Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Mon thérapeute? Un jeu vidéo.

Créé le dimanche 9 octobre 2016  |  Mise à jour le mardi 11 octobre 2016

Mon thérapeute? Un jeu vidéo.

Après des années de diabolisation par une presse qui ne comprenait pas le phénomène, le jeu vidéo finit enfin par trouver une certaine légitimité auprès du grand public. Il faut dire qu’une génération complète ayant connu ce média est devenue adulte. Conséquemment, ces millions d’individus déboulonnent petit à petit les clichés comme quoi il ne s'agit que d'un loisir pour adolescent abrutissant et violent. Aujourd'hui, nous savons que près de la moitié sont des joueuses et qu'aucune étude scientifique crédible n'a réussi à faire la corrélation entre violence et pratique du jeu vidéo.

Bref, ce ne sont plus des produits « diaboliques ». En fait, nous vous avons parlé tout récemment du fait qu’ils pouvaient venir en aide aux patients atteints de l’Alzheimer. Mais au-delà de cette maladie, le corps médical et psychologique commence à s’intéresser au jeu vidéo comme élément thérapeutique.

La thérapie par le jeu

En effet, en 2016, envisager le jeu vidéo dans une thérapie n’a absolument plus rien de scandaleux. Au contraire, la tendance est lourde en ce sens. Les psychothérapeutes avaient déjà dans les années 80 commencé à analyser les jeux vidéo dans un cadre thérapeutique. Des promesses intéressantes qui ont par la suite été oubliées pour revenir dans l’actualité chaque décennie.

Il a donc fallu des pionniers pour que s’intègre le jeu dans un contexte de thérapie. Des gens comme Yann Leroux, Véronique Donard et d’autres qui, d’abord joueurs eux-mêmes, se sont dits qu’il y avait une façon d’aider les patients à s’exprimer à partir de jeux vidéo, d’analyser leurs réactions et choix dans le jeu, etc. Par exemple, Michaël Stora utilisait à l'époque la première mouture de Les Sims pour permettre à certains patients ayant des problèmes d’estime de soi de mettre des mots sur leurs sentiments. Il pouvait aussi analyser les avatars créés, comprendre pourquoi un individu se fera de la même manière qu’il est ou en version idéalisée, etc.

Aujourd’hui, ils sont de plus en plus nombreux à se servir, surtout auprès des enfants, de jeux vidéo dans la thérapie. Ils se sont réunis dans ce qu'ils appellent une guilde pour cliniciens, permettant de partager entre confrères et avec le public des informations sur cette approche. Les titres de jeux peuvent varier énormément d’un endroit à l’autre. Tous les jeux peuvent avoir un intérêt thérapeutique. Toutefois, beaucoup de titres sont chronophages et les séances en psychothérapie sont souvent limitées à une demi-heure, trois quarts d’heure. Ce qui donne peu de temps pour s'investir dans la partie et échanger avec le psychologue.

Jouer pour effacer les souffrances

Si la psychologie infantile est donc très intéressée par l’approche par le jeu, d’autres domaines thérapeutiques aussi sont explorés par des développeurs et chercheurs. Par exemple, une gazelle hollandaise travaille sur un jeu en réalité virtuelle destiné à diminuer les souvenirs post-traumatiques. Il s’agit d’un jeu de construction qui se situe dans un environnement rappelant le traumatisme. Une idée inspirée par une expérience américaine pratiquée auprès d’enfants gravement brûlés qui, avec la réalité virtuelle, devaient faire dévaler un pingouin sur une colline gelée. Le jeu distrayait le cerveau suffisamment pour que la douleur ne soit quasi pas présente.

Les malades du Parkinson bénéficient aussi du jeu. Toap Run, un jeu utilisant d’une caméra infrarouge reproduisant les mouvements d’une personne, est utilisé de façon expérimentale dans un hôpital parisien. Ici, les malades qui normalement ont de grandes difficultés motrices regagnent quelques bienfaits de la pratique régulière de cette expérience où une taupe doit éviter des obstacles. Il faut dire que le jeu arrive à stimuler la dopamine, hormone du plaisir, généralement déficiente chez les malades et qui est en partie responsable des effets sur les capacités moteur.

Posologie incertaine

Toutefois, les créateurs de jeux doivent se méfier. À moins d’être passés par le long et rigoureux passage des tests cliniques, un jeu ne peut pas se déclarer thérapeutique. Parlez-en à Lumos Labs, créateur de Lumosity, qui affirmait que la pratique quotidienne de ces jeux pouvait conjurer les troubles cognitifs du vieillissement dont l’Alzheimer. Ils ont dû payer une amende de 2 millions de dollars.

Le problème est que le jeu vidéo, contrairement à d’autres outils thérapeutiques, n’a pas de cadre éthique et légal défini. Il faudra donc l'établir pour que l’usage de jeux en thérapie soit reconnu de façon plus large et dans une pratique qui ne mettra pas la sécurité des patients à risque. Toutefois, le corps médical ne pourra pas passer outre : le jeu vidéo est plus qu’un simple divertissement. Il a des capacités aidant des gens en souffrance ou en difficulté.

Illustration : robynejay via Foter.com / CC BY-NC-SA

Références

Glad, Vincent. "Jeux Vidéo Thérapeutiques : “On N'en Est Qu'aux Balbutiements Avec La Réalité Virtuelle”." Futuremag. Dernière mise à jour : 27 novembre 2015. http://sites.arte.tv/futuremag/fr/jeux-video-therapeutiques-nen-est-quaux-balbutiements-avec-la-realite-virtuelle-futuremag.

"La Guilde : Réseau Clinique Sur Les Jeux Vidéo." Hôpital MARMOTTAN. Consulté le 6 octobre 2016. http://www.hopital-marmottan.fr/laguilde/index.html.

Molinari, Hélène. "Le Jeu Vidéo, Un Médicament Comme Un Autre ?" Numerama. Dernière mise à jour : 12 avril 2016. http://www.numerama.com/tech/153749-jeu-video-medicament.html.

Nachury, Ludovic. "Michael Stora (psychologue) : ' J'utilise Les Sims Dans Le Cadre De Mes Thérapies '." 01net. Dernière mise à jour : 31 janvier 2005. http://www.01net.com/actualites/michael-stora-psychologue-jutilise-les-sims-dans-le-cadre-de-mes-therapies-265860.html.

"Quand les jeux vidéo "thérapeutiques" se mettent aux essais cliniques." Sciences et Avenir. Dernière mise à jour : 13 juin 2016. http://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/quand-les-jeux-video-therapeutiques-se-mettent-aux-essais-cliniques_104427.

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire