Par Om El Khir Missaoui  | ok.missaoui@cursus.edu

Ségrégation financière effective dans les études supérieures - Thèse

Créé le mardi 5 avril 2016  |  Mise à jour le jeudi 12 mai 2016

Ségrégation financière effective dans les études supérieures - Thèse

La question de l’égalité des chances et de l’équité en matière d’éducation est au cœur de tous les systèmes éducatifs. Mais l’Etat providence qui garantit la gratuité des études se confronte de plus en plus aux exigences et complexités nouvelles pour les formations dispensées dans les établissements publics ou privés en eLearning, dans des MOOCs, en formations continues, alternées.

Dans tous les cas, il arrive un moment où, après la scolarité obligatoire et sous une quelconque forme, il faut payer de sa poche pour un apprentissage donné : frais d’inscription, de certification, cours particuliers, etc. Ceci sans occulter que les plus démunis financièrement sont censés en accuser les frais, mais cette fois en matière d’accès au savoir.

Tout pour les mêmes

La question des frais d’inscription dans l'enseignement supérieur est au cœur du débat social. Jusque-là, la plupart des travaux concluent à l’effet positif des frais d’inscription sur la réduction du temps passé par un étudiant dans l’enseignement supérieur avant l’obtention de son diplôme, mais ne convergent pas sur la question des effets des frais d’inscription sur la probabilité de réussite. 

Dans sa thèse intitulée "Frais d’inscription dans l’enseignement supérieur : enjeux, limites et perspectives... Economies et finances, Léonard Moulin analyse les effets des frais d’inscription sur l’accès, les parcours et la réussite des étudiants dans l’enseignement supérieur,  frais d’inscription » désignant  les différentes contributions qui peuvent être demandées à l’étudiant par l’institution universitaire.

La tendance, au niveau mondial, est à la mise en place et à l’augmentation significative des frais d’inscription, obéissant à trois motivations essentielles:

  • l’effet redistributif, les frais permettraient de rendre l’enseignement supérieur plus équitable, (justice sociale)
  • l’effet incitatif, les frais permettraient de sélectionner, d’orienter et de motiver les étudiants (et les enseignants) ainsi que de pousser les universités à davantage d’efficience, (efficience économique)
  • l’effet contributif, les frais permettraient aux universités de disposer de moyens financiers supplémentaires nécessaires à leur bon fonctionnement. (accroissement des budgets des universités)
     

La recherche dans cette thèse porte sur un cas d’espèce, à savoir l’Université Paris 9 Dauphine. Les résultats auxquels elle aboutit concluent à un impact potentiellement ségrégatif et inégalitaire de l’introduction de frais d’inscription. L’étude a porté sur 4 groupes (le 1er  ayant effectué toutes ses études dans cette université, le 2ème  autres universités L1-M1, Dauphine M2, le 3ème autres universités L1-L2, Dauphine L3-M2, le 4ème  autres champs L1-M1, Dauphine M2) pour évaluer les effets de l’introduction des frais d’inscription sur le parcours des étudiants.

Contrairement aux prédictions théoriques, l’introduction de frais d’inscription à l’Université Paris 9 Dauphine n’a pas eu d’effet notable sur la réussite des étudiants. Les frais d’inscription de plus en plus excessifs d'un régime libéral, de même que la quasi-gratuité de l’accès à l’enseignement supérieur d'un régime social-démocrate, ne permettaient pas, seuls, de garantir ou de s’approcher d’un modèle d’enseignement supérieur équitable, efficient et efficace en termes de financement.

La ségrégation persiste que ce soit à cause du montant des frais que de mécanismes plus complexes d’auto exclusion de crainte de supporter des charges trop lourdes quant au remboursement des prêts par exemple ou d'une autre part du risque de la mentalité d'assisté qui freine la prise d'initiative.

Est-il alors possible de dessiner un modèle mieux adapté ? Oui, selon l'auteur en proposant des modulations du modèle socio-démocrate, en le faisant asseoir sur deux piliers : une dotation plus élevée en licence, financée par l'impôt et une allocation universelle d'autonomie financée par une branche de la sécurité sociale. 

Le débat reste ouvert et des perspectives se profilent avant de penser à la généralisation du modèle Dauphine analysé dans cette thèse.

 

Références

Léonard Moulin.  Frais d’inscription dans l’enseignement supérieur : enjeux, limites et perspec- tives..   Economies  et  finances.   Université   Paris-Nord  -  Paris  XIII,  2014.   Français.   <NNT  : 2014PA131017>. <tel-01231876>
https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01231876/document

Crédit photo : Singkham/ www.shutterstock.com

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