Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Passionnés et partageurs ? Créez votre MOOC !

Créé le lundi 19 mai 2014  |  Mise à jour le mercredi 18 mai 2016

Passionnés et partageurs ? Créez votre MOOC !

Mélanie Bourdaa a réalisé le MOOC « Comprendre le Transmedia Storytelling », distribué sur la plateforme FUN de janvier à mars 2014. Ce MOOC a connu un grand succès, puisque plus de 6 500 personnes s’y sont inscrites et que 500 d’entre elles ont obtenu la certification finale.

Bien qu’il ait été produit et animé par une équipe académique et distribué sur la plateforme du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche, ce MOOC constituait un cours à part, à la fois par les objets auxquels il s’intéressait (séries télévisées, jeux vidéos, bandes dessinées…) et par le mode d’engagement proposé aux participants.

Nous avons interrogé M. Bourdaa pour comprendre comment ces deux dimensions se sont mutuellement nourries pour créer un MOOC qui ne soit pas un cours en ligne académique de plus, mais bien un produit au carrefour de la culture fan et de la culture digitale.

 

Mélanie Bourdaa, Aca-fan

Mélanie Bourdaa, d’où vous est venu ce goût pour la culture fan et les univers transmédia ?

Je suis une vraie fan ! Je me passionne notamment pour la série Battlestar Galactica sur laquelle j’ai travaillé pour ma thèse, Star Wars, et je collectionne pas mal de choses. Selon l’expression forgée par Henry Jenkins, je suis une « Aca-fan », une fan académique. J’ai en effet découvert les Media Studies à Oxford, au Royaume-Uni et j’ai décidé d’en faire ma spécialité. Je suis maintenant maître de conférence à Bordeaux Montaigne au département ISIC et attachée au laboratoire de recherche MICA.

Cette première incursion dans le monde des MOOCs vous a t-elle apporté des satisfactions ?

Oui, sans aucun doute. J’ai été incitée à faire ce MOOC par Didier Paquelin, le responsable du département ISIC. J’y suis allée sans savoir ce qui m’attendait …

Teaser du MOOC "Comprendre le Transmedia Storytelling" :


FUN-MOOC : Comprendre le Transmedia... par fr-universite-numerique

J’ai beaucoup aimé le fait de travailler en équipe, ce qui est bien différent de ce que vit d’ordinaire un enseignant chercheur ; j’ai également beaucoup apprécié les échanges avec la communauté des participants, et les productions réalisées par certains.

 

La culture fan au coeur du MOOC

Quels canaux de communication utilisiez-vous, dans cette communauté ?

Classiquement, nous avons ouvert une page Facebook pour diffuser les annonces. Twitter a été utilisé pour des conversations instantanées, des partages de liens. Nous avons également ouvert un Tumblr pour montrer d’une manière décalée les dessous de la conception du MOOC.

Mais l’essentiel de la richesse des interactions est apparu au travers des forums d’une part, du dispositif d’évaluation par les pairs d’autre part.

Vous avez été surprise par la qualité des travaux d’évaluation rendus ?

Oui, très agréablement. Les participants qui souhaitaient obtenir la certification finale devaient rendre au minimum 3 productions personnelles sur les 5 proposées, des extensions transmédias autour d’une série télévisée, d’un film ou d’une BD. Beaucoup se sont pris au jeu et ont proposé des créations de grande qualité. Au-delà de ça, j’ai été impressionnée par le sérieux apporté à évaluer les pairs, la qualité des commentaires et conseils, qui ont généré des échanges à long terme pour améliorer la qualité des productions.

Je suis étonnée de ce que vous dites car dans l’espace de votre MOOC sur FUN, je n’ai pas vu beaucoup d’échanges, ni de productions significatives…

Vous n’avez pas regardé au bon endroit ! Le forum de la plateforme FUN n’était pas assez élaboré pour ce que nous voulions faire, et nous avons donc migré sur forumactif (http://mooctransmedia.forumactif.org/). Les participants y ont déposé toutes leurs productions, pour les évaluations mais pas seulement.

Par exemple ?

Une prise de note collective s’organisait chaque semaine autour de la leçon hebdomadaire. Un participant a également réalisé une infographie par semaine pour résumer le cours.

