Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Classes virtuelles : quand le formateur devient animateur d'apprentissages

Créé le mardi 21 janvier 2014  |  Mise à jour le samedi 25 janvier 2014

Classes virtuelles : quand le formateur devient animateur d'apprentissages

Les applications de classe virtuelle connaissent un certain succès en formation à distance. Elles permettent d’organiser des séquences de formation synchrones avec un groupe, reproduisant en cela la configuration de la classe en présence. Dans l’espace de la classe, le formateur peut présenter des supports, s’adresser au groupe, distribuer des tours de parole, animer des activités orales ou écrites … Tout en suivant le niveau de participation des apprenants grâce à la palette d’outils mise à leur disposition.

Mais alors pourquoi, avec toutes la gamme d’activités possibles, s’ennuie t-on encore si souvent, dans les classes virtuelles ? Pourquoi la plupart des formateurs n‘en exploitent-ils pas l’important potentiel ? Comment les encourager à faire autrement ?

Thierry Laffont, expert classe virtuelle chez Orange, connaît bien ces problématiques et leur apporte des solutions depuis plus de 10 ans. D’après lui, le problème tient moins à l’outil qu’à la posture du formateur qui l’utilise. Nous l’avons rencontré pour en savoir davantage.

Thierry Laffont, pourquoi vous intéressez-vous autant à la classe virtuelle ?

Je suis responsable d’une cellule « Innovation et professionnalisation en e-learning », dans le département  « Management des Compétences et Parcours Professionnels »  rattaché aux Ressources Humaines d’Orange. À ce titre, j’ai participé au déploiement d’un outil de classe virtuelle dans le groupe à partir de 2002, formant les formateurs à son utilisation et les accompagnant dans la conception de séquences de formation tirant le meilleur parti de cet outil. Sur les 2 000 formateurs travaillant pour les différentes écoles internes à Orange, nous en avons actuellement formé 400 à l'utilisation de la classe virtuelle et labellisé une vingtaine en tant qu'experts. Je réalise également des présentations de ces principes à l'externe et je proposerai très bientôt des prestations d'accompagnement aux établissements qui souhaitent utiliser les classes virtuelles plus efficaceement.

 

De la posture de formateur à celle d'animateur des apprentissages

L’outil de classe virtuelle est donc si difficile à maîtriser, qu’il faille systématiquement accompagner les formateurs ?

Pas du tout ! Chez Orange, nous utilisons l’outil de classe virtuelle Saba Meeting (également utilisé par l’Education nationale). C’est un excellent outil, très ergonomique et réactif. Mais l’animation d’une classe virtuelle ne va pas de soi.

En présence, la formation est plutôt interactive, et les apports du groupe sont valorisés. Mais dans les sessions synchrones à distance, beaucoup de formateurs sont tentés d’utiliser la classe virtuelle comme un support de diaporama sonorisé : les diapos s’affichent dans l’espace central et on n’entend que le formateur. Ne nous étonnons pas que certains apprenants préfèrent aller boire un café ou surfer sur Internet pendant de telles séquences. Le formateur se retrouve alors bien seul quand arrive l’inévitable temps de questions – réponses suivant sa présentation… Il se doute qu’il a perdu les apprenants en cours de route et en accuse volontiers l’outil. Mais en fait, c’est la manière dont il utilise cet outil qui doit être complètement revue.

Et c’est là que vous intervenez. De quelle manière ?

En proposant aux formateurs de faire connaissance avec l’outil et surtout de réfléchir à leur posture spécifique de formateur à distance. Un changement capital doit intervenir à ce niveau : plus que "celui qui sait et qui va vous apprendre", le formateur doit se positionner comme "celui qui va vous aider à apprendre par vous-mêmes et à construire les savoirs".

Sur quels éléments se fonde cette posture ?

A la fois sur une excellente maîtrise de l’outil, une préparation minutieuse et des techniques d’animation spécifiques. Le tout, dans le but de faciliter la participation et l’autonomie des apprenants pendant la séquence : "Joue au projectionniste de slides, je ne me rappellerai de rien; suscite mon intérêt je m’en souviendrai peut être; fais-moi vivre l’évènement je ne l’oublierai jamais…"

Quelles sont les principales fonctionnalités de l’outil ?

L’interface de Saba Meeting comme de la majorité des applications de classe virtuelle comprend 4 zones principales :

- La barre d’outils horizontale en haut de l’écran. Il faut se familiariser avec ces outils et réfléchir aux différentes manières de les utiliser.

