Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Réussir le mariage de l’intelligence artificielle et de la formation continue ?

Créé le dimanche 20 novembre 2016  |  Mise à jour le mercredi 21 décembre 2016

Réussir le mariage de l’intelligence artificielle et de la formation continue ?

Une question d'intelligence artificielle

L’intelligence artificielle (I.A.) est à la mode. Sa capacité de résoudre des problèmes complexes à notre place, fait craindre la perte de leur emploi à beaucoup d'individus. Les IA piqueraient nos jobs.

Pour Wikipédia on peut définir les I.A. comme « dispositifs imitant ou remplaçant l'humain dans certaines mises en œuvre de ses fonctions cognitives ».

Dès lors on peut trouver cette intelligence nichée au cœur de nos téléphones, de nos ordinateurs, de nos supercalculateurs ou dans des robots. Les IA suppléent nombre d’opération de recherche, de traduction, de classement, d’analyse, de déchiffrage, de localisation, de repérage que nous réalisons quotidiennement.

Les films de sciences fiction nous font régulièrement rêver ou cauchemarder sur des futurs au sein desquels les I.A. concourent à notre vie pour le meilleur et pour le pire.  Dans « 2001 l’odyssée de l’espace » l’IA qui pilote le vaisseau spatial vise une indépendance de choix qui menace les hommes et les conduit à la débrancher. Cette inquiétude persiste et se double d’un mystère quand deux IA communiquent entre elles selon un langage connu d’elles seules.

Même si les promoteurs du projet Google Brain sur les I.A. évolutionnaires leur ont donné des noms rassurant comme Bob et Alice, ce langage inconnu capté par Eve, une troisième IA, interroge. Que se passera-t-il quand les I.A. auront leur propre langage indéchiffrable par des hommes ? Déjà en 1997 et l’ordinateur Deep Blue, un grand maître comme Kasparov n'a peut vaincre un ordinateur aux  échecs. Désormais, après 3 000 ans où les hommes ne connaissaient aucun rivaux, une I,A, peut les vaincre au jeu de go. Le nombre de combinaisons du jeu de go « 10 puissance 170 » ne résiste plus aux I.A. (10 puissance 120 pour le jeu d’échec).  

L’interaction entre l’homme et l’I.A. devient une question centrale. L’I.A. Watson développée par IBM s’intéresse à la question linguistique et 4 langues sont visées prioritairement : Anglais, Français, Espagnol et Japonais. Cette I.A.  est un moteur cognitif qui fonctionne sur le modèle du cerveau humain par réseaux de neurones et apprentissage statistique pour fournir des réponses les plus pertinentes. La recherche de cas d’usage se poursuit dans les domaines de la santé, de la finance ou des centres d’appels, mais pourquoi pas aussi en matière d’éducation ?

La puissance de calcul, le potentiel de communication mais aussi la capacité de pseudo-réseaux neuronaux capables d’invention ne cesse de progresser. Le  potentiel des I.A. renvoie aux approches cognitivistes en pédagogie et pourraient bien les renouveler.  Qu’en est-il du croisement entre intelligence artificielle et questions éducatives ? En quoi les I.A. peuvent apporter un bénéfice à l’apprentissage des hommes ?

Les usages et applications en formation des adultes

L’apport des I.A.débute à peine. On pressent un potentiel d’individualisation, de développement de ressources d’autoformation, d’aide aux enseignants dans la création, la diffusion ou la correction de leurs cours.

Beaucoup de chemin a été parcouru entre la thèse de Jean Daubias sur la didactique et l’intelligence artificielle et l’un des premiers rapports sur l’intelligence artificielle et ses applications à la formation continue professionnelle datant de 1987 qui  indiquait les premières pistes :

  • Tutorat automatique
  • Enseignement assisté par ordinateur
  • Systèmes experts didactiques
  • Planification dynamique des apprentissages
     

La réflexion et les avancées techniques ont nettement progressées, il est possible d’imaginer en matière d’éducation :

