Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

Rater son séminaire de célébration des échecs

Créé le dimanche 2 avril 2017  |  Mise à jour le mercredi 31 mai 2017

Rater son séminaire de célébration des échecs

Apprendre à échouer intelligemment

« Célébrer ses échecs »  nous renvoie à la pensée féconde de Watzlawick et de son ouvrage « Comment réussir à échouer » l’un des membres fondateurs de « l’école dite de Palo Alto » particulièrement connue pour son exploration des approches systémiques et ce faisant des injonctions paradoxales.

Nombre d’entreprises ou d’administration refusent de progresser en suivant des directives implicites du type « pas de vagues », « je ne veux ressentir que des vibrations positives », mais à force de mettre sous le tapis tout ce qui fâche, parvient-t-on à apprendre ?

En effet, omettre les itérations, les cycles essais-erreurs ou les retours d’expérience de sa stratégie d’apprentissage organisationnelle, condamne l’organisation à faire de ses problèmes ses solutions, parce que cela serait pire d’imaginer changer que de tenter de faire bouger les lignes.

Pourtant, il est possible d’envisager le monde des affaires et des administrations  de façon moins grave que sur le mode « toute faute doit être réprimée », sous peine de produire des individus craintifs, dissimulant la moindre erreur et peu créatifs tétanisés qu’ils sont  par l’idée de prendre le moindre risque.

Le séminaire de célébration des échecs pourrait être un outil pour infléchir et dédramatiser les incidents et boulettes qui ne manquent pas d’émailler toute organisation normale, vivante en lien avec des événements et des aléas. Si des hommes rencontrent des échecs c’est bien parce qu’ils font face à des choix et prennent des décisions.

Le séminaire de célébration des échecs

L’échec peut être considéré comme un état où l’on n’a pas encore réussi. Dans un monde décrit par les militaires américains comme VUCA Volatile, Incertain (Uncertain), Complexe et Ambigu, apprendre de ses échecs pourrait bien être la meilleure stratégie d’adaptation. C’est en réalité celle que l’homme a toujours suivi, en fait la seule, mais qui est tellement réprimée dès le système scolaire que la chasse à l’erreur se poursuit ensuite dans les organisations et fait encourir des risques sur la carrière voire l’emploi.

« Célébrer ses échecs » a une connotation religieuse, la célébration étant une forme d’accueil du divin, quelque chose de plus grand que soi qui nous traverse mais dont nous sommes étrangers (Ouf ! C’est pas nous !). L’échec rendu inaccessible et extérieur à soi pourrait inquiéter les rationalistes qui préféreront « apprendre de ses erreurs ». Il s’agira alors de rechercher les causes. Nombre d’outils existent comme le diagramme d’Ishikawa, l’organisation de retours d’expérience d’équipe projet dans le cycle en V, ou  des outils issus des démarches qualité.

Le « failed camp »  est l'idée inverse de l'appreciative inquiry il s'agit de se réunir et d'apprendre en groupe, de façon conviviale et décomplexée de ses meilleurs flops, chacun a le loisir de venir raconter ses échecs aux autres, non pour s’en dédouaner ou s’en glorifier mais pour faire que la leçon profite à tous.

Dans son ouvrage « Les décisions absurdes », Christian Morel montre comment la sécurité aérienne a progressé en acceptant l’expression non culpabilisante des mauvaises décisions prises. L’auto-compassion envers soi-même permise par une expression collective autorise chacun à continuer de prendre des risques. L’expression évite une rétractation des attitudes à s’engager dans des issues inconnues. Echouer avec succès s’apprend, il s’agit de mieux écouter son vécu pour redonner sens à ses échecs. Le faire ensemble et le partager est une leçon comme dans cet exemple passionnant d’une agence de communication. Pouvoir exprimer positivement ses échecs en public pour en faire un acte d’apprentissage nécessite un niveau de confiance entre les membres et une dissociation entre réussite individuelle et récompense, sous peine de quoi, le processus d’apprentissage est voué à l’échec. C’est ce à quoi participe la culture des méthodes agiles.

Les méthodes agiles

A la boîte à outils de la qualité s’ajoute désormais les méthodes agiles. Dans un esprit de prototypage rapide, il s’agit désormais de faire vite, de voir comment le corps social réagit à des propositions de concepts ou d’ébauches de produit, de service ou de logiciel puis de rectifier très vite. Internet est une aide pour tester rapidement des idées nouvelles, par exemple dans des tests grandeurs réelles en ligne en direction d’utilisateurs potentiels (crowdtesting), les recalages seront plus rapides, moins couteux et ont des conséquences amoindries. Le manifeste agile conduit à valoriser :

  • Les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils,
  • Des logiciels opérationnels plus qu’une documentation exhaustive,
  • La collaboration avec les clients plus que la négociation contractuelle,
  • L’adaptation au changement plus que le suivi d’un plan.
     

Les méthodes agiles font se succéder une série de sprints de production, planifiés, passés en revue regardés en rétrospective pour corriger, ou  abandonner et dans tous les cas apprendre.

Dans cette culture, la célébration  des échecs revêt un autre sens que dans les organisations pyramidales hiérarchiques où le contrôle a priori prédomine. Cette culture de l’apprentissage qui se développe dans les projets informatiques agiles pourrait bien s’immiscer dans des organisations plus traditionnelles et remettre en question les fondements de l’autorité de contrôle.

L’organisation d’un séminaire de célébration des échecs sera un marqueur de transition des organisations. Il permet d'entrer plus sereinement d'accélérer le cycles essais-erreurs que recherchent les organisations apprenantes.

Illustration : Spirit Bunny - Pixabay

Sources :

Wikipédia – Watzlawick Comment réussir à échouer
https://fr.wikipedia.org/wiki/Comment_r%C3%A9ussir_%C3%A0_%C3%A9chouer

Comment déployer une stratégie anti-VUCA – Les echos - https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-166536-comment-deployer-une-strategie-anti-vuca-2066639.php

MOREL, C. (2002), Les décisions absurdes. Paris : Gallimard. http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Bibliotheque-des-Sciences-humaines/Les-decisions-absurdes

Appreciative inquiry - 50 questions pour changer de pédagogie http://cursus.edu/article/26757/appreciative-inquiry-50-questions-pour-changer/

La célébration des échecs – Kedge – Apprendre ensemble https://www.youtube.com/watch?v=Qnk_9cP3oP0&list=PLHu_bK2gNpzDHRx64hFQAL2412GuHOWZx&index=61

So sample qu’est-ce que le crowdtesting ? http://www.so-sample.com/qu-est-ce-que-le-crowdtesting

Agiliste – Méthodes agiles http://www.agiliste.fr/introduction-methodes-agiles/

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire