Par Frédéric Duriez  | f.duriez@cursus.edu

La foire aux options

Créé le lundi 22 février 2016  |  Mise à jour le lundi 7 mars 2016

La foire aux options

L'établissement que ma fille fréquentera l'an prochain ouvre ses portes. Nous avons écouté le mot d'accueil, la présentation des projets pédagogiques et des sorties prévues. Les parents ont posé quelques questions.

Mais surtout, des professeurs nous ont présenté les options qu'ils pensent animer l'an prochain. Les jeunes apprenants auront des mathématiques, des langues, du français, des sciences,... On leur propose de choisir une ou deux autres disciplines.

Faîre du sport et bouger !

Le professeur de sport commence. "Vos enfants, nous dit-il, vont passer des heures assis dans des classes, et sans doute encore plus devant les écrans..." Pourquoi voudriez-vous les assommer encore avec des cours et des apprentissages intellectuels ??? Faîtes-les sortir, faîtes les bouger !

Et prenant un air grave : "S'ils restent sédentaires, vos enfants préparent les problèmes de santé qui les feront souffrir à 50 ans !"

Son argumentation est convaincante. Faire du sport, ce n'est pas que se défouler, s'aérer et préserver son capital santé. C'est aussi apprendre à se coordonner, à vivre une compétition sans conflit et à exercer une forme d'autorité, à travers l'entraînement et l'arbitrage. Ces compétences sont ensuite valorisées en entreprise.

Humainement, le sport apprend à perdre, à remonter après un échec et à accepter la discipline et la rigueur des entraînements.

Et si cela ne nous convainc pas, notre professeur nous explique qu'un cœur bien entraîné, c'est une bonne circulation sanguine, et un cerveau bien irrigué est un cerveau qui pense mieux.

le sport

Créer et imaginer !

"Et pourtant, quand on tend un micro à des footballeurs, on n'a pas toujours le sentiment que leur cerveau est bien irrigué !" ironise le professeur d'arts plastiques qui en profite pour présenter son option.

"Toutes les connaissances qu'apprennent vos enfants, nous dit-il, seront périmées dans dix ans. Les métiers qu'ils exerceront n'existent pas encore, et ceux que nous connaissons seront exercés par des robots ou des ordinateurs.

"Que restera-t-il ? Il laisse planer un silence et poursuit sûr de lui : La créativité, l'invention, la capacité d'innover !" Il nous aligne quelques citations pour mieux nous convaincre. Au lendemain de la défaite de Kasparov contre l'ordinateur Deep Blue en 1996, un magazine économique avait titré "si un ordinateur peut faire ton travail, change de job". Et surtout, il nous rappelle que Einstein lui-même invitait à développer avant tout l'imagination.

créativité, dessin, musique

On le voit donc, la créativité ne se limite pas à des moments de détente pour l'esprit. C'est une compétence essentielle qu'il faut développer pour faire face aux mutations du monde du travail."

Apprendre le grec ancien !

"Entièrement d'accord, nous dit un professeur que nous n'avions pas vu. Mon aimable collègue a tout dit. La créativité, et l'ouverture d'esprit... assises sur une solide culture. Sortir de nos habitudes de pensées, de notre culture est essentiel. Et quoi de mieux pour cela que l'apprentissage des langues anciennes.

C'est Umberto Eco qui l'explique le mieux. Dans une interview donnée en mai 2015 à Christophe Ono-Dit-Biot, il indique que le latin nous aide davantage encore que les langues étrangères à prendre nos distances vis-à-vis de notre propre langue. Latin et grec sont aussi nos racines. "Il faut aimer vos soeurs, mais aussi vos grand-mères", nous dit le sémiologue. Elles nous aident à partager une culture commune, politique, juridique, scientifique ou philosophique.

Les élèves galopent dans toutes les disciplines pour terminer le programme. Avec le latin et le grec, le thème ou la version réapprennent à prendre le temps, à accéder progressivement à une connaissance, comme on escalade une montagne. Retrouver le plaisir de découvrir un texte mot par mot, phrase par phrase !"

Faîtes du théâtre

"Les romains et les athéniens nous ramènent effectivement aux fondamentaux, interrompt une formatrice à la voix puissante. Souvenons-nous que la rhétorique latine valorise l'invention, la l'organisation des idées, le style, mais surtout "l'actio", la théâtralisation et la mise en scène !

Et je m'adresse aux parents. Parmi vos collègues, est-ce que ceux qui réussissent sont ceux qui ont la culture la plus vaste, la maîtrise des calculs trigonométriques ou la connaissance de langues rares ?"

Quelques parents émettent des murmures à peine audibles. Ils n'ont visiblement pas pris l'option théâtre il y a trente ans.

"Non, poursuit notre enseignante en poussant sa voix à 90 décibels, c'est plutôt la capacité à prendre la parole, à communiquer, à briller en réunion, à porter le discours de l'entreprise qui est valorisé... Et c'est cela qu'ils apprennent avec l'option théâtre que je leur propose.

Quelques présentations suivent, toutes aussi convaincantes. A les écouter, on abandonnerait les mathématiques, l'histoire, la géographie et les sciences. On a envie que notre enfant participe à un maximum de ses aventures, pour ne laisser passer aucune opportunité de prendre du plaisir et d'apprendre.

"Et si ce temps, je me le donnais à moi-même ? répond ma fille à mon enthousiasme. Pour lire, dessiner, échanger avec mes amis et rêver un peu... Faut-il vraiment que tout mon temps soit organisé par des enseignants ou des animateurs ?"

Etourdis par toutes les présentations qui ont précédé, nous nous sommes laissés convaincre par ces derniers arguments.

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources

France Culture - Le temps des écrivains - mai 2015
http://www.franceculture.fr/emissions/le-temps-des-ecrivains/umberto-eco-lire-est-un-moyen-de-prolonger-sa-propre-vie#

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