Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

L’EMI (Éducation aux Médias et à l’Information) : où en sommes-nous?

Créé le dimanche 19 février 2017  |  Mise à jour le mercredi 29 mars 2017

L’EMI (Éducation aux Médias et à l’Information) : où en sommes-nous?

L'Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) émet souvent des avis sur l’état de l’éducation et ce qu’il sera important d’encourager dans les années à venir. Aucun état n’est à proprement parler obligé de suivre ses indications, mais elle pousse fortement en ce sens.

Depuis 2008, l’organisation cherche à ce que les systèmes d’éducation des différents pays intègrent dans leur cursus l’EMI : l’Éducation aux Médias et à l’Information.

Discerner le bon dans la mer d'informations

L’objectif est né dans la foulée de la transformation importante du secteur de l’information durant la première décennie des années 2000. Avec des nouvelles continues qui doivent constamment se nourrir, une industrie qui n’est plus aussi rentable et doit compter sur l’opinion qui coûte moins cher et des réseaux sociaux où se partagent à une vitesse effarante des nouvelles de tout acabit, il devenait essentiel pour l’UNESCO d’instaurer l’EMI. Le tout afin que les plus jeunes puissent à la fois avoir un esprit critique et savoir comment faire confiance à une source d’informations. En 2012, elle a ainsi développé un programme de formation pour les enseignants de partout dans le monde afin qu’ils sachent quoi inculquer.

Les objectifs du programment demandent que les jeunes comprennent le rôle des médias dans l’information et la démocratie et leurs contenus. Ils doivent aussi savoir comment accéder aux informations, les évaluer ainsi que leurs sources, utiliser les médias anciens et nouveaux et, enfin, situer le contexte socioculturel des médias. Le tout n’est pas prévu pour être enseigné en une fois, mais dans un processus dynamique qui permettra aux jeunes à la fin de leur parcours scolaire obligatoire de maîtriser tous ces aspects.

Pour l’UNESCO, le sujet est fortement important, d’autant plus dans une ère où les informations fausses se partagent plus que jamais sur les réseaux sociaux. D’ailleurs, l’organisation a démarré à l’automne 2016 un projet sur ces réseaux, dont un compte Twitter et Facebook, #MILCLICKS : MIL pour « Media and information literacy » et CLICKS pour « Critical thinking and creativity, Literacy, Intercultural, Citizenship, Knowledge and Sustainability » (Pensée critique et créativité, littératie, interculturel, citoyenneté, savoir et durabilité). Les flux de nouvelles de ces comptes donnent des indices et dénoncent certaines pratiques frauduleuses en information.

L’état des lieux

Ces dernières initiatives de l’UNESCO ont permis à certains de dresser un bilan de l’EMI tel qu’il l’est enseigné, en France, entre autres. Par exemple, ce site donne à la fois une idée de comment s’est développé cet enseignement dans l’Hexagone. Y sont les cités les acteurs importants comme le CLEMI et l’importance de ce type d’apprentissage dans les jours qui ont suivi l’attentat au Charlie Hebdo en janvier 2015. Un portrait plutôt positif présentant aussi différents organismes partout dans le monde qui travaille dans ce sens comme « L’école branchée » au Québec ou le Newseum américain.

Toutefois, ce dossier d'Edupass de 2017 démontre les difficultés de ce type d’enseignement. Déjà parce qu’il y a différentes approches qui se sont développées depuis la décennie 1970 et qui se mélangent aujourd’hui. De plus, tous les pays et régions n’ont pas la même vision de l’EMI. Par exemple, au Québec, il s’agit d’un enseignement transversal alors que la France la voit comme une compétence. Et il est encore difficile de dire ce qui est le plus adapté.

D’autant plus que le corps enseignant a été trompé par une généralisation de ce qu’on a appelé la « génération des natifs numériques » (digital natives) qui serait une masse de jeunes ayant les mêmes compétences, usages et compréhensions du milieu numérique. Ce qui est, bien sûr, absolument faux. Les études tendent même à montrer que devant Internet, cette génération a même plus de difficulté à discerner le vrai du faux. C’est donc avec ces informations en tête que se doit d’être conçu l’éducation aux médias et à l’information, à partir des connaissances actuelles des élèves.

Le travail que désire l’UNESCO en matière d’EMI est loin d’être terminé. D’ailleurs, l’organisation continue de former des enseignants dans différents pays, dont l’Inde, afin que s’améliore cette éducation qui est essentielle dans un monde où se brouille trop souvent la frontière entre fait et opinion.

Illustration : Ed Yourdon via Foter.com / CC BY-NC-SA

Références

Bartlett, Louise. "Education Aux Médias Et à L'information : Un état Des Lieux." Mediaeducation.fr. Dernière mise à jour : 7 juin 2016. http://mediaeducation.fr/education-a-linformation-et-aux-medias-un-etat-des-lieux/.

Joubaire, Claire. "EMI : Partir Des Pratiques Des élèves." Édupass. Dernière mise à jour : 27 janvier 2017. http://edupass.hypotheses.org/1112.

"MIL CLICKS : Nouveau Mouvement En Faveur De L’éducation Aux Médias Et à L’information Sur Les Réseaux Sociaux." UNESCO. Dernière mise à jour : 24 octobre 2016. http://fr.unesco.org/news/mil-clicks-nouveau-mouvement-faveur-education-aux-medias-information-reseaux-sociaux.

Puren, Christian. "L'Éducation Aux Médias Et à L’Information (EMI), Finalité Naturelle De La Perspective Actionnelle En Enseignement Scolaire." Site De Didactique Des Langues-cultures. Dernière mise à jour : 25 janvier 2017. https://www.christianpuren.com/2017/01/25/l-%C3%A9ducation-aux-m%C3%A9dias-et-%C3%A0-l-information-emi-finalit%C3%A9-naturelle-de-la-perspective-actionnelle-en-enseignement-scolaire/.

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