- La fenêtre centrale, qui permet d’afficher des contenus : diapositives, sites Internet, tableau blanc, etc.

- En colonne de gauche, la liste des participants à la classe. Des icônes peuvent s’afficher à côté du nom de chacun pour témoigner de son humeur ou de sa réaction. Nous y reviendrons.

- En-dessous, l’agenda de la classe, c’est à dire le déroulé de toutes les activités tel qu’il a été préparé par le formateur. 

On peut aussi faire apparaître un espace de chat sous l’agenda, très utile pour certaines activités.

Thierry Laffont en animation, et un écran apprenant : 

 

Un des enjeux de la formation à l’animation de la classe virtuelle est évidemment de faire découvrir ces outils et espaces au participant, et surtout de l’inciter à réfléchir aux différentes manières dont il va les exploiter pendant son animation.

Comment prépare t-on une classe virtuelle ?

Comme n’importe quelle séquence de formation, en se fixant des objectifs et en élaborant un scénario. En formation d’adultes, on privilégiera l’activité sur la transmission de contenu, on valorisera les apports des apprenants et on sera très attentif à leur niveau d’engagement dans la formation. Mais bien entendu, on ne pourra pas, dans une séquence à distance, s’appuyer sur les mêmes outils ni mener les mêmes activités qu’en présence.

Concrètement, comment le formateur doit-il s’y prendre ?

J'ai une position radicale sur ce sujet : le formateur doit se transformer en animateur des apprentissages. L’apprenant doit être actif à tout moment par la réflexion, l’interrogation, l’expression orale ou l'activité, par la démonstration ou l’exercice; c’est lui qui parle, qui agit, qui questionne et moi je suis là pour répondre aux sollicitations que j’ambitionne de déclencher….C’est le prix à payer pour que cette formation collective à distance ait un sens pour chaque individu, et si je n’ai rien à dire et à faire pendant 10 minutes, moi, ça veut sûrement dire que j’ai gagné. Ce sont les participants qui doivent me montrer, me questionner, là est le vrai challenge de l’animateur (de leur apprentissage) à distance et j'emploie volontairement ce terme à la place de "formateur", on ne "forme" et "formate" personne, on "anime" un processus d'émergence, de construction de sens.

L’indicateur de succès de l’animation, c’est la fenêtre qui contient les noms des participants. Si ces derniers n’utilisent pas les icônes de communication (coche verte pour signifier son approbation, applaudissements, pour féliciter, croix rouge pour arrêter le cours de la séquence, etc.) alors le formateur a du souci à se faire. Il n’a pas d’autres moyens de savoir s’il intéresse les participants ou pas. À lui donc de faire le nécessaire pour recueillir les informations.


Priorité absolue aux activités

Les contenus sont présentés dans la fenêtre principale. Avez-vous des recommandations à faire pour leur préparation ?

Les contenus doivent être considérés comme des supports d’activités. Un contenu sans activité pour l’exploiter n’est que de l’information, pas de la formation. C’est encore plus vrai à distance qu’en présence ! La préparation des contenus va donc être une étape cruciale de la préparation de la classe. Idéalement, il faudrait déclencher une activité sur chaque diapo : "Que pensez vous de… selon vous, quelle est la meilleure option entre celles qui sont proposées… Où est l’élément essentiel sur cette diapo… Cliquez sur la coche verte si vous êtes d’accord avec cette affirmation…" Des choses de ce genre. Quant aux diaporamas, la consigne est la même qu’en présence : alléger les diapos, ne pas vouloir tout écrire, privilégier le visuel…

Quels sont vos outils favoris pour lancer les activités, à part les supports de contenus ?

J'utilise assez souvent le tableau blanc. Je recommande aux formateurs d’écrire eux-mêmes sur le tableau, même quand il s’agit par exemple de synthétiser une discussion entre apprenants ou de collecter leurs réponses à une question. Cette discussion peut se mener à l’oral (toute personne voulant prendre la parole clique sur l’icône de la main levée), ou à l’écrit dans la fenêtre de chat. L’utilisation du chat est plus spontanée et souple que celle du tableau blanc pour les apprenants. Ensuite, on peut demander aux apprenants d’entourer un élément présent sur l’espace central, de le sélectionner, etc. puis de défendre son point de vue.

