Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

La troisième révolution agricole : l'agriculture connectée

Créé le dimanche 5 juin 2016  |  Mise à jour le lundi 13 juin 2016

La troisième révolution agricole : l'agriculture connectée

La drôle de perception des agriculteurs par la population, particulièrement celle qui vit en ville est qu'ils seraient plutôt conservateurs et ne connaîtraient pas grand-chose aux technologies modernes. Pourtant, cela est archi-faux. En effet, les fermiers sont au contraire les premiers à s’intéresser aux différentes technologies qui sont mises au point. Pourquoi? Parce qu'elles leur permettent d'améliorer la production et diminuer la charge de travail, entre autres.

En fait, nous sommes dans une phase qui pourrait être la troisième révolution agricole après celle du 18e siècle qui a vu la fin de la rotation des cultures et de la jachère et celle de la mécanisation agricole du 20e siècle. En novembre 2015, le comité d’experts «Renaissance Numérique» a publié un livre blanc sur les défis de l’agriculture connectée.

L’Internet et la ferme

En fait, que veut dire une agriculture connectée? À la manière des objets et de leur Internet, les agriculteurs peuvent désormais compter sur des technologies diverses. Que ce soit des drones survolant les champs, des robots y effectuant des opérations ou des capteurs sensibles permettant de vérifier l’hydratation des sols et les thermomètres, tous ces éléments sont de plus en plus utilisés par les agriculteurs pour améliorer la production agricole.

D’autres services Internet sont aussi grandement appréciés des travailleurs de l’agriculture comme le financement participatif, des sites de vente dédiés expressément à l’agro-industrie, des outils de gestion, etc.

Bien que ce soit un phénomène récent, certaines compagnies avaient déjà pris de l’avance, sachant qu’il allait s’amplifier dans les années à venir. Par exemple, l’entreprise de machinerie agricole John Deere avait dès 2011 placé un modem sur quelques modèles de tracteurs, permettant de visualiser la console du moteur et de la contrôler à distance afin d'améliorer le travail du chauffeur. Depuis 2015, la compagnie offre désormais une plateforme infonuagique dédiée aux agriculteurs qui peuvent tout voir grâce aux modems. Ils peuvent ainsi obtenir des informations sur les machines, les parcelles de terre et les opérations qui permettent de gérer les activités de la ferme pour les jours et semaines à venir. Le service est pour l’instant offert en Allemagne, mais il pourrait bien être disponible en France prochainement.

Des doutes subsistent

Évidemment, un tel bouleversement des mœurs ne vient pas sans questions. Par exemple, la pratique de John Deere en suscite de sérieuses. Est-ce qu’il n’y a pas un risque que ces données soient conservées par des entreprises aussi grandes que celle-ci ou revendues, par exemple, à Monsanto?  Ces entreprises ne risquent-elles pas de forcer les entrepreneurs à opter pour leurs produits en échange des avantages technologiques offerts ?

Et il y a des inquiétudes sur la formation des agriculteurs. Beaucoup n’ont pas idée des possibilités de l’agriculture connectée. Comment s’assurer que le milieu agricole prenne véritablement cette voie et soit en mesure de travailler avec les données massives? Le livre blanc de Renaissance numérique répond à ces inquiétudes en proposant une série de mesures pour améliorer l’implantation de l’agriculture connectée. Par exemple, il suggère de créer une plateforme française open data de collecte d’informations agricoles et de mettre au point des MOOCs aux agriculteurs afin de les former sur ces technologies.

Et puis, la question se pose : que veut-on faire prioritairement de l’agriculture connectée? On considère qu’il y en a trois types :

  • le smartfarming qui s’intéresse à optimiser la production et le pilotage des appareils,
     
  • le cofarming qui sont les technologies pour aider à diminuer les coûts via des services et sites s’approchant de l’économie du partage,
     
  • le drivefarming qui souhaite tirer le meilleur parti de la vente directe au consommateur de produits frais grâce à des applications, entre autres.
     

Pour l’instant, clairement, le premier type est celui qui est le plus traité dans les médias, mais les deux autres approches ne pourront être ignorées dans les prochaines années.

L’agriculture n’est donc plus une activité aux pratiques passéistes. Encore plus que dans le monde urbain, les agriculteurs sont à l’affût des dernières technologies afin de rendre la production de nourriture plus viable. La révolution est en marche. Espérons seulement qu’elle ne se fasse pas au détriment des cultivateurs.

Illustration : CIMMYT via Foter.com / CC BY-NC-SA

Références

"Agriculture Connectée: Les Voies à Suivre Pour Y Arriver." Vin Et Société. Dernière mise à jour : 20 avril 2016. http://www.vinetsociete.fr/magazine/article/agriculture-connectee-les-voies-a-suivre-pour-y-arriver.

Lecocq, Raphaël. "L'agriculture Connectée Selon John Deere, Machinisme." Pleinchamp.com. Dernière mise à jour : 23 février 2016. http://www.pleinchamp.com/machinisme/actualites-machinisme/l-agriculture-connectee-selon-john-deere.

"Les Défis De L’agriculture Connectée Dans Une Société Numérique." Renaissance Numérique. Dernière mise à jour : 13 novembre 2015. http://www.renaissancenumerique.org/publications/rn/769-2015-11-13-16-46-10.

Lesage, Éric. "Faut-il Avoir Peur De L’agriculture Connectée ?" Alimentation Générale. Dernière mise à jour : 19 février 2016. http://alimentation-generale.fr/sciences/tech/faut-il-avoir-peur-de-lagriculture-connectee.

Lesage, Éric. "Agriculture Connectée: "Dans Quoi on Se Lance? Smartfarming? Cofarming? Drivefarming?"." Tous Les Drive De Produits Fermiers. Dernière mise à jour : 2 février 2016. http://www.drive-fermiers.fr/agriculture-connectee-smartfardu/.

Sergère, Vincent. "L'agriculture Connectée Est-elle La Réponse à La Crise ?" FrAndroid. Dernière mise à jour : 2 avril 2016. http://www.frandroid.com/produits-android/accessoires-objets-connectes/351323_lagriculture-connectee-reponse-a-crise.

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