  • Automatiser l’évaluation comme dans les MOOC (cf article du New Scientist et les effets prédictifs de l’évaluation sur la base de quelques exercices)
  • Répondre aux exercices automatiques (lire la critique de Devauchelle sur l’automaticité d’un jugement mécanique des excerciseurs)
  • Adapter aux besoins de l’élève (cf autocorection de la Khan Academy
  • Proposer des améliorations à l’enseignant (cf système de conseil mis en place par la plateforme Coursera pour améliorer ses cours)
  • Être un tuteur virtuel pour l’élève (cf Comportement naturel de tuteur virtuel en environnement virtuel informel)
  • Soutenir la persévérance scolaire des élèves (cf le portail d’Ellipse Synergie

 
Les I.A. peuvent aussi se combiner avec des dynamiques sociales. La société Y Generation Education se donne comme projet de former les jeunes du monde entier avec l'aide d'une I.A. afin qu'ils puissent devenir des collaborateurs efficaces en entreprise. Il s’agit d’une approche peer to peer learning soutenue par des facilitateurs et une I.A. pour stimuler la persévérance dans l’apprentissage.

Les parcours de formation

Une multitude de cours et de cursus se mettent en place pour comprendre et maîtriser les usages des I.A., comme à l’université de Bourgogne, les formations du CNAM sur l’intelligence artificielle et le systèmes experts, les Ecole 42 ou Simplon qui enseignent le code pour créer les nouveaux algorithmes qui seront au cœur de nos vies.

L’école 42 s’efforce également d’imaginer les solutions d’I.A. à la base de nouvelles start’ups. Ces start’ups pourraient mettent au point des boîtes conversationnelles intelligentes permettant à l'homme de dialoguer avec la machine pour lui demander, par exemple, des ­conseils, se former et apprendre.

Le rôle de médiation du formateur serait alors complétement transformé. Il serait un intermédiaire conduisant à la bonne I.A., à moins que des I.A. spécialisées en orientation pédagogique s’en chargent. D’ailleurs, aurait-il encore un rôle ?

Conclusion :

Pour l’instant les I.A. et leurs promoteurs sont concentrés sur les facultés cognitives et conversationnelles. Comme nous le rappelle Howard Gardner et sa théorie des intelligences multiples, (verbo-linguistique, logico-mathématique, spatiale, intra-personnelle, interpersonnelle, corporelle-kinesthésique, musicale-rythmique, naturaliste-écologiste, existentielle), l’intelligence humaine et plus large que le seul pouvoir de computation, sans compter l’intelligence collective développée par les hommes et intégrant une grande part d’intelligence émotionnelle.

Il nous reste à faire une juste place à ce qui reste encore des algorithmes à les intégrer dans nos vies sans laisser celles-ci s’automatiser ou se dissoudre dans des calculs. Les chercheurs trouveront-ils le moyen de faire naître la conscience dans des objets inanimés, du silice ou des composants électroniques ? Cela reste à voir.

Illustration : qimono - Pixabay

Références :

Y Generation Education : l'intelligence artificielle au service de la formation professionnelle - Xavier Eutrope - Le Figaro
http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/start-up/2015/10/05/32004-20151005ARTFIG00246-y-generation-education-l-intelligence-artificielle-au-service-de-la-formation-professionnelle.php

Intelligence collective - Denis Cristol - Thot Cursus
http://cursus.edu/article/27658/intelligence-collective

5 rôles possibles de l’intelligence artificielle en éducation - An@é - Educavox
http://www.educavox.fr/innovation/pedagogie/5-roles-possibles-de-l-intelligence-artificielle-en-education

L’impact de l’intelligence artificielle sur l’école - Edison OKPE - Supinfo
http://www.supinfo.com/articles/single/635-impact-intelligence-artificielle-ecole

Quand la fièvre de l’intelligence artificielle s’empare de l’école 42 - Justine Babin - Les échos
http://www.lesechos.fr/idees-debats/sciences-prospective/0211472377077-quand-la-fievre-de-lintelligence-artificielle-sempare-de-lecole-42-2041236.php?IR2LVT06ekWj5HXO.99

Intelligence artificielle - Internet-Actu
http://www.internetactu.net/tag/intelligence-artificielle/

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