Par Francine Clément  | f.clement@cursus.edu

Géolocaliser ensemble les oeuvres d'art

Créé le mercredi 12 mars 2014  |  Mise à jour le jeudi 13 mars 2014

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Géolocaliser ensemble les oeuvres d'art Capture d'écran ArtMaps : Oeuvre en lien avec New York

Tate, la famille de quatre musées britanniques développée autour de la Tate Gallery de Londres, a rendu publique le mois dernier une nouvelle application mobile, après deux années de tests, d'essais et d'évaluation. Ce dispositif innovant permet d'utiliser la géolocalisation en ligne, les appareils mobiles et le crowdsourcing pour enrichir de diverses manières les données géographiques sur les oeuvres de la collection des musées de l'institution (Tate Britain, Tate Modern, Tate Liverpool, Tate St Ives).

ArtMaps est un dispositif qui met en lien les oeuvres des collections de Tate et des points sur des cartes interactives de Google Maps. Le public est appelé à contribuer à la documentation géographique des oeuvres d'art sur une carte globale. Les oeuvres qui possèdent une localisation apparaissent sous forme de "pins" rouges sur la carte, des points sur lesquels on peut cliquer pour avoir plus d'information sur l'oeuvre ou en ajouter, la préciser, la modifier, par exemple quand c'est un lieu qu'on connaît bien. On peut partager ses souvenirs ou ses impressions de lieux qu'on visite en utilisant un appareil mobile. Comme une partie seulement des 70 000 oeuvres de la collection est indexée avec des informations géographiques précises,  l'institution muséale espère que l'application qui fait appel aux contributions des internautes permettra de compléter cette documentation, parfois très générale, sur les lieux représentés ou les localisations en lien avec les oeuvres.

Voir le monde à travers des oeuvres

Les régions géographiques représentées et associées aux oeuvres ne se limitent ni à Londres ni au territoire britannique. Les collections des différents musées de Tate sont certes composées d'oeuvres d'art britanniques (à partir des années 1500) mais également d'oeuvres d'art internationales (à partir des années 1900). Les artistes dont des oeuvres font partie de la collection des quatre musées ont représenté de nombreux lieux divers sur la planète. On peut donc faire des recherches et annoté des oeuvres qui font des représentations de lieux ou qui ont été créées sur les cinq continents, notamment en Amérique (en haut de page, par exemple, New York) et en Asie, bien que le nombre d'oeuvres localisées soit plus élevé en Europe (ci-contre).

L'application analyse la position géographique de l'utilisateur ou le lieu qu'il a décidé d'explorer en l'entrant dans le fureteur de recherche (enter a location). À partir de cette localisation de l'internaute ou du lieu qu'il veut explorer, Artmaps présente des oeuvres associées à ce lieu. Les oeuvres abstraites et les performances, qui n'ont parfois pas de lien direct avec un lieu peuvent présenter, par exemple, la localisation du studio de l'artiste ou l'espace où s'est déroulée une représentation de l'oeuvre, etc.

On peut trouver de nombreuses informations sur le développement, la production et l'évaluation d'ArtMaps, grâce aux 21 articles publiés sur le blog de Tate à ce propos. Le projet et l'application sont définis par ses instigateurs comme un work in progress qui continuera à s'enrichir et à se modifier tout au long de son existence virtuelle, à mesure que les contributions des internautes sont ajoutées. Cette participation du public peut prendre la forme de textes, de photographies ou de vidéos à télécharger sur le site de Tate. On donne en exemples certaines applications possibles du projet dans l'un de ces articles, et notamment celle où on s'en servirait pour créer des itinéraires de voyage dans des villes, en suivant les oeuvres d'un artiste, d'un mouvement artistique ou d'un thème.

Un autre des objectifs d'ArtMaps, outre l'enrichissement des données géographiques sur les oeuvres, est de faciliter la création de situations d'apprentissage à partir de la collection, d'encourager la formation de nouvelles communautés (familles, amis, classes) autour des internautes qui annotent et commentent les localisations et d'explorer les concepts de lieu, d'environnement, de représentation et de mémoire. Par exemple, on pourrait analyser, à l'aide de l'application, comment la représentation des sites et les sites eux-mêmes changent avec le temps, ou comment la représentation d'un lieu par tel ou tel artiste diffère de l'espace réel.    

