Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

MOOC: après la « révolution », l'hybridation

Créé le dimanche 22 janvier 2017  |  Mise à jour le mercredi 22 février 2017

MOOC: après la « révolution », l'hybridation

Tout au début de la décennie 2010, le monde éducatif commençait à entendre parler de MOOC. Massive Open Online Course. Un cours en ligne ouvert au plus de gens possible. Il y avait de quoi rêver. D’autant plus que des établissements et des professeurs de renom s’y sont mis, offrant des cours généralement gratuits.

Le grand rêve de l’éducation accessible à tous et de l’économie du savoir semblait plus que jamais à portée de main. Tous parlaient du bouleversement éducatif que créeraient les MOOC.

Alors que les années ont passé, que reste-t-il de la révolution MOOC? En se frottant au réel, a-t-elle réussi à s’imposer?

Plus grande popularité, plus grands problèmes

Les MOOC ont clairement profité de l’émergence du e-learning au début des années 2000 et d’une demande pour offrir des milliers de cours. Malgré les critiques qui commencent à fuser depuis quelques années, la demande est aussi grande et les cours sont produits en masse. La plateforme chinoise Netease a été consultée plus de 50 millions de fois en 2015 et offre plus de 20 000 programmes. Un nombre colossal qui cache toutefois des problèmes de plus en plus pointés du doigt.

Par exemple, le taux d’abandon qui est reconnu pour être extrêmement haut (90 %). Un chiffre regrettable, mais que certains atténuent comme Charles MacIntyre de la plateforme EdTech Europa qui affirme que la nouveauté de ce type de formation explique ces abandons. En effet, certains abandonnent en ayant sous-estimé de la charge de travail que demandait le MOOC. D’autres, toutefois, la quittent après un ou deux cours, se rendant compte qu’ils n’y trouvaient pas ce qu’ils cherchaient au départ. Les objectifs des apprenants peuvent être très différents : certains s’inscrivent pour améliorer des compétences professionnelles ou pour obtenir des cours supplémentaires à leur formation actuelle alors que d’autres ne sont que des auditeurs curieux d’en apprendre plus sur divers sujets.

Il serait d’ailleurs de très mauvaise foi de parler d’un échec MOOC. Déjà à cause de la multiplication de l’offre et aussi, parce qu’il a mené à des adaptations intéressantes. Les SPOC (small private online course), ces petits cours privés en ligne destinés à de plus petites audiences et les COOC (Corporate open online course), conçus pour des employés dans une grande boîte ont de plus en plus de succès. D’ailleurs, les COOC et certains MOOC, servent désormais de pépinières à talents dans lesquelles les entreprises peuvent piger les meilleurs étudiants pour leur offrir un poste.

Le dernier problème identifié est celui financier. Nous en avions déjà parlé, mais il est vrai que l’établissement de cours coûte suffisamment cher pour remettre en question la viabilité des MOOC. Certains sont donc allés vers du payant. Le sujet se pose aussi en France où certains affirment qu’il faut que les MOOC fassent payer la diplomation pour récupérer un peu d’argent.

Toutefois, plusieurs formules sont débattues parce qu’actuellement, comme le rappellent les intervenants de cette émission, les MOOC qui devaient démocratiser l’éducation dans les pays du sud créent des fractures. En effet, déjà que la vitesse de l’Internet est insuffisante dans certaines régions africaines, il devient difficile de demander à certains des paiements par carte bancaire alors qu’ils sont peu à en posséder.

Les MOOC doivent-ils s'hybrider?

Des solutions aux différents problèmes des MOOC sont proposées. L’abandon peut être fortement diminué par un travail en amont dans la sélection d’un cours. Par exemple, le blogueur Matthieu Cisel suggère fortement de consulter le site Class Central qui répertorie tous les cours MOOC sur les plateformes existantes, dont les françaises. Les étudiants qui ont suivi une formation peuvent la noter et ainsi aider les autres à bien choisir s’ils doivent s’inscrire au prochain cycle de cours.

De plus, les concepteurs doivent s’assurer que le contenu est intéressant, bien structuré et que soit facilité et encouragé les interactions entre apprenants et aussi avec les pédagogues. Tous ces éléments permettent une meilleure rétention des étudiants et une meilleure reconnaissance de la certification.