Exemple d'infographie, réalisée par Franck Plasse, à retrouver dans l'album Facebook du cours :

Sur le wiki intégré à la plateforme FUN, un autre a dressé une liste ordonnée des films, séries, BD… évoqués dans le cours.

Globalement, nous avons vu se dessiner des dynamiques d’intelligence collective : chacun contribuait à un tout et se nourrissait des créations des autres. J’ai vu la qualité des productions monter au fil du cours, grâce à cette dynamique.

Pensez-vous que cette dynamique va perdurer au-delà du cours ?

Des relations se sont nouées, c’est certain. Un groupe s’est créé pour réfléchir à un scénario original et à une stratégie transmédia. Mais j’insiste sur le fait que la dynamique communautaire mise en place a d’abord servi l’apprentissage pendant le cours : ceux qui y ont participé ont appris plus et mieux qu’ils ne l’auraient fait seuls ; ils ont créé des objets qui ont directement bénéficié de l’émulation et de la bienveillance entre pairs .

Comment expliquez-vous que cette dynamique existe dans certains MOOCs et pas dans d’autres ?

Les raisons sont à chercher autant du côté des producteurs des MOOCs que de leurs participants. Certains cours en ligne massifs portent le nom de MOOCs mais à mes yeux, ils n’en sont pas car ils ne s’appuient pas sur la communauté des apprenants et n’encouragent pas ces derniers à créer des productions originales. Ce sont des cours en ligne classiques, transmissifs, qui visent la mémorisation de certaines connaissances, mais rien de plus. Les participants ne s’y impliquent pas forcément beaucoup, et c’est normal : les gens s’impliquent si vous leur donnez des occasions de s’impliquer !

10 jours avant le lancement du MOOC, nous avons proposé aux participants un jeu en réalité alternée (ARG), qui a très bien fonctionné. Les inscrits ont immédiatement compris quelle serait leur place dans ce MOOC : acteurs plutôt que spectateurs. Et c’est manifestement ce qu’une partie d’entre eux au moins recherchait. D’ailleurs, les semaines où nous ne leur proposions que des quiz et pas de création personnelle, beaucoup se plaignaient de n’avoir rien à faire !  

Et j’en arrive au deuxième aspect, la volonté d’implication des participants. Sur le MOOC Transmedia, nous avions une proportion importante de fans, de personnes passionnées par une série, une BD, ou la pop culture en général. Ceux-là se sont fortement impliqués, car ils ont appliqué au Mooc une dimension fondamentale de la fan culture : le partage pour en apprendre davantage sur ce qui passionne les membres de la communauté.

On constate effectivement que les fans sont prêts à faire d’importants efforts pour en savoir plus sur l’objet de leur passion. Vous pouvez nous en donner quelques exemples ?

Les producteurs de la série Lost ont répondu à cette attente de connaissances chez les fans de la série en créant la Lost University. Pour y entrer, il fallait répondre à des questions très difficiles sur la série. Ensuite, on pouvait suivre des cours, dispensés par des enseignants de l’UCLA, dans différentes disciplines liées aux contenus de la série : coréen, égyptologie, physique quantique, etc. A la fin de l’année 2013, le réseau média AMC a proposé en collaboration avec l'université de Californie à Irvine, un MOOC à partir de la série The Walking Dead, avec des cours d’épidémiologie, de gestion du stress, de sociologie...en cas d’attaque de zombies !

 

Quand les fans créent leur MOOC

On voit aussi des communautés de fans créer leurs propres cours. L’exemple le plus célèbre est lié à Harry Potter…

Absolument. La Harry Potter Alliance créée par des fans de Harry Potter favorise l’activisme et l’engagement civique des fans. Elle encourage les fans à se saisir de la fiction et à la transposer dans le monde réel pour résoudre des problèmes et aider des causes caritatives de leur choix (Voir ici un entretien mené par Mélanie Bourdaa avec le co-fondateur de l’Alliance sur cet activisme). Les fans de Harry Potter sont donc très actifs et créatifs.

D’ailleurs très récemment s’est ouvert un MOOC Harry Potter (Hogwarts is here), sur une plateforme magnifique, créée par les fans eux-mêmes. C’est un Mooc en immersion complète dans l’univers d’Harry Potter : chaque participant se retrouve élève à Poudlard (Hogwarts en anglais), doit choisir sa « maison » (Griffondor, Poufsouffle, Serdaigle, Serpentard) et suivra les mêmes cours que dans les livres : lutte contre les forces du mal, botanique, potions, métamorphose... Par ailleurs, ils ont aussi la possibilité de créer leurs propres fan fictions (créations écrites en extension à l’oeuvre originale), qui seront mises à disposition de tous dans la « bibliothèque » de Poudlard.

