Par Sandrine Benard  | phenix974@me.com

Enseignement en immersion ou bilingue ?

Créé le mercredi 11 mai 2016  |  Mise à jour le lundi 13 juin 2016

Enseignement en immersion ou bilingue ?

Enseigner une langue est un pratique délicate qui ne se fait pas dans la langue maternelle de l’apprenant, mais qui propose un éveil complet à une nouvelle approche linguistique, à son contexte culturel et son historique.

Plusieurs méthodes pédagogiques sont préconisées, la plus courante étant celle de l’immersion totale, c’est-à-dire d’enseigner sans aucun rapprochement avec la langue maternelle, uniquement dans la nouvelle langue apprise. La deuxième, davantage critiquée par les puristes, est celle de l’apprentissage à l’aide de la langue maternelle ou commune. Mais de ces deux méthodes, laquelle est vraiment la plus efficace ?

Cela fait bientôt dix ans que j’enseigne le français langue seconde et étrangère et pourtant, depuis bientôt deux ans, ma méthode d’enseignement a quelque peu changé et j’ai dû m’adapter aux nouvelles requêtes de mes différents employeurs. L’intérêt de ce changement, c’est que j’ai pu être confrontée à deux systèmes pédagogiques radicalement opposés, mais qui pourtant, fonctionnent bien, l’un comme l’autre. Petit retour sur ces deux méthodes didactiques…

L’enseignement « 100% en français »

Quand j’ai commencé ma carrière de professeur de francisation au Ministère de l’immigration du Québec, la méthode préconisée était celle du 100% en français. En effet, ici, on enseigne uniquement dans la langue d’apprentissage, le français.

Que ce soit en classe, dans les manuels pédagogiques, en ateliers avec les moniteurs, pendant les sorties et les activités… tout se fait exclusivement en français. Ici, aucun texte dans une autre langue, pas même les consignes ni les intitulés des exercices ou des leçons. Le professeur doit donc être plus qu’un enseignant et se doit même d’être acteur afin de faire passer le message à ses apprenants, qui bien souvent, ne comprenant pas un traitre mot de ce qu’ils peuvent voir dans leur livre, le regardent avec de grands yeux implorants !

Pas facile alors de résister à la tentation et de juste traduire l’intitulé ou le mot tant convoité… mais non, l’objectif est l’apprentissage intuitif de la langue, essentiellement basé sur une abondance d’illustrations et de matériel audio-vidéo. L’étudiant « doit » comprendre.

Au Québec, le programme de francisation dure environ 9 mois pour un grand débutant. À l’issue de cette « grossesse linguistique », il est sensé se débrouiller dans la vie de tous les jours, trouver un travail et s’intégrer socialement à sa nouvelle société.

L’enseignement « bilingue »

Plus récemment, fin 2014, j’ai commencé un autre travail de professeur de français langue étrangère en ligne, avec une école de langues en Allemagne.

Ici, dès le début du processus de recrutement, l’accent était mis sur notre capacité à parler plusieurs langues afin de pouvoir aider l’étudiant dans son apprentissage. L’anglais était donc obligatoire, et le fait de parler aussi espagnol et de me souvenir de rudiments d’allemand ont joué également en ma faveur. Mais là, grosse surprise. Lors de la formation, on nous a bien expliqué d’enseigner le français, mais à partir de l’anglais, de l’espagnol, voire de l’allemand si c’était possible (plus limité dans mon cas !).

En effet, les étudiants, tous travailleurs de grandes sociétés internationales, ne parlaient pas un mot de français et il fallait donc qu’ils soient efficaces rapidement (généralement, en 45 heures). À chacun de mes cours, je devais donc introduire la leçon en anglais ou espagnol, faire lire des textes en français et les faire immédiatement traduire pour m’assurer de leur compréhension.

De même, on nous encourage à rechercher une approche grammaticale et lexicale avec leur langue d’origine. Aussi, il est évidemment bien plus facile d’assimiler le genre des noms (masculin/féminin) quand on est issu d’une langue romane que de l’anglais par exemple. De même, pour la grammaire, les rapports à leur langue leur permettent également eux-mêmes de s’interroger sur la structure linguistique de leur propre langue et donc, de mieux appréhender et comprendre le français appris.

Que ce soit en grammaire, vocabulaire, conjugaison, syntaxe, tout est comparé à leur langue, donc assimilé bien plus rapidement de façon à ce qu’au bout de 20 heures de leçon, le recours à leur langue maternelle n’est bien souvent plus utile et qu’eux-mêmes évoluent plus ou moins librement en français. On a recours à la traduction ou aux rapprochements linguistiques que bien plus rarement par la suite.

Finalement

Alors, doit-en enseigner en totale immersion ou de façon bilingue ? Ces deux méthodes ont du bon. D’un côté, l’immersion complète oblige l’apprenant à se surpasser en essayant de comprendre par lui-même, mais cela n’est pas toujours automatique pour tous, surtout que chacun n’a pas les mêmes capacités d’adaptation linguistique, donc de compréhension plus ou moins rapide des mécanismes en présence.

D’un autre côté, le fait de recourir à la langue maternelle donne un sentiment de confort à l’apprenant qui lui permettra, certes, de se relâcher quelque peu, mais aussi de mieux comprendre directement les rapports à sa langue ou du moins, d’essayer de mieux les approcher pour les assimiler.

Idéalement donc, il conviendrait de faire comme un petit mélange de ces deux méthodes pédagogiques didactiques : enseigner la langue en présence tout en se permettant de recourir à la langue maternelle de l’apprenant quand on voit que le niveau de compréhension attendu n’est pas là. Il ne faut pas perdre de vue que l’objectif final est bien de permettre à l’étudiant de comprendre, mais aussi de se faire comprendre et donc, c’est au professeur de faire en sorte que son apprenant ait les meilleures méthodes pour qu’il atteigne ses objectifs.

Illustrations :  Ici, on parle français : http://www.eric-verhaeghe.fr/wp-content/uploads/2014/09/ici-parle-francais.jpg

Je ne parle pas français : http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2014/03/140326-francais-1728x800_c.jpg

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