Par Stéphane Vince  | svince@ac-nantes.fr

La formation : une industrie rentable ?

Créé le lundi 21 mars 2016  |  Mise à jour le mercredi 20 avril 2016

La formation : une industrie rentable ?

Les débats sont souvent tributaires ou enrichis par les grandes orientations législatives du moment, les tendances techniques innovantes ou bien les évolutions des pratiques. L'éducation et la formation peuvent-elles faire bon ménage avec l'argent ? Valeurs et plus value sont-elles similaires de par de proche étymologie ? On parle d'ubérisation, d'industrialisation de la formation, de «Retour sur Investissement», comme si le monde économique ne pouvait ignorer aucun marché. Au regard de ces considérations, proposons quelques axes de réflexions.

Personne n'y échappe

Non, nous ne sommes pas dans des phénomènes de mode, et pourtant, au hasard des recherches sur la base de Thot, nous avons pu identifier au moins 4 articles dans les 6 derniers mois : «Le beau mirage de l'économie du partage» évoque une "nouvelle économie" qui s'est fortement structurée; «l'ubérisation» de l'enseignement / de l'expertise / de la formation où tout un chacun pourrait devenir un expert seulement parce qu'il a trouvé l'astuce pour être visible sur Internet et qu'il innove en proposant de nouvelles formes d'accès au Savoir.

Un cadre

Alors, la formation est-elle une industrie rentable dans laquelle chacun pourrait s'introniser entrepreneur ?

Tout d'abord, il existe des règles cadrées par les législateurs. En France, la dernière loi de mars 2014 a eu ses effets, prévisibles en tout cas (cf.     Formation professionnelle - S'approprier la réforme). Loin de rendre le marché de la formation professionnelle plus claire, plus lisible, plus juste,... après une année blanche en 2015, les organismes de formation se regroupent (ou disparaissent si trop petits), il y a une ruée vers la certification engorgeant les systèmes d'enregistrement de la Commission nationale de la certification professionnelle (plusieurs mois d'attente), et des démarches qualité naissent comme des champignons pour répondre au décret de juin 2015.

La formation à distance, enfin reconnue comme une modalité inscrite dans la loi, finançable car cadrée par décret, devient LA voie royale de l'innovation pédagogique.

Qu'en est-il des pratiques ? Sur le marché, les modules "DIFables" (du nom du précédent Droit individuel à la formation) sont devenus "CPFables" (en lien avec le Compte personnel de formation - CPF). Des négociations de branches, des pratiques de lobbying amènent telles ou telles certifications à entrer sur l'inventaire, comme sur les diverses listes de formations qui pourront être financées par le CPF quitte à retrouver d'ici à 3 ans l'ensemble de l'offre sans réelle forme de tri.

On passe du Rapid Learning au Serious Games, du Serious Games au MOOC, du MOOC au SPOC, du Fablab au learning Lab... chacun y va de son innovation, perdant au fur et à mesure les bonnes volontés qui essayent de commencer à s'initier à démarrer !!! Des outils de veille, des flux RSS inondent nos messageries de newletters où des dizaines de produits, outils sortent chaque semaine, proposant des offres de services de plus en plus ouverts et/ou gratuits.

La ruée

Mais est-ce réellement gratuit ? Chacun peut-il s'octroyer professeur ou formateur pour dispenser la bonne parole, transmettre les bonnes pratiques ou savoir-faire, savoir-être ? Nous savons déjà, depuis la bulle internet des années 2000 que l'industrialisation s'est introduit dans le marché de la formation : des catalogues de formation, des formations sur étagères, des modules disponibles pour un grand nombre d'apprenants d'entreprises, suivant les mêmes modèles d'apprentissage,...

Les salons, les exposants, les éditeurs,... ont amené des politiques d'achat de formation, comme si on achetait sa baguette de pain. Désormais, on introduit des industries dans le marché de la formation : des anciens enseignants ou formateurs deviennent des grands patrons d'organisations vendant telles ou telles offres de plateformes de téléformation, telles produits formatifs. Des plateformes Open Sources cachent (ou pas) des structures qui vendent les débugages, les adaptations graphiques, les formations des utilisateurs et personnels. Une plateforme gratuite/Open source comme Moodle devient par exemple la plateforme la plus achetée à des prestataires par des grands réseaux nationaux de formation français.

Et les indépendants

Dans le même temps, des initiatives comme Wibees ou Kokoroe tentent de donner une petite part du gâteau à des formateurs lambda.

Wibees, pour "nous les abeilles !" doit permettre de reprendre en main sa professionnalisation et donc sa formation. Comment ? En rapprochant les clients que nous sommes des prestataires que sont les formateurs inscrits sur la plateforme et proposant des évènements. Quand on dit formateurs, on parle d'un individu qui peut décider de son propre chef de se positionner comme un expert, et qui sera aidé à s'officialiser légalement pour obtenir un numéro de déclaration d'activité (ou utiliser un système de portage salarial). On parlera alors de crowdbooking, un système de vente de formation, un système d'achat groupé qui stipule que plus il y a des personnes qui achète la formation et moins elle coûte chère. En tant que client, je dois ainsi aller communiquer dans mon réseau et chercher d'autres clients comme moi, pour faire baisser le coût de ma formation. Le prestataire de service fait office de conseil pour la recherche de financement (pôle emploi ou opca) et il gère directement les documents administratifs et justificatifs à envoyer à ses clients. Tout est donc bien organisé pour avoir une bien jolie ruche en perspective - il faut donc essayer. La question qui peut se poser est : qui est la reine ? ou bien y-a-t-il un ROI ?

Kokoroe se présente comme "la première plateforme de partage de passions". Au départ, des jeunes femmes qui lancent une campagne de financement participatif en mars 2014, pour qu'en juillet 2015 une première levée de fonds s'appuient sur de nombreux prix obtenus de-ci, de-là. Kokoroe vient du japonais, signifiant savoir ou connaissance. Là, la passion est le maître mot de ces milliers de personnes inscrites sur la plateforme : ceux qui proposent des cours, celui qui souhaitent partager sa passion, celui qui veut apprendre, ceux qui désirent découvrir les passions des autres. Inspiré de l'économie collaborative (mais n'empêchant pas 10% de réduction avec le code KOKO2016), plus de 500 activités sont réunies...

Encore plus loin, e-180 propose à toute personne de partager son savoir, pour le plaisir.  Meilleur vous êtes, plus votre cote augmente.


Alors, industrie ou pas, la formation évolue pleinement... Et qui paie dans tout cela et qui gagne de l'argent ? Les débats sur les gaspillages de la formation professionnelle en France ont encore de beaux jours devant eux... surtout si des systèmes parallèles se mettent en place. Et face à tous ces marchés, peu sont capables de véritablement dire qu'elle est le ROI - Retour sur investissement, de tel ou tel produit, de tel ou tel module, de telle ou telle pratique d'apprentissage.

 

Sources :

L'ubérisation de la formation est en marche, oui mais comment ? - http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/26374/uberisation-formation-est-marche-oui-mais/

L'uberisation de l'expertise - http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/26885/uberisation-expertise/

L'enseignement touché par l'uber-économie - http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/26230/enseignement-touche-par-uber-economie/

Le beau mirage de l'économie du partage - http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/26074/beau-mirage-economie-partage/

La plateforme Wibees - www.wibees.co/

La plateforme Kokoroe - https://www.kokoroe.co/fr/

La plate-forme e-180 - https://www.e-180.com/

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