Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Comment utiliser des défis pour apprendre ?

Créé le mercredi 4 janvier 2017  |  Mise à jour le mercredi 8 mars 2017

Comment utiliser des défis pour apprendre ?

La transformation des façons d’apprendre par deux leviers :

  • Le besoin ressenti par tous de prendre en main son destin professionnel, dans l’idée de répondre à l’injonction d’être « acteur de sa formation », ou « entrepreneur de soi », à un moment fort de chômage et de réponses publiques qui peinent à satisfaire tous les demandeurs;
  • Le potentiel  du numérique qui offre la possibilité d’accéder à de multiples ressources, et de se créer un environnement personnel d’apprentissage soutenant les pratiques d’autoformation.
     

La pédagogie est mise en demeure de s’adapter aux nouvelles conditions d’apprenants plus labiles, plus agiles, de plus en plus incités à apprendre par eux-mêmes, et de les aider à développer des savoir-faire, des postures, des connaissances utiles pour leur évolution professionnelle.

Plusieurs approches pédagogiques sont  répondent à des besoins opérationnels : la formation-action, la pédagogie par projet et la pédagogie de l’entrepreneuriat. Le moteur de ces trois approches repose sur l’action concrète à mener seul ou le plus souvent en équipe. Cette pédagogie engagée entend produire des effets en situation, dans les entreprises privées ou sur les territoires pour le secteur public et plus seulement opérer un transfert de connaissance dans une salle à utiliser dans un temps différé.

Si l’on connait bien la formation-action et la pédagogie par projet, il est intéressant de voir comment la pédagogie de l’entrepreneuriat est en train de renouveler le genre notamment en s’appuyant sur le potentiel du numérique qui facilite la promotion d’une cause et la réponse à des défis.

Les approches de la  formation-action et de la pédagogie par projet

Pour mémoire rappelons l’existence de la formation-action qui se déroule souvent en intra dans le contexte même d’une entreprise ou d’une administration. Elle s’appuie sur le travail d’une équipe, ses objectifs, ses conditions de réalisation et introduit, de la méthodologie, des temps réflexifs pour apprendre de et par la situation. La formation se fait expérientielle. 

Dans la même veine, l’approche action-learning initiée par Revans dans des mines de charbon galloises, est désormais une méthode de questionnement permettant de faire avancer une problématique au sein d’une équipe.

La pédagogie par projet est cousine de la formation-action. Elle se décline soit à l’intérieur de dispositif en ligne : le MOOC Gestion de projet en est un exemple, soit individuellement au sein d’un cursus diplômant : le fameux projet à réaliser pour obtenir le diplôme.

L’approche « problem based learning » est une approche centrée sur les équipes apprenantes qui s’instruisent elles-mêmes  en résolvant un problème proposé par l’enseignant. Ces approches connaissent un renouveau avec le numérique qui permet d'aller plus vite dans le partage des informations et la coordination des projets.

La pédagogie de l’entrepreneuriat

La pédagogie de l’entrepreneuriat est née de la volonté d’institutions de soutenir la création d’un tissu d’acteurs capables de créer de la richesse pour un territoire, ou d’appuyer les idées les plus audacieuses. Certains en font remonter la théorisation aux années 40/50 à Harvard. Plusieurs dispositifs se sont mis en place pour répondre à cette exigence ;

Les incubateurs

L’un des dispositifs les plus connus est celui de l’incubateur. C’est une structure d’accompagnement dotée de moyens, matériel et humains qui peut faciliter l’hébergement, le financement et le conseil des aspirants entrepreneurs. Comme dans la formation-action, ou la pédagogie par projet les incubateurs s’appuient sur des projets, cependant ces projets sont des projets de création d’entreprise qui engagent la vie même d’un individu.

Les projets au sein d’incubateur  visent la création d’entreprise dans tous les secteurs d’activités, et à tout âge. La stratégie d’incubation est de plus en plus répandue. Des écosystèmes d’affaires sont composés dans des pépinières ou hôtels d’entreprise. Il est possible de repérer  la liste des meilleurs incubateurs parisiens  de renifler des incubateurs à Montréal ou de dénicher des incubateurs en Suisse.

Les incubateurs sont souvent situés dans des chambres de commerce ou sont soutenus par les pouvoirs publics. Ils participent à la dynamique de développement territorial. Ils sont parfois thématisés et  liés à des clusters (grappes industrielles rassemblant une variété d’entreprises concernées par le même thème), comme Moveo un cluster spécialisé dans le transport.  Les incubateurs se développent également au sein de business-school comme Novancia ou bien d’écoles d’ingénieurs.

Les processus de maturation de projet sont parfois longs comme dans l’exemple ProLab des Gobelins. Les incubateurs d’écoles bénéficient de la dynamique, des enseignements, des conférences, des activités, de l’ensemble des projets, des partenariats internationaux et des réseaux des écoles qui les abritent. En somme c’est tout un écosystème qui soutient les projets.

L’entrepreneuriat social et les démarches associatives

L’association make-sense rassemble des entrepreneurs sociaux dans 128 villes du monde et a su créé une dynamique sociale pour relever des défis. Les « hold-ups » sont des défis à relever pour une cause sociale et incite des sense-makers bénévoles à collaborer avec des innovateurs engagés. Un défi est un problème sur lequel un entrepreneur social a besoin d’aide, ce peut être pour construire un business model, une communication, une stratégie, des services innovants, etc.