L'application a d'abord été conçue pour une utilisation sur appareil mobile, mais on peut très efficacement l'utiliser à partir d'un poste fixe de bureau, notamment pour relier des oeuvres à des lieux de la vie quotidienne. On peut cliquer sur un lien (View on Tate Online) pour avoir accès à des informationss supplémentaires sur les oeuvres.  On peut aussi lire les commentaires des internautes qui ont ajouté des informations de localisation. Pour faire soi-même des suggestions ou des commentaires (add a pin), on doit auparavant suivre des étapes simples et rapides d'enregistrement.

Ça fonctionne ?

Des tests d'utilisation d'Art Maps ont été faits sur le prototype développé par des chercheurs des universités de Nottingham et d'Exeter, à l'aide de subventions de l'organisation Horizon et en collaboration avec Tate. On a évalué l'application sur les appareils mobiles et avec des participants aux caractéristiques différentes quant à l'âge, l'origine, le niveau de connaissances technologiques, etc. Les évaluations ont été réalisées dans les salles d'exposition et à l'extérieur du musée puisqu'un des principaux buts du projet est d'explorer de quelle manière les technologies mobiles peuvent aider à l'apprentissage individuel  et de groupe au-delà des salles d'exposition.

Un autre objectif du projet est de développer des procédures pour la publication de contenu créé par les utilisateurs sur le site internet du musée. Pour l'utilisation en salles d'exposition, les données obtenues par des interviews, des observations et l'analyse des commentaires publiés sur l'application, montrent que l'application est plus attrayante pour les visiteurs de moins de 19 ans, et qu'en général, les utilisateurs commentent peu et suggèrent peu de modifications sur les localisations.

Dans un intéressant article de Cristina Locatelli, on mentionne que l'évaluation a démontré que les visiteurs s'attendent à utiliser un produit fini sanctionné par les experts du musée, et à avoir accès à une information géographique non équivoque. Ces résultats ont fait ressortir l'importance de mieux faire comprendre les objectifs et l'aspect de work in progress de l'application. L'évaluation a aussi confirmé que l'application avait bien le potentiel d'accroître chez  l'utilisateur le sentiment d'appartenance à un lieu, et le sentiment de pouvoir partager ses connaissances avec le grand public et enrichir les dossiers sur les collections du musée. L'évaluation a aussi démontré que l'application permet de créer un lien personnel avec l'oeuvre, de la regarder de plus près pour l'interpréter dans ses composantes spatiales.

Inspiration et application

Concurremment avec son  lancement, on a demandé à trois artistes d'explorer l'application et d'y jouer à sa guise. La première expérience, celle de l'artiste Nye Parry, est déjà disponible sur le blogue du projet. D'autre part, pour stimuler la participation des internautes et les aider dans leur utilisation, on lance des défis à l'onglet What's new? Le premier porte sur le mapping des oeuvres en rapport avec des endroits qui nous sont familiers (ArtMaps Challenge #1: Familiar Places).

Avec ArtMaps, les applications éducatives semblent immenses : des parcours didactiques en géographie, en histoire, en histoire de l'art, en arts visuels, sont les plus évidents. Mais on pourrait imaginer des études à partir des oeuvres et de leur géolocalisation, par exemple en sociologie, en architecture, en tourisme. C'est certainement une application à explorer, dont les riches possibilités pédagogiques, dans la classe comme en visite, restent à découvrir et à créer.  

Sources

Art Maps : http://www.tate.org.uk/about/projects/art-maps [consulté le 11 mars 2014]

Art Maps goes public, par Rebecca Sinker,  20 février 2014 : http://www.tate.org.uk/context-comment/blogs/art-maps-goes-public  [consulté le 11 mars 2014]

Thoughts on Space and Place in the ArtMaps project, par Nye Perry,  5 mars 2014, Blog Tate : http://www.tate.org.uk/context-comment/blogs/thoughts-on-space-and-place-artmaps-project [consulté le 11 mars 2014]

Art Maps Kiosks at Tate Britain – data analysis, par Cristina Locatelli, 17 décembre 2013 : http://www.tate.org.uk/context-comment/blogs/art-maps-kiosks-tate-britain-data-analysis [consulté le 11 mars 2014]

Images :  Captures d'écran de l'application ArtMaps : http://www.tate.org.uk/about/projects/art-maps

Photographie :  Application ArtMaps utilisée sur une tablette numérique par Francine Clément (CC BY-NC-ND 4.0)

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Jean-Marc Kiener
  • 14 mai 2014 à 03 h 03

Deux exemples en Français

Dans le même ordre d'idée - géolocaliser des oeuvres d'art - deux exemples avec Google Earth et StreetView : la Seine des impressionnistes et le New York d'Edward Hopper. Sur Voyages-Virtuels : http://www.voyages-virtuels.eu/voyages/arts/arts/exemples.html Cordialement.

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