J’aime bien aussi l’outil de sondage. Je crée régulièrement des questions ouvertes dans le courant de la séquence, et je les affiche. Avec les questions ouvertes, il n’y a pas de « bonnes » ou « mauvaises » réponses comme souvent avec les questions fermées. Ce sont des temps d’approfondissement, ou de confrontation de points de vue.

Dans tous les cas, et c’est crucial, il faut absolument afficher à l’écran la consigne de l’activité, même pour des choses qui paraissent évidentes. 

En vous écoutant, on a le sentiment que l’animation d’une classe virtuelle n’est pas de tout repos…

C’est même assez épuisant. Le formateur doit toujours être sur le qui vive, ce qui ne signifie pas qu’on ne doit entendre que lui ! Il est aux manettes, c’est lui qui rythme la séquence, qui lance les activités, vérifie que tout le monde suit, adapte en permanence son scénario aux réactions du groupe…

À mon sens, une classe virtuelle ne doit pas dépasser deux heures ; sinon, tout le monde perd sa concentration. La majorité des formateurs d’adultes a intégré le fait que l’on apprend beaucoup mieux en pratiquant qu’en écoutant passivement. C’est encore plus vrai à distance qu’en présence, car il est si facile de s’échapper… Au formateur de rendre ses classes virtuelles passionnantes ! 

 

Références :

La classe virtuelle. Présentation de Thierry Laffont, sur les principes d'animation d'une classe virtuelle (.pdf, 4,1 Mo).

Contactez Thierry Laffont pour en savoir plus sur ses activités de formateur à l'utilisation des classes virtuelles : tl.thierry.laffont@gmail.com

Formation continue des salariés chez Orange : http://orange.jobs/site/fr-formation/index.htm

Saba classroom (vidéo, en anglais) : http://www.youtube.com/watch?v=RBsMV9Ac2eY

Illustrations : documents transmis par Thierry Laffont, avec son aimable autorisation.

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Commentaires

5 commentaires

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  • Alexis
  • 25 janvier 2014 à 11 h 11

Co-animation

Bonjour, La possibilité de co-animation (qui n'est pas évoquée me semble-t-il) est également possible avec cet outil : partage des temps d'intervention, partage des tâches (présentateur, accompagnement via le tchat, animation des groupes).

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  • Rémi Turpin
  • 17 mars 2014 à 09 h 09

Consultant e-learning Orange

Très bon article de mon ami Thierry, pour apporter un complément d'information je parlerais plus d'un changement de posture de formateur à concepteur pédagogique centré apprenant.

Toute la description de Thierry consiste à dire qu'il faut arrêter de faire de la présentation de slide. Et oui ! la classe virtuelle offre de bombreux outils qu'il faut intégrer lors de la conception pédagogique Quel message je veux faire passer ?

Quelle démarche pédagogique je vais utiliser pour celà ? Donc quel outil ai-je à ma disposition pour le faire ? 90% de la réussite d'une classe virtuelle passe par une bonne démarche lors de la conception. Mais il en est aussi vrai des autres modalités pédagogiques. (Présentiel, autoformation, etc ...) RT

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  • Cécile
  • 30 avril 2015 à 06 h 06

jeux de rôle et classes virtuelles

Bonjour, J'entends dire que le développement des compétences comportementales est possible par le biais des classes virtuelles à condition que les "stagiares" soient familiers de l'outil. De votre côté, avez-vous déjà tenté des jeux de rôle ou autre simulation en classe virtuelle ? Merci

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  • Stéphanie
  • 21 juillet 2015 à 05 h 05

Simulation cas pratiques

Bonjour Cécile et bonjour à tous, Effectivement, lors des cv, j'ai déjà mis en place des cas pratiques à traiter, sur un slide est énoncé le cas( profil client, la demande du client) , l'objectif à atteindre, les consignes à respecter. Le groupe est divisé en sous atelier . Dans chaque sous atelier, il y a un temps de préparation,un participant est désigné pour écrire dans la partie "prise de note" le script que le sous groupe élabore ensemble. Puis retour en groupe pour échange tous ensemble sur le déroulé du script : les questions à poser, les arguments mis en avant, les objections comment elles ont été traitées et l'objectif atteint ou pas. Bonne continuation !

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  • Thierry
  • 18 janvier 2016 à 11 h 11

Proviseur

En présentiel ou à distance la pédagogie passe par la mise en activité. Quand les élèves décrochent dans une classe parce qu'ils s'ennuient ils ne vont pas boire un café mais la formation n'en est pas moins inefficace pour eux.

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