Récemment en France s’est ouvert un MOOC consacré à « My Little Pony », encore un MOOC de fans…

Un Mooc d’étudiants plutôt, mais peut-être sont-ils des « etu-fans », pour parodier Jenkins ! Laurence Allard, enseignante en info-com à l’Université Lille 3 a en effet encouragé la création de MOOCs par les étudiants, sur des sujets liés à la culture populaire, au digital et au transmédia.

Tout le monde (ou presque) est donc habilité à créer des Moocs, pas seulement des enseignants et des « experts » ?

Tous ceux qui maîtrisent bien un sujet peuvent le partager et faire croître le niveau de connaissance au travers d’un MOOC. Le MOOC n’est pas réservé au monde académique, pas du tout ! C’est un produit communautaire et digital.

 

Les dispositifs transmédias en éducation

La culture fan se prête particulièrement bien aux Moocs car elle se caractérise par l’existence de communautés, une pratique systématique du partage et un fort goût pour la création collective. Le partage et la création collective sont largement encouragés par les dispositifs transmédias, qui sont d’ailleurs utilisés depuis longtemps dans le monde éducatif.

Je pense notamment au dispositif « Robot heart stories », qui a impliqué des élèves d’écoles situés dans des quartiers défavorisés de Montréal et de Los Angeles. Le scénario était le suivant : un petit robot avait écrasé son vaisseau à Montréal. Il devait se rendre à Los Angeles pour récupérer un nouveau vaisseau et reprendre son voyage.

Le robot se déplaçait physiquement de ville en ville entre Montréal et Los Angeles. Chaque étape était l’occasion de nouveaux apprentissages en géographie, histoire, langues vivantes, etc. pour les élèves. Des photos du périple étaient postées sur Instagram et Facebook. Les élèves étaient aussi invités à poster leurs dessins sur Pinterest. Plus il y avait de dessins, plus le robot gagnait de points d’énergie et pouvait avancer ! (voir ici un compte-rendu complet du projet, en anglais).

Donc, vous encouragez la création de Moocs et plus globalement, de dispositifs transmedias pour apprendre ?

Oui, bien sûr. Des dispositifs magnifiques sont nés de la passion et de l’envie de partager. Il ne faut surtout pas raisonner dans le seul cadre académique. Si vous connaissez bien un sujet, avez envie de partager cette connaissance et de la voir grandir, foncez !

Références : 
 
 
M. Bourdaa a créé le GREF (Groupe de Recherche et d'Etudes sur les fans) : http://etudesfans.wordpress.com/
 
Mélanie Bourdaa sur Twitter : @melaniebourdaa
 
Présentation du MOOC "Comprendre le Transmedia Storytelling" sur FUN : https://www.france-universite-numerique-mooc.fr/courses/Bordeaux3/07001/Trimestre_1_2014/about?xtor=AL-3 
 
Bourdaa, Mélanie. "Retour sur l’ARG du Mooc Transmedia | Narration augmentée." Culture Visuelle | Média social d'enseignement et de recherche. 1er mars 2014. http://culturevisuelle.org/narration/archives/11.
 
PEDAGOFORM. "PEDAGOGIE ET MOOC : INTERVIEW DE MELANIE BOURDAA." 29 avril 2014. http://www.pedagoform-formation-professionnelle.com/2014/04/pedagogie-et-mooc-interview-de-melanie-bourdaa.html.

Illustrations :

Photo de Mélanie Bourdaa, avec son aimable autorisation

Teaser du MOOC "Comprendre le Transmedia Storytelling", FUN

Capture d'écran de la plateforme "Hogwarts is here" (Hogwarts school of Witchcraft and wizardry)

Capture d'écran de la page d'accueil du site « Robot heart stories ».

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Commentaires

1 commentaire

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  • Alain Astouric
  • 30 mai 2014 à 12 h 12

Conditions de réussite

Liste des conditions de réussite d'un MOOC http://astouric.icioula.org/

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