La question reste toutefois entière : les MOOC ont-ils révolutionné l’éducation? Pour certains, il est clair que techniquement, oui. En effet, ces formations ont permis de réunir des milliers d’étudiants simultanément pour suivre le même cours. Pédagogiquement, cela est plus mitigé. Parce qu’au fond, la transmission de savoirs est passée de cours magistraux en classe à des clips magistraux. Hormis la possibilité d'écouter quand l'apprenant le désire, il n'y a pas eu de révolution majeure.

Voilà pourquoi certains comme Matthieu Chisel disent qu’il est le temps que le secteur des MOOC suive le même chemin que celui du cyberapprentissage. Pour lui, il devient indispensable que s’hybrident les MOOC formellement dans le cadre de formations. Le but est surtout d’enlever le côté libre sans contraintes et pénalité à abandonner. Il devient alors essentiel que les futurs étudiants de MOOC acceptent de se soumettre à un contrat d’apprentissage. Une approche qui existait déjà dans les années 70 dans des établissements français, mais qui selon l’aveu même de l’auteur, sera difficile à mettre en place en France à court terme.

Le MOOC a eu, et a encore, du succès. Toutefois, les critiques sur son modèle de base s'additionnent. N'ayant pas révolutionné l'éducation ni éliminé les inégalités entre hémisphères nord et sud, il semble clair qu'il faille parler d'une métamorphose du MOOC. Devra-t-il devenir payant, s'hybrider dans des formations actuelles ou prendre une autre forme? La discussion est amorcée.

Illustration : Manelar1 Aprendizaje en la Red via photopin

Références

Alessandra, Pauline. "Les MOOC, Une Révolution Pédagogique ?" Dessine-moi Le Digital. Dernière mise à jour : 13 avril 2016. http://www.dessinemoiledigital.fr/mooc-revolution-pedagogique/.

Bertho, Carole. "Les MOOCs : Pourquoi Sont-ils Plus Qu’un Effet De Mode ?" Focus RH. Dernière mise à jour : 6 décembre 2016. http://www.focusrh.com/tribunes/les-moocs-pourquoi-sont-ils-plus-qu-un-effet-de-mode-par-carole-bertho-29295.html.

Chisel, Matthieu. "MOOC : L’hybridation Ou La Mort ?" La Révolution MOOC. Dernière mise à jour : 10 avril 2016. http://blog.educpros.fr/matthieu-cisel/2016/04/10/mooc-lhybridation-ou-la-mort/.

Chisel, Matthieu. "L’hybridation Des MOOC, C’est Maintenant (ou Pas)." La Révolution MOOC. Dernière mise à jour : 10 janvier 2017. http://blog.educpros.fr/matthieu-cisel/2017/01/10/et-encore-un-billet-sur-la-necessaire-hybridation-des-mooc/.

Class Central. Consulté le 19 janvier 2017. https://www.class-central.com/.

"Les MOOC (Massive Onlines Courses), Universités De Demain?" RFI. Dernière mise à jour : 15 avril 2016. http://www.rfi.fr/emission/20160415-mooc-massive-onlines-courses-universites-demain.

"Les MOOC Ont-ils Vraiment Révolutionné L'enseignement ?" Euronews. Dernière mise à jour : 4 mars 2016. http://fr.euronews.com/2016/03/04/les-mooc-ont-ils-vraiment-revolutionne-l-enseignement.

Mareuge, Céline. "MOOC Français : L'heure Des Choix." France Stratégie. Dernière mise à jour : 4 février 2016. http://www.strategie.gouv.fr/publications/mooc-francais-lheure-choix.

Miller, Marine. "Cinq Conseils Pour Bien Choisir Son MOOC." Le Monde.fr. Dernière mise à jour : 18 octobre 2016. http://www.lemonde.fr/campus/article/2016/10/09/cinq-conseils-pour-bien-choisir-son-mooc_5010704_4401467.html.

"Mooc : Après La Révolution, L’âge De Raison." Défis D'amphi - Le Monde. Dernière mise à jour : 25 novembre 2016. http://defisdamphi.blog.lemonde.fr/2016/11/25/mooc-apres-la-revolution-lage-de-raison/.

"Quels Facteurs De Motivation Pour Aller Au Bout De Son Parcours D’apprentissage Numérique ?" Le Blog De Solerni. Dernière mise à jour : 9 mai 2016. https://solerni.org/blog/2016/05/engagement-et-motivation/#.WID3h_nhCM_.

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