Par Yasmine Kasbi  | y.kasbi@cursus.edu

L’usage des mondes virtuels en pédagogie

Créé le mardi 8 septembre 2015  |  Mise à jour le mercredi 14 octobre 2015

L’usage des mondes virtuels en pédagogie

Depuis 2010, Sébastien Simao, professeur de mathématiques au Collège l’Estaque à Marseille, fait usage des mondes virtuels dans le cadre de ses cours dont nous vous avions déjà présenté son projet, il y a quelques années. Nous l’avons contacté pour savoir ce qu’il en est aujourd’hui. Quels sont les progrès et évolutions depuis ce temps ?

Qui dit nouvelle année scolaire, dit nouveaux projets et continuité dans le changement, comme il aime dire.

En effet, le monde virtuel, créé par les premiers élèves, s’enrichit au fil des ans par la continuité des nouveaux élèves. Les deux premières années ont été consacrées à la création de l’ile Planier et son phare, située au large de Marseille, avec sa flore et sa faune sous-marine. Les deux années suivantes ont été consacrées à l’architecture pour la reproduction virtuelle en 3D du Collège de l’Estaque, tandis que l’an passé s’est porté plus spécifiquement par l’impression 3D des projets déjà réalisés ainsi que des figures simples réalisées dans un premier temps en 2D à l’aide de Geogebra, un logiciel de math multi-plateformes pour être extrudées en 3D par la suite.

La nouvelle année scolaire

Enseignant en 5ème année, Sébastien Simao voit arriver chaque année de nouveaux élèves, les projets réalisés par les anciens élèves continuent alors mais sous de nouvelles bases.

Pour cette année, les élèves travailleront sur différents axes transversaux : la communication par internet, l’infographie 2D, la construction 3D, l’impression 3D et la programmation avec initiation pour chacun des 4 domaines. Après quoi, les élèves se spécialiseront dans le domaine de leur choix. L’élève devra s’impliquer en-dehors des cours et/ou à distance avec son professeur, notamment sur OpenSim.

Les plus-values par rapport à un enseignement classique

Je trouve qu'Opensim est un moteur de monde virtuel libre 3D très bien adapté à l'enseignement. Il permet de valoriser le travail de groupe, de différencier et d'aborder de nombreuses tâches complexes et transversales. (Voir les liens en fin d’article)

Grand fervent des mondes virtuels et adepte à l’éducation par le plaisir, il est beaucoup plus facile de mettre en place des projets dans des domaines que l'on apprécie pour transmettre les connaissances aux élèves que dans un cadre trop rigide et imposé. Je ne pense pas que cette solution soit universelle,  néanmoins, c’est la mienne. A chacun de trouver sa voie, la diversité fait la beauté de notre métier d’enseignant.

 

Plus-values et moins-values

Quand on utilise les mondes virtuels sur le réseau local du collège, l'apport social est assez faible même si, rapidement, les élèves adhèrent car ils retrouvent un environnement ludique qu'ils connaissent déjà au travers des jeux vidéo.

La façon dont les élèves travaillent en-dehors de la classe est radicalement modifiée par le biais de leur avatar et la pratique du chat permet à certains, plus timides, de mieux se dévoiler. Le professeur est, quant à lui, désacralisé et devient un intervenant au même titre que les élèves si ce n’est qu’il est plus expert.

Des groupes de travail se créent naturellement et chacun est fier de montrer les domaines qu’il maîtrise à ses condisciples.

Il est cependant essentiel de bien fixer les règles et d’encadrer les élèves pour éviter les dispersions possibles que peut entrainer les mondes virtuels où tout est envisageable.


Q
u'en est-il des anciens élèves ? Ils continuent ou abandonnent le projet ?

C'est assez dur de motiver des élèves à continuer sur des projets en ne les ayant plus en classe. Toutefois il n'est pas rare que je rencontre quelques nostalgiques qui reviennent poursuivre leurs œuvres ou aider les nouveaux élèves dans leur travail à distance.

Soutien et collaboration

Dès lors qu’un projet est bien ficelé et présente un intérêt pédagogique, il n’y a aucune difficulté à ce qu’il soit accepté et soutenu par la direction d’autant plus que les projets à vocation numériques sont de plus en plus encouragés.

Pour ce qui est de la collaboration avec des collègues, il est très faible. Non pas par un manque de motivation mais ce projet n’est intégré au programme qu’à raison d’une heure par semaine. Il est par conséquent difficile de motiver d'autres professeurs à s’y joindre d’autant plus que le domaine ne fait pas partie de leurs champs de compétence.

Cependant, cela risque de changer l'année prochaine avec l'apparition des nouveaux programmes au collège en France concernant les nouvelles réformes, notamment l’EPI (Enseignement Pratique Interdisciplinaires) à raison de trois heures par semaine prévus. Mon projet pour cette année est déjà compatible EPI puisqu’il intègre différentes disciplines comme l'art plastique, la technologie, le français et les sciences physiques.

Par ailleurs j'échange à distance avec d'autres professeurs travaillant dans le même environnement : un professeur de biologie en Guadeloupe, un professeur d’histoire et géographie à la Réunion, un professeur d’arts plastiques à la Ciotat et certains de nos élèves se sont même croisés. De plus, ce n'est pas un monde fermé et d'autres rencontres influencent nos travaux : artistes, programmeurs ...  

Y a-t-il des enseignants complètement contre les mondes virtuels et pourquoi ?

Je n'en connais pas beaucoup  dans mon entourage, mais je pense que si certaines personnes sont contre, c’est uniquement par ignorance ou par peur de voir leur enseignement se diluer dans un environnement ludique. Il faut alors simplement leur expliquer les méthodes de travail à adopter et le but pédagogique pour les rassurer.

Il reste toutefois un argument dur à contrer c'est l'importance de l’investissement horaire sur le projet, c'est pour cela qu'il faut prendre un grand plaisir à le faire.  

Comment se former pour enseigner dans un monde virtuel ?

Dans mon académie on m'avait proposé d'animer une formation mais finalement l'idée ne s'est pas concrétisée. Toutefois il n'est pas rare que j'aide en ligne des professeurs à monter leur projet sur la Francogrid. Par ce biais, par mail ou réseaux sociaux, n’hésitez pas à me contacter en cas de besoin.

Aussi, Internet ne manque pas de ressources et certaines de mes idées pour le projet de cette année m’ont été en grande partie inspirées par le Mooc sur Fun « Fabrication numérique » de Baptiste Gaultier et du cours sur Openclassrooms sur le langage Python. Les tutoriels sur Opensim ne manquent pas.

Ressources

- Math à l’Estaque : Projet 2015-2016- Idées de pédagogie dans un monde virtuel
http://maths-simao.fr/?p=611

- Mondes virtuels et éducation - Mr Simao
http://fr.scribd.com/doc/57310856/Education-et-Mondes-Virtuels#scribd

- Francogrid - Tutoriel Opensim
http://francogrid.org/

- OpenClassroom - Tout sur l'OpenSim
https://openclassrooms.com/courses/tout-sur-l-opensim

- Contacter Sébastien Simao : maths.simao@gmail.com ou sur Twitter : @maths_estak

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Sébastien Simao
  • 15 octobre 2015 à 14 h 02

Infos supplémentaires

Cet article a été réalisé en début d'année scolaire. il y a des modifications sympathiques au projet de cette année : on travaille finalement à trois professeurs ( maths, histoire géo, arts plastiques ) sur un projet autour du port autonome de Marseille ( modélisation 3d dans opensim, échanges commerciaux, et réalisation d'un film par les élèves dans le port qui nous a ouvert ses portes ) .

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