'article sont en effet à réfléchir.(prérequis mal ou non définis, talent des orateurs, matériaux, etc..., par exemple) et se souvenir que nous sommes encore dans l'enfance de ce "bidule" qui se cherche. En fait, il me semble, qu'à trop vouloir mettre les MOOCs comme "l'enseignement du futur" est la cause première des erreurs ou désillusions de certains inscrit e s. Et puis la gratuité est une illusion totale.

Répondre