Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

MOOC et serious game : nous y sommes

Créé le dimanche 26 octobre 2014  |  Mise à jour le mercredi 26 novembre 2014

MOOC et serious game : nous y sommes

On le sait, les MOOC pullulent désormais sur la Toile. La tendance n'est pas près de s'essouffler, pour le meilleur et pour le pire. Toutefois, après quelques années d'existence, le phénomène MOOC semble prêt pour un renouveau. Parce que, de l'avis de certaines personnes, beaucoup de ces cours ne semblent être que des cours magistraux 2.0 avec de la vidéo et des questionnaires. Ce qui peut plaire à certains publics, mais qui est de moins en moins attrayant pour d'autres qui considèrent que cette façon d'apprendre est désuète.

Parmi ceux qui ont entendu l'appel du changement de la part des apprenants, il y a l'IFP School, une école d'application spécialisée dans les énergies hydrocarbures, entre autres. Leur premier MOOC, en anglais, qui s'amorcera le 3 novembre 2014 (les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 16 novembre) se servira, pour évaluer les étudiants, des jeux sérieux.

Évaluer via les jeux

Des jeux pour évaluer ce qui a été appris précédemment dans la semaine? Ça peut sembler farfelu mais, pour un des responsables de ce nouveau MOOC avec qui nous nous sommes entretenus, Olivier Bernaert, c'était la solution la plus pragmatique pour les enseignants. Les étudiants de l'IFP étant déjà des ingénieurs en quête de spécialisation dans le domaine énergétique, il leur fallait plus qu'un simple cours magistral. Les concepteurs ont donc opté pour une simulation présentant des infrastructures et des problématiques propres à cet univers professionnel. 

Ainsi, le MOOC qui se déroulera sur 4 semaines comprendra 3 jeux qui seront toujours joués par le même avatar créé par l'apprenant. Le premier jeu se passera en 2 parties. Il y a tout d'abord un questionnaire conventionnel qui permet de ramasser des pièces, mais c'est la suite qui est intéressante. Le joueur se retrouvera aux commandes d'une raffinerie virtuelle. Il lui faudra alors répondre aux demandes en carburant tout en produisant le moins de dioxyde de carbone possible. Une commande complexe mais heureusement le joueur peut avoir accès à des indices grâce aux pièces accumulées. Le deuxième jeu est un véritable banc d'essai où les joueurs devront identifier des carburants à partir des caractéristiques de chacun et voir leurs effets sur un moteur. Un jeu simple, mais très plaisant et reproduisant des véritables éléments d'un banc d'essai. Là encore, chaque bonne identification ajoute des pièces (points) qui permettront au personnel enseignant de voir ce qui a été compris ou pas par les étudiants.

Enfin, le dernier jeu implique des essais routiers. Il faudra choisir un véhicule et un carburant en fonction de l'objectif à atteindre. Il sera demandé lors des deux premières tentatives de trouver la combinaison la plus et la moins polluante. Plus ardu, le troisième test exigera un agencement qui respecte les normes européennes en matière de CO2. En plus, dans certains des jeux, sont présentés vidéos et animations supplémentaires qui agrémentent le contenu déjà offert dans le cours.

La génération 2.0 du MOOC ?

Sur le site du MOOC, on parle littéralement de « MOOC deuxième génération ». Pour Olivier Bernaert, l'appellation est peut-être un peu forte, mais il croit que ce type de MOOC sera de plus en plus présent dans le paysage européen et mondial. Déjà, parce qu'ils auront un réel intérêt autant pour les étudiants à l'intérieur qu'à l'extérieur des murs de l'école, particulièrement chez les plus jeunes qui ont une plus grande tendance à délaisser les MOOC quand ils deviennent répétitifs. La proposition formation + serious game pourrait conduire à la certification / attestation finale un nombre supérieur de participants que celui qui est la norme actuellement.

Évidemment, intégrer un serious game à un MOOC implique un coût supplémentaire. Surtout quand la plateforme de base (préparée par Unow) n'a pas été conçue pour cela. Pour l'IFP, la facture fut de 25 000 euros. Une coquette somme, mais qui n'est rien comparée au prix de certains serious games corporates qui avoisinent les 100 000 euros et plus. Pour monsieur Bernaert, cela s'explique par le fait que les professeurs de l'IFP avaient déjà bâti le story-board des 3 jeux. Il ne restait à la société aPi Learning qui a développé le serious game qu'à créer les visuels et à programmer les différents éléments des jeux pour l'intégrer à la plateforme du MOOC et au LMS de l'école. De plus, la patte graphique des jeux est plutôt celle d'une bande dessinée, ce qui coûte moins cher à produire que des graphismes réalistes. Pour l'IFP, toutefois, le but n'était pas nécessairement d'économiser, mais d'offrir des jeux assez légers pour qu'ils se jouent aisément sur des appareils mobiles comme des tablettes et aussi pour ne pas défavoriser les étudiants provenant de pays ou de régions où la bande passante est moins rapide.

Maintenant, il reste à savoir ce qu'en diront les apprenants qui commenceront sous peu leur formation. Le 24 octobre dernier, ils étaient déjà 1900 inscrits, dont 40 % venaient de l'extérieur du territoire français. Il sera donc captivant de voir les comptes-rendus de ces étudiants dans les prochains mois. Des rétroactions qui seront très importantes puisqu'elles pourraient mener à un tournant du MOOC en Europe. L'ère du MOOC ludique ? Voilà un futur très intéressant qu'il sera nécessaire de suivre.

Références :

MOOC IFP School. "Sustainable mobility: technical and environmental challenges for the automotive sector." Consulté le 24 octobre 2014. http://mooc.sustainable-mobility.ifp-school.com/.

IFP School. "Un serious game dans le 1er MOOC d’IFP School." Dernière mise à jour : Septembre 2014. http://www.ifp-school.com/jcms/r_11996/fr/newsletter-n23?usage=full&content=brief.

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