Par Sandrine Benard  | phenix974@me.com

L'apprentissage précoce des langues

Créé le vendredi 4 novembre 2016  |  Mise à jour le jeudi 5 janvier 2017

L'apprentissage précoce des langues

On a déjà beaucoup parlé de l’utilité et de l’importance de bien parler une langue pour évoluer dans une société d’accueil, que ce soit pour une période temporaire ou à long terme.

Offrir des cours de langue aux immigrants et aux nouveaux arrivants est une politique mise en place dans de nombreux pays, à l’instar de la France, de l’Allemagne ou du Canada. Enseigner la langue aux adultes leur permet de s’intégrer rapidement à la vie professionnelle et sociale, mais qu’en est-il des enfants ? Eux aussi ont besoin de s’intégrer, même si cela ne se fait pas de la même manière, sans l’aspect individuel et « de survie » propre aux adultes.

Pourquoi enseigner la langue d’accueil, ou même, en général, les langues étrangères à des enfants très jeunes ? Quels sont les bienfaits de la précocité d’un tel enseignement ?

L’exemple des classes d'accueil et d'intégration au Québec

Au Québec, la francisation est très importante dans le mandat du ministère de l’immigration. Les premiers concernés sont bien évidemment les adultes, mais l’ouverture des « classes d’accueil et d’intégration » permet également aux enfants d’accélérer leur intégration à leur nouveau pays.

« Plus ils sont jeunes, plus leur intégration se fera facilement, même si certains peuvent tarder à parler», note M. Gosselin, enseignant d’une classe de 17 enfants, de 6 à 9 ans, originaires de Philippines, Guinée, Chine, Maroc, Égypte, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Tunisie, Iran.... « Le plus important pour moi, c'est de leur donner envie d'aller à l'école. »

Les classes d’intégration, quant à elles, sont destinées au plus grands, ceux du secondaire, qui sont directement intégrés avec des élèves québécois.

On remarquera que ces deux modèles d’intégration font fureur auprès de l’apprentissage linguistique des enfants. Aussi, les enfants parlent-ils français et surtout sont-ils davantage à l’aise avec la langue parlée que leurs parents, qui étudient en même temps à la francisation des adultes.

Combien de fois n’ai-je pas entendu mes étudiants (adultes) me dirent que leurs enfants parlaient mieux qu’eux et les aidaient même dans leurs exercices de français à la maison, sans oublier qu’ils parlaient à leur place dans les restaurants ou autres commerces !

À noter, ce petit site sympathique élaboré par l’école Saint-Louis de Gonzague, dans la commission scolaire des Chênes, qui permet aux enfants de sa classe d’accueil d’accéder au contenu des cours vus en classe et donc, de pouvoir pratiquer la langue, même à la maison (et pourquoi pas d’aider le reste de la famille aussi !).

L’apprentissage précoce des langues

Tout apprentissage nécessite de la réflexion et du travail, mais aussi une bonne dose de mémoire ! Et à quel moment notre cerveau est-il au top de ses capacités cognitives ? Pendant l’enfance ! Alors, pourquoi attendre et ne pas passer immédiatement aux choses sérieuses ?

Apprendre une langue étrangère dès l’enfance, de façon précoce est une stratégie éducative instaurée depuis peu, mais au vu des quelques expériences menées, on ne peut que valider l’idée que cette précocité est pleine de bienfaits.

En 2012 en France, selon l’INSEE (Institut National de la Statistique et des Études Économiques), un enfant sur cinq est en position de bilinguisme. La difficulté réside dans le fait qu’il est nécessaire de favoriser les échanges dans la langue d’origine des enfants pour obtenir la confiance nécessaire à l’apprentissage du français.

Selon deux didacticiens des langues, Michel Candelier et Françoise Leclaire, de l’université du Maine, il faut user « d’une approche comparative, connue sous le nom d’éveil aux langues qui vise à développer les compétences de discrimination, de repérage des formes et fonctions du langage ainsi que la curiosité et le plaisir de jouer avec les mots et les sonorités. »

Autre fait important, valoriser cette autre langue parlée à la maison et en faire une richesse. De plus, établir un « pont » avec la langue apprise renforce le sentiment d’intégration et de proximité. En outre, on sait que « le développement des compétences dans la langue d’origine favorise les compétences méta-linguistiques, méta-cognitives, la faculté d’abstraction et une meilleure flexibilité cognitive. »

Pratiques linguistiques en classe

Mettre en pratique cet apprentissage précoce des langues en classe doit donc demeurer avant tout un jeu : l’enfant doit découvrir une autre langue sans en ressentir le stress. Pour ce faire, le site Ediclic peut fournir de bonnes bases et idées d’activités aux enseignants.

En 2016, selon les directives de l’Éducation Nationale Française, le vœu d’enseigner les langues vivantes dès le plus jeune âge a fait des émules. Deux classes de maternelle de Lyon ont décidé de se prêter au jeu.

Outre une découverte de comptines numériques en plusieurs langues (malgache, allemand, italien), ces deux classes ont décidé de monter un petit projet linguistique autour des onomatopées, des cris d’animaux et des bruits d’objets. Forts de la réussite de leur projet, ils ont mis en ligne les déroulements des différentes séquences et le bilan détaillé de l’expérimentation. Cette pratique peut donc être consultée par les autres enseignants qui voudraient tenter l’aventure.

Finalement

Finalement, apprendre les langues de façon précoce, est-ce utile ? Définitivement ! Outre l’aspect social et coopératif que cela suggère, il en va aussi du bien-être de l’enfant et de son développement cognitif et linguistique.

Outre la variété des apprentissages (discrimination auditive, formulation d’hypothèses, mémorisation…), on notera, en fin d’expérience, un net progrès général en terme d’attitude : « si les premières écoutes déclenchent régulièrement des rires liés à l’étrangeté des énoncés, les élèves sont en fin d’année capables d’adopter une écoute attentive et de répondre aux sollicitations avec pertinence. »

Quant aux classes bilingues… c’est une autre histoire, mais l’aventure ne fait que commencer !

Sagesse et expérience, langue et discipline, cognition et découverte, l’éveil aux langues dès le plus jeune âge est une technique éducative à instaurer d’urgence !

Sources

Les élèves allophones au Québec, le FLE revisité
http://karsenti.ca/pdf/scholar/ARP-karsenti-82-2011.pdf

Classe d’accueil, École St-Louis de Gonzague, http://classeaccueil.csdc.qc.ca

Classe d’accueil, apprendre le français pour s’intégrer, http://www.lapresse.ca/actualites/national/201401/04/01-4725504-classes-daccueil-apprendre-le-francais-pour-sintegrer.php

L’éveil précoce aux langues, un atout pour les enfants, Académie de Poitiers, http://ww2.ac-poitiers.fr/casnav/spip.php?article307

Quelques réflexions sur l’apprentissage précoce d’une langue vivante, http://www.snuipp.fr/Quelques-reflexions-sur-l

Édiclic, http://www.edilic.org/

2 exemples d’expérimentation en maternelle, http://www2.ac-lyon.fr/ressources/rhone/langues-vivantes/spip.php?article402

  

Illustrations

Enfants trilingues, http://www.dys-positif.fr/wp-content/uploads/2016/03/enfant-dyslexique.jpg

Notions en classes de langue,  http://www2.ac-lyon.fr/ressources/rhone/langues-vivantes/spip.php?article402

Enfants du monde, http://www.philippelailler.fr/images/7776354653_enfants-bilingues.jpg

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