L’association utilise à plein le potentiel du numérique pour fédérer les acteurs autour de cause et faciliter la répartition des tâches, des ambitions, des rôles, des bénévoles. Il existe aussi des incubateurs pour projet culturel qui soutiennent des initiatives dynamisant le tissu et les associations locales.

Des approches de gamestorming sont aussi repérables sur des meet-ups dédiés à l’innovation. A partir d’un problème à résoudre à un groupe de volontaires, qui mettent en œuvre des techniques de jeux d'innovation afin de proposer des réponses originales. Chacun se place dans un rôle de contributeur, de facilitateur ou d'observateur. Les séances se jouent en un temps limité (45 à 120mn) et au moyen des techniques de jeux collaboratifs proposées par les facilitateurs.

Le collectif OuiShare connu pour ses publications sur le collaboratif, l'open-source, la transition énergétique, la démocratie aide aussi à l’émergence de communautés d'innovations comme POC21, un camp d'innovation de 5 semaines dédié à des projets open-source ayant un impact environnemental positif ou l’organisation d’événements dans le monde de 30 personnes à plus de 2000 personnes lors d'un évènement à dimension mondiale comme le OuiShare Fest (vidéo de 1m30).

Ces événements sont des défis qui permettent  d’accélérer les projets et d’apprendre de pair à pair. Comme par exemple le soutien au projet « Challenge yourself » au cours duquel  des étudiants de la Kedge Business School vont former des jeunes des quartiers nord sur l’entrepreneuriat social). C’est aussi le cas de l’éducation accessible à tous grâce aux MOOC et aux outils numériques (exemple du projet collaboratif Le Livre Scolaire) le partage des connaissances entre salariés (exemple des pratiques de partage de savoirs dans la coopérative d’emploi Boréale Innovation) l’émancipation des salariés dans les entreprises privées (et notamment l’empowerment et l’accompagnement des salariés dans les entreprises libérées).

Les start-up d’état

Si le secteur privé et associatif ont développé une offre large, le secteur public s’intéresse également à la réforme de ses approches et crée des dispositifs et des environnements pour aider à la création de start-up d’état  pour innover. Les premiers résultats se traduisent par :  data.gouv.frMarchés Publics Simplifiés, ou mes-aides.gouv.fr. Le premier permet en quelques clics de savoirs toutes les aides auxquelles un usager à droit et d’estimer les montant mensuels. Le second permet  à une entreprise de répondre à un marché public avec son seul numéro SIRET. Il simplifie la réponse aux appels d’offres publics.

L’intrapreneuriat est la démarche de développement d’un projet ou d’une initiative novatrice à l’intérieur même d’une entreprise, comme si celle-ci encourageait (le plus souvent tolérait) une start-up interne. Dans ce même état d’esprit qui vise à challenger l’interne, des intrapreneurs de la fonction publique se développent également.  Ces intrapreneurs essayent de capter des ressources et à utiliser du temps et des marges de manœuvre pour transformer de l’intérieur des processus déjà bien établis.

Les événements pour accélérer la maturation de projet ou l’accélération de projet

Il existe de nombreux hackathons  qui s’efforcent de créer des réponses  par exemple en « 24h chrono de l’entrepreneuriat ».  Des étudiants, des doctorants en CIFRE sont réunis pendant 24h et ont pour défi de créer une entreprise sur la base d’une idée originale en combinant leurs compétences.

Toutes les 6 heures ils ont un livrable à produire jusqu’à une soutenance finale devant un jury de financeurs et d’entreprises. Tout au long de cet exercice, ils sont aidés par des coachs qui les aident à la finalisation de leur projet.

Une association comme la FING (Fédération Internet Nouvelle Génération) a conçu un accélérateur de projets numériques afin d’aider aux transitions à l’œuvre et à l’apparition de structure pour les penser et les accélérer.  

Il existe encore les rencontres informelles sous la forme de Meet-up  accélérateurs de projets parfois organisés en rencontres informelles comme pour les agents de la fonction publique qui viennent imaginer de nouvelles façons de servir l’intérêt commun.

Ces événements puisent à une riche boîte à outils les groupes de co-développement, les techniques de prototypage  ou de design thinking qui facilitent  les émergences.

Le point commun de ces initiatives et structure est de se saisir de toutes opportunités pour imaginer le futur et faire diverger le présent vers des buts à forte valeur ajoutée pour tous. La force et la magie des défis c’est de réussir en s’unissant à aller au-delà de ce qu’il eut été raisonnable d’imaginer. Le défi stimule d’autant plus qu’il poursuit une finalité noble et difficile à atteindre.

Illustration : Pexels- Pixabay

Sources :

Incubateur d’entreprise - Wikipédia  https://fr.wikipedia.org/wiki/Incubateur_d'entreprises

Je suis devenu fan de l'accélérateur de projet -  Laurent Tézenas - Montpellier SupAgro Témoignage Coop-tic - Méthode d'accélérateur de projet http://ebook.coop-tic.eu/francais/wakka.php?wiki=JeSuisDevenuFanDeL039accelerateurDePr

Action-learning - Groupe Sup de Co La Rochelle
http://www.esc-larochelle.fr/Formation-Continue/La-methode-WIAL-d-Action-Learning/M-approprier-une-nouvelle-methode-de-Management/La-methode-Action-Learning-de-WIAL

La modernisation par les services numériques aux usagers http://www.modernisation.gouv.fr/ladministration-change-avec-le-numerique/par-des-services-numeriques-aux-usagers/startups-d-etat

Accélérateur de projet numérique - Fing - http://www.fing.org/?2e-accelerateur-de-projets

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