Par Frédéric Duriez  | f.duriez@cursus.edu

L'attention, comment ça marche ?

Créé le jeudi 20 octobre 2016  |  Mise à jour le lundi 31 octobre 2016

L'attention, comment ça marche ?

L'attention est l'objet de tous les enjeux. Elle est pour de nombreux auteurs la nouvelle ressource économique rare. Mais qu'est-ce que cette attention, comment fonctionne-t-elle, quels sont les éléments qui la favorisent ou qui la distraient ?

Jean-Philippe Lachaux est un spécialiste du cerveau, et il a particulièrement orienté ses recherches vers l'attention.

Dans Le cerveau attentif, il fait régulièrement le lien entre les mécanismes de l'attention tels que nous les vivons, et la biologie du cerveau. La vidéo de son intervention pour la FFFOD et Communotic constitue une introduction à son travail très intéressante et adaptée au monde de la formation et de l'enseignement.

Attention sélective / attention exécutive

L'attention sélective permet de repérer un visage dans une foule, des mots dans un texte, de sélectionner des objets... Elle se distingue pour certains auteurs de l'attention exécutive, qui est l'attention que nous portons aux opérations mentales que nous menons. Si on se limite à la perception, Jean-Philippe Lachaux nous indique que l'attention est ce qui fait que les objets sont pour nous des objets. Vous fixez votre attention sur votre écran, vous le voyez comme un objet. Les objets alentours sont perçus comme des formes vagues, des tâches de couleur.

les mécanismes de l'attention

Diriger notre attention

Nous sommes capable d'orienter notre attention sur certaines voix, des couleurs ou des objets. Jean-Philippe Lachaux Nous parle de l'effet cocktail Party. Vous êtes à un coktail ou un pot entre collègue, et voilà qu'un rasoir vient vous faire la conversation. A côté de vous, un autre groupe a entammé une discussion très intéressante. Vous parvenez sans difficulté à suivre leur conversation, tout en hochant la tête régulièrement pour rester poli avec votre ennuyeux interlocuteur. L'attention fonctionne comme un filtre.

Jean-Philippe Lachaux nous le démontre avec une expérience où il nous est demandé de fixer notre attention sur une situation. Je n'en dis pas plus, et si vous ne la connaissez pas, je vous laisse tenter.

 

Nous savons diriger notre attention mais l'exercice peut être difficile. Si des noms propres, notre propre nom ou tout simplement des mots qui évoquent quelque chose pour nous sont prononcés dans la conversation que nous ne voulons pas suivre, nous les entendrons, et ils viendront perturber notre attention.

La carte de saillance

Nous pouvons donc focaliser notre attention, mettre en sourdine des stimuli... Mais qu'est ce qui nous fait orienter notre attention vers tel ou tel objet ? Jean-Philippe Lachaux nous explique que nous disposons d'un système de pré-attention, qui va construire une carte de saillance.  Ce système nous indique les zones sur lesquels porter notre attention.

Lorsque nous portons notre regard devant nous, il y a donc un premier filtre, une carte assez floue qui nous oriente. Ce sont les militaires, spécialistes du camouflage, qui nous indiquent ce qui ressort sur cette carte. L'acronyme FOMEC BLOT leur sert à retenir les éléments qui attirent l'attention et qui doivent donc être évités. Les formes reconnaissables, les ombres, le mouvement, les éclats, les couleurs vives, le bruit, la lumières, les odeurs et les traces.

Tout ce que le militaire évite en terrain ennemi, le publicitaire l'utilise, bien évidemment, jusqu'aux fausses odeurs de cuir ou de pain dans les galeries marchandes. Mais ces distractions nous ralentissent à chaque fois qu'elles détournent notre attention.

Dans une expérience, on demande à des personnes de repérer toutes les lettres T au milieu de lettres L. Lorsque certains L sont en rouge, le temps moyen pour réaliser le travail est plus long. Cette expérience confirme ce que nous ressentons, lorsque notre lecture est ralentie sur une page web où des publicités clignotent de toute part !

Une carte sans cesse redessinée

Le circuit de récompense aide à définir cette carte. Comme un réseau social, il passe son temps à voter et à mettre des « +1 » et des « -1 » aux situations, aux objets et personnes rencontrées. Et ce faisant, il modifie notre carte de saillance, nous rendant plus attentif à ce qui nous paraît source de plaisir.

