Par Élodie Lestonat  | e.lestonat@cursus.edu

L’enfer, c’est les autres ! - comment réagir à nos collègues les plus pénibles ?

Créé le dimanche 18 janvier 2015  |  Mise à jour le mercredi 18 février 2015

L’enfer, c’est les autres ! - comment réagir à nos collègues les plus pénibles ?

La phrase de Sartre largement étudiée en cours de philosophie mériterait d’avoir sa place dans tout enseignement de management des ressources humaines.

En effet, elle nécessite de reconsidérer notre positionnement dans nos rapports humains afin d’analyser notre environnement et de mieux l’interpréter. Mais tout d’abord qui sont ceux qui nous empoisonnent l’existence dans l’entreprise (qu’elle soit privée ou publique ?)

Etape 1 : Connaitre ceux qui composent notre environnement

L’article de Fredie Frieman paru dans le Huffington Post dresse une galerie de 9 profils de collègues particulièrement éprouvants pour nos nerfs. Mais où est le 10ème ? Serait-ce nous-même ? L’auteur nous dépeint les traits de caractère les plus marquants de nos collègues les plus pénibles et nous propose quelques armes pour les affronter.

Mais pourrons-nous dès lundi matin contrer les assauts de Nicole surnommée Tyrannosaure ou de Benjamin, alias Monsieur je-sais-tout ? Soyons honnêtes : l’art du discours est une discipline compliquée et le sens de la répartie n’est pas l’apanage du plus grand nombre.

L’intérêt de la série de portraits types de collègues de Fredie Frieman et celle des managers de François Bert du Cabinet Edelweiss RH est de partir d’une situation observable de tous, de mettre des mots sur des caractères connus afin de mieux les analyser et de s’en accommoder. D’autant que ces portraits dessinés à grand traits ont l’avantage de nous faire sourire et de nous envoyer un signal des plus rassurants : non vous n’êtes pas seuls à les supporter !

 

Mais passé ce moment convivial, comment agir -ou pas- sur nos collègues ?

Etape 2 Prendre conscience de nous-mêmes

La citation de Sartre n’est pas limitée à une critique de l’autre comme cause de nos maux. L’auteur explique dans un enregistrement  la dimension qu’il convient de donner à la phrase souvent galvaudée de «L’enfer, c’est les autres» que l’on trouve dans sa pièce Huis Clos.

«Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont, au fond, ce qu’il y a de plus important en nous, même pour la propre connaissance de nous-mêmes. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres nous ont donnés de nous juger. Quoi que je dise sur moi, quoi que je sente de moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Je veux dire que si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui et alors en effet je suis en enfer. Il existe quantité de gens qui sont en enfer parce qu’ils dépendent du jugement d’autrui».

 

Rappelons donc le rôle de chacun dans les relations qui se nouent et n’oublions pas de dresser le 10ème portrait : celui de nous-même dans notre rapport avec nos collègues ! Et ce portrait s’inspire lui-même des profils que nous fuyons.

Cette étape est rarement développée dans les formations RH, que ce soit dans le cadre de la gestion de conflits que du management d’équipe, voire de la gestion de projet. Ceci s’explique tout d’abord par la complexité de l’analyse psychologique, plus encore lorsque nous sommes le personnage de l’étude. De plus, notre fonction dans l’entreprise va de pair avec l’impossibilité de jouer notre propre rôle et à tomber le masque. D’autant que les sessions de formation sont l’occasion de retrouver ces mêmes collègues. L’entreprise a ses codes : se dévoiler, c’est afficher ses faiblesses et le petit monde cruel des bureaux a tôt fait de nous faire mordre la poussière.

On peut alors s’intéresser à ce que cette étape soit davantage étudiée dans le cadre des parcours de formation des étudiants. Elle serait un élément facilitateur de leur intégration dans l’entreprise et de la construction de leurs rapports de travail. Si les compétences comportementales sont appréciées des recruteurs, il est donc nécessaire de les construire avec les acteurs de demain.

Etape 3 Apprendre à gérer les relations humaines en jouant

L’idée est déjà largement empruntée dans de nombreux modules de formation. Le jeu de rôle permet une mise en situation et l’acquisition de réflexes dans des situations types. L’article de Fredie Frieman permet de s’intéresser à des situations spécifiques où l’espace peut être  une solution à un rapport compliqué.

Ainsi, comment se placer dans le couloir dans lequel «la pipelette» vous a coincée, éviter les regards goguenards des autres collègues et préparer sa sortie de terrain ? Quelle posture adopter face au «râleur par mail» que vous choisissez d’affronter en face à face ? Quel mantra ou image mentale pouvez-vous appeler pour vous évader des attaques du «tyran du bureau» ? L’atout de jeu de rôle en formation est d’autoriser l’erreur, de corriger les défauts et de faciliter la mémorisation grâce à une immersion encadrée.

Il est donc utile que les serious game développent davantage de scénarii permettant de se confronter à des situations variées et proches de la réalité. Plus encore, les simulations utilisant les techniques immersives et interactives en 3D et temps réel pourraient révolutionner la formation professionnelle et agir sur la capacité des individus à mieux comprendre et agir sur leurs rapports et situations au travail.

 Illustration : Cacatlin Petolea, Shutterstock

Références

Frieman, Richie. "Les 9 Collègues Les Plus Pénibles (et Comment Les Supporter) | Richie Frieman." Le Huffington Post. Date de parution 24 septembre 2013. http://www.huffingtonpost.fr/richie-frieman/les-9-collegues-les-plus-penibles_b_3980076.html.

"Le Chef Rigide Et "Monsieur Je Sais Tout"." Widoobiz. Date de consultation 18 janvier 2015. http://www.widoobiz.com/l-entrepreneur-pratique/rh-social/le-chef-rigide-et-monsieur-je-sais-tout/41717

"NØØPédagogie." NØØMUSEUM. . Date de consultation 18 janvier 2015 http://www.noomuseum.net/noopedagogie.html

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Obers
  • 5 mars 2015 à 10 h 10

édifiant

passionnant, notamment la finesse d'analyse du professionnel interviewé Merci.

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