Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Les influences du style Italien en formation

Créé le mercredi 4 janvier 2017  |  Mise à jour le mercredi 15 février 2017

Les influences du style Italien en formation

Avec beaucoup de certitudes l'anglais s'affirme comme langue des affaires et de l'informatique. Mais il convient de prêter attention aux emprunts faits à d'autres cultures pour accroître notre sensibilité au monde.

Les langues européennes se sont mutuellement influencées à force d'échanges entre les savants, commerçants, artistes, artisans. Elles ont semé des mots et les idées qui vont avec dans les lexiques de chacune d'entre elles. Par exemple l'italien porte dans ses gènes un intérêt pour les formes dont il est bien utile de prendre conscience au moment où chacun s'attelle à repenser le monde.

Trois mots aux profondes racines italiennes sont actuellement d'usage quotidien dans le monde des affaires : maneggiare, gruppo, disegno. Les racines de ces mots pourraient bien nous inspirer pour façonner l'avenir.

Maneggiare

... renvoie à l'art de manéger c'est à dire l'art de conduire un cheval au manège, de le faire tourner puis par extension du sens, l'art de manager les organisations et les hommes. Il est un fil sur lequel on tire quand on cherche d'où vient le management.

Depuis environ 200 ans le management est devenu cette technologie sociale que l'on connaît et qui nous fait piaffer dans nos boites. Ce mano a mano est petit à petit remplacé par l'optimisation de workflows. Cette logique est passée de la production de biens et services à celle de l'apprentissage. Mais, la sensibilité d'une main est sans commune mesure avec l'instrumentalisation chiffrée des gestionnaires. La poignée de main d'un leader, d'un professeur communique autre chose dans la relation qu'un flux de données.

Quand l'école devient l'antichambre de l'entreprise à force de discours sur les compétences elle oublie de développer l'esprit critique. Se remettre à portée des autres est l'un des enjeux éducatifs majeurs tellement les messages portent moins loin.

Le gruppo

... est un ensemble de personnages sur une peinture de la Renaissance. Le mot a connu une formidable expansion avec la psychologie sociale et la formation professionnelle promu par Kurt Lewin ou Carl Rogers. Les scènes et jeux de rôle dans lesquels baignent les groupes renvoient à la commedia dell'arte. La scène sociale se joue désormais en ligne.

Si l'apprentissage en groupe se faisait en face à face, désormais il s'éclate en différents lieux. L'unité d'action mise en valeur par la peinture n'existe plus.  La toile numérique autorise des projections diversifiées singulières concomitantes. Le réel est multiforme. Chacun peut le peindre à sa guise. Les pinceaux et ardoises numériques ne manquent pas. Si les écrans et les stimulations visuelles sont omniprésents, la sensibilité du regard son potentiel à embrasser le monde esthétique dépasse la seule force de calcul d'un ordinateur. La culture des formes est inscrite dans chaque recoin d'Italie dans les paysages, les musées, l'architecture toute entière du pays.

Le disegno italien

... est l'ancêtre du design moderne. Si dans l'esprit le premier suggère les planches dessinées par Léonard de Vinci, ses explorations des possibilités humaines, toute l'ingéniosité d'un artiste bricoleur en quête d'un surplus de sens humain, le second encouragé par les besoins de l'industrie renvoie à la recherche de formats admissibles et achetables par le plus grand nombre. Le dessein du peintre est une intention universelle, l'ambition de trouver des formes par le dessin.

La main de l'homme exprime dans le même geste dessein (projet / concept) et dessin (pratique / résultat) qui se rejoignent et s'auto-génère. Ce qu'explique si bien le sociologue Richard Sennett dans son ouvrage "ce que sait la main".

Le design moderne, ses prototypes, ses maquettes, et  techniques de créativité se placent au service du progrès technique et industriel. Il cherche une économie de matière, un gain de temps, un bénéfice d'usage. Il fraye dans le sillage de l'innovation. La planche  à dessin/dessein ou naissent les inspirations est le plus souvent remplacée par un logiciel de traitement, et un ensemble des techniques numériques (big data) pour sonder le goût des consommateurs (crowd testing), des bases de données, des nuanciers en ligne.

Si le monde digital fait toujours référence au digitus du doigt, si les nouvelles applications et écrans tactiles sont plus sensibles et nous font plus souvent effleurer que tapoter, il n'en demeure pas moins que la main avec laquelle on saisit les autres ou le monde pour les comprendre semble moins valorisée.

La leçon italienne

La leçon italienne nous rappelle le lien indéfectible de la main et de l'œil pour créer et apprendre. Les écoles de peinture créent des styles qui passent dans le temps, et imprègnent la façon de voir et de toucher de chaque culture. Le succès de la mode, du design, des formes ressenties en Italie doivent beaucoup à ce patrimoine immatériel.

L'ingénierie de formation devrait se garder de ne miser que sur le pouvoir de calcul et les compétences de l'ingénieur, tentation si forte au moment des learning analytics qui ambitionnent d'expliquer les phénomènes d'apprentissage par la concaténation de données et conserver la part d'ingéniosité qui se niche quelque part dans l'interaction entre l'œil et la main.

Maneggiare, gruppo et disegno nous rappellent  le sensible et le besoin de contact même à l'heure du numérique.

Illustration : AG_Exposed - Pixabay

Sources :

Etymologie du management https://fr.wikipedia.org/wiki/Management

Etymologie de groupe - CNRTL - Ortolang (Outils et ressources pour un traitement automatisé de la langue)
http://www.cnrtl.fr/etymologie/groupe

Etymologie de design http://robert.bvdep.com/public/vep/Pages_HTML/DISEGNO.HTM

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