Par Nicolas Le Luherne  | n.leluherne@cursus.edu

Eidos 64 : Sans la pédagogie, le numérique n’est rien !

Créé le mardi 14 février 2017  |  Mise à jour le lundi 27 février 2017

Eidos 64 : Sans la pédagogie, le numérique n’est rien !

Les mots de Catherine Becchetti-Bizot résument parfaitement ce que j’ai appris de cette journée.

«Le numérique éducatif n’est pas une accumulation d’outils mais l’occasion de s’interroger sur sa pratique professionnelle, penser l’apprentissage comme un processus qui nécessite la diversification des outils et des approches pédagogiques.»

Entre mer et montagne

EIDOS est un rendez-vous mobile qui montre qu’au delà de la carte, les événements aménagent et acculturent les territoires. Le numérique n’est plus l’affaire d’experts, d’incubateurs ou de territoires d’expérimentation ultra-localisés. On ressent la volonté d’accompagner le changement : de l’élève aux familles, de l’école à la société.

A l’image de Clair au Nouveau-Brunswick (Canada) , entre Pau et Bayonne, entre mer et montagne, les enseignants transforment leur salle en fablab éducatif, les établissements en incubateurs, les territoires en pépinières coéducatives et, à l’image des makers, ils s’interrogent sur la manière dont l’élève connecte ses neurones au quotidien.

Pour une pédagogie active…

Un « hacker » selon le Larousse est “une personne qui cherche à contourner les protections d'un logiciel, à s'introduire frauduleusement dans un système ou un réseau informatique.” Les organisateurs d’Eidos auraient-ils l’intention de faire de nos élèves des Jack Sparrow du web ?  Non bien sûr, il ne s’agit pas d’en faire des “crackers” (des pirates informatiques) mais de leur apprendre à déconstruire le savoir pour mieux (re)construire leurs apprentissages. Un peu comme les hackers spaces réinventent le travail, le colloque invite à repenser “le travail de l’élève” pour mieux comprendre le sens de leur présence en classe.

… tout en déconstruisant les “numéromythes”

L’âge de raison commence quand l’on arrive à prendre du recul par rapport à soi. C’est un peu le ressenti que j’ai de cette journée à la lumière des propos d’André Giordan. Dans ce genre dans ce colloque, nous sommes dans une bulle filtrante; nous manquons, souvent, d’amis critiques qui pourraient nous dire : “Attention, vous pourriez vous tromper”. Le chercheur porte ce message quand il nous met en garde contre-nous même.

Le numérique n’est pas une baguette magique et surtout il y a un invariant : il est nécessaire d’apprendre. Il faut, sans doute, le faire autrement avec externalisation du savoir. La quantité d’information nous oblige à développer chez l’élève cette compétence stratégique qu’est le “apprendre à apprendre”.

Hacker, démonter, reconstruire, comprendre

Il ne s’agit pas simplement de mémoriser l’information, mais de la transformer en connaissance. il faut, à la manière d’un hacker, l’observer, la démonter, la déconstruire, identifier pour mieux comprendre. L’élève pourra ensuite la mobiliser, la raffiner, la rendre pertinente et surtout la rejeter si elle n’est pas de confiance.

Sans cette démarche, le numérique comme outil ou comme nouveau pan de notre culture ne sert à rien. Le travail de l'enseignant est de faire passer l'élève du stade de spectateur à acteur pour le mettre en capacité d’être un individu éclairé.

Dépasser les erreurs

Entremetteur en savoir, l’enseignant aide l'élève à dépasser les erreurs. C’est ce qui est ressorti de l’atelier de Géraldine Larguier sur sa classe inversée. Elle nous a montré comment, avec des outils simples, elle favorise l’engagement des étudiants. Elle les invite à passer à l’action pour construire un apprentissage complexe. L’idée est non seulement de transmettre mais aussi de faire réfléchir au savoir.  

Laetitia Vautrin et Antonia Carriquiry portent également cette démarche quand elles promeuvent la twictée dans leur atelier. Mettre l’élève en situation de projet, à s’organiser, à analyser le texte, à mémoriser, à proposer et négocier une proposition… Créer une boussole pour l’élève afin qu’il puisse se sentir légitime dans la construction de son savoir. Apprendre, c’est se tromper, réussir à mettre des mots sur ses difficultés, remédier, se mettre en réussite et finalement comprendre son potentiel.

… au delà de tout angélisme théorique

La formule peut paraître triviale mais elle est juste : “j’ai pris une claque”. Je me pensais être immunisé un minimum contre les mythes en matière d’éducation mais il faut bien le dire “quel manque d’humilité !”. Je pensais que cerveau droit, cerveau gauche, visuel ou auditif, bref que les styles d’apprentissage étaient aussi solides que le marbre. “Mais ça c'était avant”, enfin, avant que j’assiste à la conférence d’Eric Tardif.  

Le fait d'apparier la méthode d'apprentissage avec la préférence ne fonctionne pas ou n'est pas prouvé. Le chercheur invite à manier avec prudence les neurosciences. En terme de stéréotypes, les neuromythes peuvent conduire à une forme de déterminisme qui ne pourra avoir que des conséquences négatives sur les apprentissages des élèves. Sous couvert de diversification pédagogique, nous pourrions être stigmatisants. Cette conférence aura été l’occasion d’appeler à construire des ponts entre les sciences de l’éducation et les neurosciences pour construire l'École de demain.

Eidos, pour les 600 inscrits, est une porte ouverte sur le monde, des conférenciers issus de la francophonie, 56 ateliers avec 89 intervenants des quatres coins de la France… Ce colloque est le témoignage que l’éducation progressera aussi grâce à l’intelligence collective.

lllustration : EIDOS 64 Forum des pratiques numeriques pour l'education

Sources :

EIDOS 64, L’élève hacker de son apprentissage : savoir connecter ses neurones, 25 janvier 2017.
http://eidos64.fr/journee-eidos-64/

Français et numérique saison 2, Géraldine Larguier
https://geraldinelarguier.com/

Twictée, dispositif collaboratif d’enseignement et d’apprentissage de l’orthographe.
http://www.twictee.org/twictee/

Neurosciences et cognition, Perspectives pour les sciences de l'éducation, Pierre-André Doudin - Direction - Éric Tardif , 19 février 2016, De Boeck

Clair 2017, Prim à bord, 1er février 2017.
http://eduscol.education.fr/primabord/clair-2017

EIDOS 2017, et si on hackait l’Ecole, Jean-Michel Lebaut, Café Pédagogique, 27 janvier 2017
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2016/01/29012016Article635896463950168327.aspx

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