Par Sandrine Demarthe  | s.demarthe@cursus.edu

Résister à la pression : allo monde cruel !

Créé le mardi 13 janvier 2015  |  Mise à jour le lundi 19 janvier 2015

Résister à la pression : allo monde cruel ! illustration : Palagret, trompe l’œil à Paris, Flickr

Plus que jamais l’homme exprime son aspiration à la liberté dont il revendique le droit avec vigueur.

En témoignent les multiples commentaires liés aux évènements tragiques survenus en France, les rassemblements, les appels à la mobilisation et aussi les dessins qui déferlent sur les réseaux sociaux.

Il est possible de résister

Face aux diktats d’un monde gouverné par une consommation effrénée où se creusent toujours plus les écarts, dans une atmosphère délibérément anxiogène où l’on soumet chacun à des exigences toujours plus grandes, dans un climat politique, économique, écologique délétère, il est pourtant possible de résister.

Retrouver un temps pour soi

Création, spiritualité dans son acception littéraire dénuée de tout endoctrinement, mais aussi formation peuvent redonner à chacun un temps pour soi et, dès lors, une voie d’accès à la liberté et, par là-même, à une meilleure relation à l’autre.

Ce sont donc plusieurs voies qui, heureusement, s’ouvrent à nous pour faire face à un monde cruel.

Créer, respirer, bouger

Bernard Maris, dans un entretien publié dans le numéro 75 de la revue Cassandre/Horschamp, nous propose une piste en nous rappelant l’importance du rôle des «cigales», de l’artiste au sens large, et la nécessité de libérer du temps à chacun pour exprimer pleinement sa créativité. «C’est l’art, l’invention, la pensée qui fournissent notre oxygène.»  Et en chacun sommeille une «fibre artistique et découvreuse»  dont les réalisations pourront être source de libération pour les autres, d’ouverture au monde et permettre peut-être une meilleure appréhension de ce dernier. On peut imaginer lutter ainsi contre l’individualisation : disposer de plus de temps pour soi pour éveiller sa propre réflexion sur le monde mais aussi pour une meilleure qualité dans sa relation à l’autre.

Ce que d’autres prônent à travers la pratique de la méditation, fondée sur une attention pleine et entière à notre souffle respiratoire, nous rappelant sa valeur fondamentale et par là-même, la fragilité de notre existence. Petite leçon d’humilité face aux délires de puissance et d’oppression de certains. On pourra se référer à des personnalités comme le psychiatre Christophe André, le philosophe et écrivain Fabrice Midal ou encore le moine bouddhiste Thich Nhat Hanh.

Il est possible alors de prendre de la distance face aux assauts de tout genre, qu’ils soient médiatiques, politiques ou économiques, face aux sollicitations commerciales, aux altercations sociales, aux exigences de rentabilité et de productivité.

Réagir par la création, la méditation ou encore le sport, toute activité qui ramène chacun un temps à soi pour mieux s’accorder à l’autre.

La formation pour échapper, pour s’échapper

Nous former toujours et encore peut être une autre clef pour construire notre autodéfense, épaulés par la vigilance et la sagacité de formateurs ou d’analystes qui portent un regard éclairé sur notre monde, dans des établissements d’enseignement et, au-delà, à travers la lecture ou l’écoute, au moyen des médias à notre disposition.

Développer l’esprit critique

Il est important de souligner le rôle de l’enseignant, du formateur, de l’éducateur en somme et, en premier lieu du parent, dans la construction de l’esprit critique dès le plus jeune âge, rempart contre les agressions, les soumissions, les dérives sectaires et fanatiques.

Les programmes scolaires français de 2008 font d’ailleurs référence à ce point. On peut ainsi lire, sur la page du site eduscol consacrée à l’enseignement des sciences, que « (…) selon l’esprit de la Main à la pâte (…) les connaissances et les compétences sont acquises dans le cadre d'une démarche d'investigation qui développe la curiosité, la créativité, l'esprit critique et l'intérêt pour le progrès scientifique et technique ».

La Fondation La Main à la pâte en effet, par sa « pédagogie d’investigation permettant de stimuler chez les élèves esprit scientifique, compréhension du monde et capacités d’expression », en est un exemple de mise en œuvre. Sa démarche pédagogique est énoncée en 10 points dont le deuxième précise que «au cours de leurs investigations, les enfants argumentent et raisonnent, mettent en commun et discutent leurs idées et leurs résultats, construisent leurs connaissances, une activité purement manuelle ne suffisant pas».

On peut donc espérer que malgré la lourdeur des programmes à enseigner, il reste un temps pour développer cet esprit critique. Et qu’il ne faille pas attendre un évènement terrible comme celui du 7 janvier pour confronter ses élèves à la lecture, l’analyse et le décryptage des images qui nous entourent, et qui sont souvent si mal interprétées.

C’est à cela qu’œuvre le CLEMI en éduquant aux médias et à l’information dans l’ensemble du système éducatif français. Ouvrir ainsi le dialogue pour permettre à chacun de se protéger mais aussi pour désamorcer la violence que génère l’incompréhension.

Car c’est bien là que se situe le rôle de l’éducation dont l’étymologie nous rappelle que le mot vient du latin educare signifiant « élever, instruire » dérivé de educere qui signifie « faire sortir, mettre dehors » lui-même composé de ducere (conduire, mener) et du préfixe ex (en dehors).

S’agirait-t-il alors de conduire chacun en dehors de soi, de ses représentations premières et de ses préjugés alimentés par des images et des mots qu’il ne comprend pas ? Sans doute, si comme l’écrit Sylvain Bouyer dans son article dans la revue de philosophie et de sciences humaines le portique , «l’éducation vraie ne saurait aboutir qu’à l’existence d’une personnalité libre».

À nous tous donc, que nous soyons formateurs de tous horizons, veilleurs, passeurs d’informations, chercheurs, penseurs, artistes…, de participer chaque jour à cette belle entreprise de libération de l’homme.

À chacun aussi de se lancer dans cette aventure de reconquête personnelle pleine et entière, en choisissant la voie qui lui convient le mieux.

illustration : licence CC Palagret

Références :

Entretien avec Bernard Maris dans la revue Cassandre/Horschamp : http://linsatiable.org/spip.php?article904

eduscol, portail national des professionnels de l’éducation : http://eduscol.education.fr/cid46920/enseigner-les-sciences-technologie-ecole.html

Fondation la main à la pâte : http://www.fondation-lamap.org/fr/page/91/presentation

CLEMI – Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information : http://www.clemi.org/fr/

À quoi sert la pleine conscience ? http://www.lexpress.fr/styles/psycho/meditation-a-quoi-sert-la-pleine-conscience_1314661.html

Le portique, revue de philosophie et de sciences humaines : http://leportique.revues.org/269 et sur cursus.edu : http://cursus.edu/institutions-formations-ressources/formation/16031/portique-une-revue-philosophie-sciences-humaines

Refuser les diktats du « libre marché » avec Manon des Ruisseaux : http://www.liberte-expression.fr/refuser-les-diktats-du-libre-marche-avec-manon-des-ruisseaux/

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Commentaires

1 commentaire

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  • Demarthe
  • 21 janvier 2015 à 08 h 08

un autre monde

Beaucoup de thèmes à développer dans cet article, et les moyens pour arriver à cette liberté "d'être" ne sont pas faciles à atteindre .C'est tout une autre philosophie de vie qui est à proposer à nos enfants. Cherchons la petite lueur d'espérance.

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