Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Mieux diriger grâce aux données

Créé le dimanche 6 décembre 2015  |  Mise à jour le jeudi 28 janvier 2016

Mieux diriger grâce aux données

Notre monde carbure aux données. Avec Internet nous avons créé un océan d'informations qui peuvent maintenant être analysées et décortiquées de manière à pouvoir nous proposer des marchandises pour nous plaire ou créer des services dont nous pensions être les seuls à en rêver.

Or, les données ne servent pas toujours à des fins mercantiles. En effet, il peut y avoir une base saine à colliger les informations en lien avec son milieu afin de l'améliorer. Jean-Pierre Veran de Mediapart a d'ailleurs retrouvé récemment un document fort intéressant de l'Université de Montréal publié en 2012 : « Des données pour diriger – Utiliser ou produire des données et prendre des bonnes décisions ». Une publication qui donnait les outils pour que les directions d'école en milieu défavorisé puissent prendre connaissance de la situation et améliorer la qualité de vie et d'éducation.

Les données plutôt que les perceptions

Le document de Jean Archambault et France Dumais rappelle qu'un des dangers de diriger sans avoir les véritables données est de prendre des décisions sur des perceptions et des idées reçues. Une approche risquée car elle peut mener à un sentiment de défaitisme qui rejaillit sur l'ensemble des élèves. Facile de se dire qu'une école est dans un mauvais quartier et que rien ne peut s'améliorer. Or, avec les données, il est plus aisé de dénicher les points faibles et forts d'une école.

Les auteurs notent quatre type d'informations à collecter :

  • les données de contexte comme celle sociodémographiques (milieu de vie, école et quartier, portraits des élèves, parents et professeurs), de financement, de ressources, de matériel et d'infrastructure;
     
  • les données d'opération qui concernent la vision de l'école, les programmes offerts, les politiques, les stratégies, la culture d'organisation, etc.;
     
  • les données de perception, c'est-à-dire les valeurs, les croyances, les opinions ou les motivations;
     
  • les résultats d'élèves à leurs examens, à leur attitude dans leur cheminement et les réussites ou échecs financiers de l'établissement.
     

Beaucoup noteront que la plupart de ces données sont donc de nature qualitative. Il faudra donc que la direction les prennent à partir de groupes de discussion, de questionnaires, d'échantillons de travaux, de comptes rendus et autres sources pertinentes comme des études régionales ou nationales sur ces sujets. Les témoignages et l'implication des parents est aussi souhaitable.

Évidemment, pour avoir un plus grand éventail de données, elle peut demander à l'équipe pédagogique de recueillir des faits dès la rentrée (absentéisme, comportements en classe ou en service de garde, production ou non de devoirs, etc.).

Toutes ces informations doivent, pour être utilisables et crédibles, répondrent à 4 critères; elles doivent être

  • complètes,
  • constantes,
  • comparables et
  • ne doivent pas cacher une réalité.
     

Attention toutefois quand vient le moment de les analyser de ne pas confondre corrélations entre deux types de données et causalités. Par exemple, des études démontrent le lien entre enfants provenant de milieux défavorisés et problèmes de comportement. Or, est-ce pour autant que la pauvreté cause de la violence? Pas vraiment; il peut y avoir bien d'autres facteurs additionnels qui jouent.

Mettre les données à notre service

Une fois toutes ces données amassées, elles doivent servir pour que se développe une solution aux problématiques notées. Le rapport suggère que les propositions des directions empruntent la voie SMART. L'objectif doit être Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et qu'il s'inscrive dans le Temps avec une fréquence ou une échéance précise.

Par la suite, il est adopté et mis à l'épreuve. Évidemment, il devra être ajusté en fonction des situations positives et négatives qui se produisent. Le processus de prise de données recommence après la période dédiée pour voir si la problématique est réglée. Sinon, il faut voir ce qui n'a pas fonctionné, ajuster et recommencer.

Il y a toutefois un danger avec cette approche des données : qu'elles servent à soutenir les préjugés déjà présents dans le milieu. Au contraire, un bon usage vise à désamorcer ceux-ci afin d'obtenir un portrait plus juste et moins sombre. Cette approche n'est pas facile à faire, elle demande du temps et de l'énergie de tout le monde – de la direction aux surveillants des cours d'école – pour être efficace.

Néanmoins, en ayant connaissance de la réalité d'un établissement, les directions peuvent prendre des solutions bien mieux adaptées à leur milieu.

Illustration : PathDoc, shutterstock

Référence

Veran, Jean-Pierre. "Diriger L’école à Partir De Données : Quels Principes De Gouvernance ? | Blog." Club De Mediapart. Dernière mise à jour : 27 octobre 2015. https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/271015/diriger-l-ecole-partir-de-donnees-quels-principes-de-gouvernance.

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