Par Sara Benrabia  | sara.benrabia@gmail.com

Intégration d’une étudiante marocaine en France - Témoignage

Créé le lundi 26 septembre 2016  |  Mise à jour le lundi 3 octobre 2016

Chaque année, des milliers d’étudiants quittent leur foyer familial en quête d’instruction dans des villes étrangères, voire même des pays lointains. C’était aussi mon cas, j’étais séduite par la France. J’avais 22 ans, je venais de réussir ma deuxième année à l’école d’ingénieur au Maroc, j’ai choisi de faire une double diplomation en France. A la fin de l’année, je savais déjà que Metz m’attendait.

Intégration, le début du combat

Le 8 octobre 2013, j’ai pris l’avion avec mon père en direction de Metz. Je m’en souviens encore comme hier. J’estime que j’étais chanceuse d’avoir eu mon père à mes côtés au début. Il m’a aidé dans les préparatifs pour occuper une chambre à la résidence étudiante. Il m’a accompagné à la direction où j’ai finalisé mon inscription. Il a même rencontré mon futur tuteur. Il n’est rentré au Maroc qu’après s’être rassuré que je ne manquais plus de rien.

Tout le personnel de l’école et de la résidence était aimable. On me donna des conseils pour mieux m’intégrer. On me montra les lieux d’intérêt qu’il fallait que je connaisse pour bien commencer l’année. J’ai même eu droit à une visite guidée.

Pourtant, une fois rentrée, ma chambre de résidence me semblait vide, surtout après le départ de mon père. Je n’avais pas encore de téléphone pour appeler ma famille ni même mes amis. Je n’avais pas non plus internet pour leur parler sur des plateformes spécifiques. Il n’y avait plus que moi et les quatre murs qui m’entouraient. C’était dur ! Lundi suivant, j’ai pu enfin accéder à mes cours.

L’intégration, ça commence dans les classes

Le plus intéressant dans les études à l’étranger, c’est qu’on retrouve en une seule classe différentes nationalités, cultures, origines, langues et même ethnies. Il y en avait de tout, un sacré bouquet de diversité ! Cette année-là, nous étions Marocains, Tunisiens, Algériens, Libyens, Argentins, Togolais, Français, Allemands, Roumains, Chinois et j’en passe. Personne ne connaissait personne. C’était la chance de faire de nouvelles rencontres et d’interagir sur des sujets divers.

Dès la rentrée, une personne s’est proposée à organiser une fois par semaine une soirée où tous les étudiants de notre master se réunissaient. C’était la chance pour nous de partager nos expériences personnelles et nos voyages, puis de parler aussi de nos familles et ce qu’on a vécu jusqu’à lors. C’était tout simplement l’occasion de créer des liens. C’était amusant ! Ensuite, venait le tour des appels, sms et Facebook pour plus de fun, puis on passait d’un grand groupe à un autre plus petit et plus proche. C’était ainsi qu’on se construisait un cercle des amis.

Intégration, au-delà des murs

L’intégration en classe paraît beaucoup plus facile, mais lorsqu’il s’agit du pays ou juste de la ville, la vie n’est pas toujours rose. A Metz, Paris, Aix-en-Provence et d’autres encore témoignent toutes des différentes formes de racisme ou d’exclusion, que j’ai aussi rencontré.

Je fus contrôlée plusieurs fois pour mes papiers, on me demanda même les motifs de présence dans une ville en particulier. Je comprends que c’est par mesure de sécurité et pourtant, je suis étiquetée arabe musulmane, donc terroriste. Rien qu’en partant dans des commerces, on n’utilisait même pas des expressions de politesse avec moi, contrairement aux autres clients Français. Même pendant ma période de recherche d’emploi, les seuls responsables ressources humaines, qui me convoquaient à un entretien, étaient d’origine étrangère.

Tout ceci n’est qu’un exemple de ce que je vivais, mais ce n’est pas pour autant qu’il fallait abandonner. J’étais plutôt triste de voir que l’étranger était intéressant lorsqu’il s’agit de passer ses vacances, mais pas pour cohabiter.  Les gens ne sont pas tous ouverts, mais heureusement, ils ne sont pas tous les mêmes.

L’intégration, mot de fin

Il est vrai que c’est dur de s’intégrer dans un nouveau milieu, mais c’est une expérience enrichissante. J’ai rencontré de nouvelles personnes, j’ai appris beaucoup de choses, mais surtout j'ai appris à ne jamais baisser les bras, ni s’arrêter sur l’idiotie d’une personne ou d'une autre, ce qui peut ruiner toute une vie.

J’ai remarqué aussi que certaines personnes se fondaient plus facilement dans le paysage, lorsqu’ils adoptaient les mêmes manières des locaux.

Est-ce nécessaire d’abandonner sa façon de vivre ou de penser pour s’intégrer ? Est-ce nécessaire d’abandonner son identité ou sa religion pour se faire une place ? L’intégration mérite-t-elle ce sacrifice ? Chacun a son avis sur le sujet.

Je suis rentrée au Maroc depuis le 1er avril 2015 après les évènements de Charlie Hebdo, c’était devenu très difficile de continuer. Je ne regrette pas ma décision.

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