Notre attention dépend des stimuli et de leur force, mais aussi de nos habitudes. Si vous conduisez un véhicule, vous savez où porter votre attention. Si vous êtes lecteur habituel de Thot vous connaissez les zones de menu ou de contenu susceptibles de vous intéresser,... Mais la carte de saillance s'émousse aussi. Une affiche pourra attirer votre attention la première fois que vous passez devant, mais la cinquième fois, vous ne la verrez plus.

Le task set correspond à la mémoire de toutes les associations "stimulus-réponses" mobilisées pour une tâche. il permet de définir le "set attentionnel", qui regroupe les stimuli auxquels prêter attention. Nous sommes attentifs à la couleur et à la forme des pièces de l'échiquier, pas à leur matière. La mémoire procédurale oriente aussi notre attention.

L'attention est contagieuse

Jean-Philippe Lachaux nous apprend qu'il y a une dimension sociale dans l'attention. Nous la dirigeons là où semble se diriger l'attention des autres. Nous suivons spontanément le regard des autres. Ici encore, les publicités, comme les peintres depuis la Renaissance, utilisent les regards des personnages présentés pour guider le nôtre.

L'attention impatiente

Mais notre attention sautille. Jean-Philippe LACHAUX insiste sur le fait que l’attention alterne avec l’action, en 200 ou 300 millisecondes. Le regard qui se pose sur un photo passe d’un objet à l’autre, d’une manière non linéaire. L’attention amène une perception, qui entraîne une action. Souvent la perception est directement suivie de l’action, sans passer par la phase réflexion. Quand l'oeil croise le portable ou le verre d'eau, la main s'avance, sans intention explicite.

L’ensemble va très vite. Lorsque l'attention quitte une zone sur laquelle est s'est arrêtée, elle n'y revient pas spontanément. Jean-Philippe Lachaux la compare à un chien de famille.

 

L'attention est donc toujours en mouvement. Sollicitée par de nombreux stimuli toujours en concurrence, elle s'appuie sur de nombreux filtres. Le cerveau attentif détaille de nombreux autres mécanismes qui font apparaître notre cerveau comme une salle de marché ou une gigantesque foire commerciale.

Il nous donne bien entendu quelques clés pour la canaliser. Elle peut se "muscler", en particulier si nous nous efforçons, sur des activités sans conséquences, d'être "attentif à notre propre attention".

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources :

Jean-Philippe Lachaux "Les Neurosciences peuvent-elles nous aider à développer nôtre sens de l'équilibre attentionnel ?" - vidéo ajoutée le 26 février 2015
https://youtu.be/0UNwEU0A6y0

Jean Philippe Lachaux "Le cerveau attentif" - intervention à la journée FFOD - Communotic -ajoutée en janvier 2014
https://youtu.be/GbMWsmZJM2Q

Jean-Philippe Lachaux Le cerveau attentif. Contrôle, maîtrise et lâcher-prise Odile Jacob (Editions) : 24 mars 2011
http://www.decitre.fr/livres/le-cerveau-attentif-9782738129277.html

 

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Dominique Dancoisne - INEXFOR
  • 4 novembre 2016 à 05 h 05

Utilisation des FOMEC BLOT en andragogie

Merci, Frédéric, pour avoir actualisé cette thématique, qui m'interpelle toujours autant ! C'est un excellent article, illustré de manière pertinente. J'aime beaucoup l'extrait suivant : " L'acronyme FOMEC BLOT leur sert à retenir les éléments qui attirent l'attention et qui doivent donc être évités. Les formes reconnaissables, les ombres, le mouvement, les éclats, les couleurs vives, le bruit, la lumière, les odeurs et les traces.", car il me semble intéressant de l'associer avec la taxonomie des objectifs socio-affectifs de Krathwolh, sur le niveau 1 de la réceptivité passive, et plus précisément sur "l'attention dirigée ou préférentielle". Cette réceptivité passive, qui s'exerce au moindre stimulus qui fait sens pour nous, ne favorise pas un apprentissage volontaire et organisé, ni bien entendu la concentration en lien avec "l'attention exécutive". On en revient toujours à l'essentiel en pédagogie : amener les participants à apprendre à apprendre et non à consommer. Toute la difficulté pour le Formateur-Concepteur réside dans la transformation pédagogique de ces FOMEC BLOT en outils de renforcement de l'attention des participants vers l'objectif visé, et non en outils marketing de distraction.

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