Par Denys Lamontagne  | direction@cursus.edu

Relèverez-vous le super défi éducatif ?

Créé le lundi 10 février 2014  |  Mise à jour le mercredi 12 février 2014

Relèverez-vous le super défi éducatif ?

Comment des professeurs créent-ils des défis significatifs pour leurs élèves ? Comment des créateurs de cours parvient-ils à intéresser leurs étudiants à s'investir dans un projet avec enthousiasme, jusqu’à y passer des nuits blanches ?
Comment peut-on lancer un défi quasi impossible et penser qu’on pourra le relever ?

Des conditions simples, mais essentielles.

Voici un exemple connu :  le 25 mai 1961,  John F. Kennedy annonce "Landing a man on the Moon" au Congres américain. Le défi est alors accepté et 8 ans plus tard, le 20 juillet 1969, relevé.

Qu’est-ce qui a poussé ces gens à y croire alors qu’à ce moment aucun américain n’avait encore orbité la planète ?  Trois semaines plus tôt Alan Shepard (5 mai 1961) avait réussi un vol balistique, mais c’était tout.  Le projet avait toutes les caractéristiques d’une utopie.

Familiarité

L’esprit de compétition avec les Russes motivait cette annonce, le défi était pertinent. De plus, depuis 1957, après la commotion «Spoutnik», les américains s’étaient passablement familiarisés avec le sujet et James Webb, administrateur de la Nasa, avait évoqué la faisabilité de ce projet, même s’il en avait largement sous-estimé l’effort comme on s’en est rendu compte plus tard.

La première condition était là : familiarisation avec le sujet. Avant d’accepter un défi, ou de le lancer, on doit pouvoir être en mesure d’évaluer ses chances de succès. Même si on se trompe lourdement, on peut estimer au minimum les risques et les probabilités de succès et compter sur ses qualités propres pour compenser. Mais pour ce, il faut s’être préalablement frotté avec la question, en avoir une certaine familiarité et avoir confiance en ses moyens.

Si on n’y connait rien, la décision sera prise sans grande conviction ni réel engagement. Autrement dit, avant de lancer le défi, on donne des informations sur le sujet et on s'amuse un peu avec.

Liberté, confiance

Au moment où le défi a été lancé, la Nasa ne comptait que quelques centaines d’employés et aucun plan établi. Pourtant, personne ne leur a dit comment s’y prendre ni imposé de restrictions.  Allez-y et arrangez vous pour que ça réussisse. On a fait confiance en la compétence des personnes en place et on les a laissé faire estimant qu’elles sauraient se comporter correctement.

Dans un contexte éducatif, c’est un point sur lequel bien des défis achoppent : on lance le défi mais on le complique avec des conditions externes au défi et toutes sortes d’obligations qui font perdre de vue l'objectif. On doute que les étudiants puissent s’organiser eux-mêmes et collaborer efficacement entre eux, on leur enlève cette responsabilité et de ce fait le mérite éventuel de la réussite.

L’intérêt du défi vient avec la gloire qu’on peut en retirer; je, nous, sommes responsables, je, nous, retirerons la fierté de la réussite, sans compter les compétences acquises. Mais pour ça, il faut avoir les coudées franches.

Encouragement

L’échec est la seule sanction au défi. Et même là, on a le droit à plusieurs échecs tant qu’on garde l’objectif en vue. Pas besoin de rajouter de sanctions ni d’examens ou de rapports d’évaluation.  On apprend de chacun de ses insuccès.  On se familiarise d’autant avec le sujet.  Dans le cas de la Nasa, les insuccès ont été nombreux et parfois dramatiques.

Dans l'adversité, on a surtout besoin d'encouragements, même si souvent il n'y a personne pour nous appuyer au départ. Les conditions du défi lunaire étaient claires pour tout le monde (10 ans pour réussir) et l’URSS était le concurrent. Le seul réel problème était le découragement devant l'ampleur de chemin à parcourir.  C’est pourquoi la Nasa a toujours eu un programme de relations publiques efficace et les encouragements étaient nombreux à chacune des étapes. Tous rêvaient d'aller y travailler un jour malgré les critiques qui leur tombaient dessus à chaque problème ou retard. Ils s'étaient créé leur propres encouragements.

Dans un contexte éducatif, l’encouragement est essentiel, qu’il soit endogène (l’individu ou le groupe) ou extérieur (le professeur, les parents, la direction d’école, le public).  Les sanctions et les menaces constituent un frein radical à la créativité, on ne voudra prendre aucun risque et peu d’innovations apparaîtront. Dans le cadre d’un défi, le professeur abandonne tout rôle de juge. Il encourage et crée un contexte ou les insuccès sont récupérés.

En fait, tous les défis acceptés possèdent ces caractéristiques pour ceux qui les relèvent, comme par exemple delui de Nathalie Benoit, et bien d'autres, que ce soit l'ascension d'une butte derrière chez soi ou celle de l'Annapurna.


Le défi des SOLE (Self-Organized Learning Environment)

Le défi de Sugata Mitra «The SOLE Challenge» possède plusieurs caractéristiques d’un défi intéressant : nous sommes familiers avec l’éducation et ce qu’il propose est tourné vers l’avenir en plus d’être faisable et stimulant. L’ambition est claire, transformer l’éducation. En serons-nous capables ?

Nous sommes totalement libres de l’essayer à notre façon et, dans ce cas-ci, il y a même un encouragement externe : un voyage à gagner. L’enseignant lance le processus et laisse les étudiants s’auto-organiser, Ça n’a pas trop l’air compliqué. Le tout est de poser des questions pratiques, significatives pour eux et les laisser aller, ce qui est la partie la plus difficile pour un professeur semble t-il !

Enfin, le projet est bien défini et les outils sont fournis dans un ensemble pratique à télécharger.

Relèverez-vous le défi SOLE ?

Sole Challenge

Sole Tool kit

Come on with it !

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Paris-Lyon-Marseille à la rame, le défi fou de Nathalie Benoit

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Ouedraogo
  • 16 février 2014 à 13 h 01

la vie est faite de multiples defis

Il convient de savoir classifier et prioriser effectivement les défis avant de les affronter. Dans le cas de l'éducation dans le système Burkinabè , en 1994, le défi était d'introduire l'outil informatique. En ce temps on taxait de rêveurs tous ceux qui croyaient à cela. Aujourd'hui l'histoire donne raison aux rêveurs car les apprentissages et formations ouvertes et à distance via les Technologies de l'Information et de la Communication attirent des milliers de jeunes burkinabè. Cependant le défi n'est toujours pas complètement relevé.

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